L'ancienne directrice de Tati condamnée à un an de prison avec sursis après le suicide d'une employée

HARCELEMENT L’employée, qui s’est suicidée en 2012, avait décrit sa souffrance et les humiliations qu’elle subissait au travail…

Lucie Bras

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L'enseigne Tati en plein cœur de Paris (image d'illustration).
L'enseigne Tati en plein cœur de Paris (image d'illustration). — A. GELEBART / 20 MINUTES

France Javelle a travaillé pendant 25 ans pour la marque Tati, avant de se suicider en 2012, victime de harcèlement moral. Sa détresse a été entendue : la justice a condamné ce mercredi son ancienne directrice et fustigé « l’impéritie » de l’entreprise.

Catherine C., ancienne directrice du magasin historique du quartier populaire parisien de Barbès à Paris, a été condamnée ce mercredi à un an de prison avec sursis, une lourde peine au regard des six mois avec sursis requis par le procureur.

Le tribunal a considéré que « les éléments établissant la culpabilité de Mme C. étaient nombreux, précis et concordants » et a justifié la peine par « la gravité des faits » de harcèlement qui ont eu pour « conséquence le long dépérissement de Mme Javelle… et son suicide ».

« Une scie pour diriger Tati »

La justice a également accordé des dommages à la fille de la victime -30.000 euros pour elle et 10.000 pour son fils- et à son beau-fils -8.000 euros-, ainsi que 2.000 euros chacun au titre des frais de justice. Réprimant difficilement ses larmes, la fille de France Javelle a dit son « soulagement après six ans d’attente », satisfaite d’une décision qui « condamne la directrice et qui parle aussi de la responsabilité de l’entreprise ».

La présidente de la 31e chambre a précisé que la peine infligée à Catherine C. était entièrement assortie du sursis car le tribunal estimait qu’elle n’était pas seule fautive, fustigeant « l’impéritie dramatique de la société Tati », « également responsable du harcèlement moral » de France Javelle, du fait de ses méthodes de management et des cadences folles imposées aux salariées du magasin.

Vendeuse puis cadre depuis 25 ans chez Tati, France Javelle avait elle-même décrit son calvaire, avant de se suicider en avalant un puissant détergent : « Tout est matière à me détruire. Je suis tout et rien. On m’humilie. C’est une descente aux enfers chaque jour ». Sur son lit avait été retrouvé un tract syndical de 2008 intitulé « une scie pour diriger Tati Barbès » dénonçant la brutalité de la nouvelle directrice, et trois lettres manuscrites, noircies de quinze mois de souffrances et d’humiliations au travail.

La responsabilité de la responsable avérée

« Calomnies » pour Catherine C., qui s’est retranchée derrière les cadences infernales imposées par la direction de la marque, dans un contexte de concurrence tendue, entre deux crises financières.

L’inspection du travail, après avoir « entendu 51 personnes » sur les quelque 250 salariés du magasin à l’époque, avait conclu que c’étaient bien « l’attitude et les paroles de sa directrice » qui avaient « fait sombrer France Javelle dans une situation dépressive ». Et dressé d’une manière générale un bilan sévère de « l’absence de la prise en compte du risque psychosocial » chez Tati.

Absente lors du délibéré, son conseil n’a pas dit si elle envisageait de faire appel de sa condamnation.

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