Procès de Jean-Vincent Placé: «Je suis honteux de m’être retrouvé dans cette situation»

PROCES Le procureur a requis six mois de prison avec sursis assortis de deux ans de mise à l’épreuve pour les faits d’outrages et de violence. Il a également réclamé 1.000 euros pour les faits d’injures à caractère racial…

Caroline Politi

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Jean-Vincent Placé a été arrêté et placé en garde à vue pour outrage et insulte à caractère raciste
Jean-Vincent Placé a été arrêté et placé en garde à vue pour outrage et insulte à caractère raciste — CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL / AFP
  • L’ancien sénateur Jean-Vincent Placé a été interpellé à la sortie d’un bar, en état d’ivresse, le 5 avril dernier.
  • Il comparaissait ce mercredi pour « outrage sur personne dépositaire de l’autorité public, injure à caractère racial et violence ».
  • L’ancien sénateur et secrétaire d’Etat a reconnu avoir été « lourd » avec un groupe de jeunes femmes et, à la barre, il a évoqué un problème avec l’alcool depuis une dizaine d’années.

Pour qui fréquente régulièrement les palais de justice, la scène est suffisamment rare pour attirer l’attention : un prévenu serrant la main aux gendarmes chargés de la sécurité en arrivant dans la salle d’audience, ça n’arrive pas si souvent. Même eux semblent surpris par le geste de l’ancien sénateur et secrétaire d’Etat, Jean-Vincent Placé. Il comparaît ce mercredi après-midi devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour «violence, injures à caractère raciale et outrages sur personne dépositaire de l’autorité publique». Geste calculé d'un homme politique rompu à la communication ou simple déformation professionnelle?

Droit comme un « i » à la barre, Jean-Vincent Placé, vêtu d’un élégant costume sombre sur une chemise bleu claire retrace cette soirée du 4 avril qui l’a conduit devant ce tribunal. Après avoir dîné avec des amis au Sénat – un repas déjà bien arrosé – il décide de poursuivre la soirée avec l’un d’eux à La Piscine, un bar branché du quartier latin. Ce soir-là, il le reconnaît, il a été « extrêmement insistant », « lourd » même, avec un groupe de jeunes femmes. A la barre, il évoque un problème avec l’alcool depuis une dizaine d’années, pris en charge depuis cette affaire. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il a un comportement déplacé en état d’ivresse, il est notamment interdit d’entrée au Castel, un bar voisin, à cause d’une altercation avec un client.

« On n’est pas au Maghreb, ici »

Dans ce dossier, il est poursuivi pour avoir agrippé le bras d'une des jeunes femmes, ce qu’il reconnaît mais nie toute forme de violence. Des propos contredits par le vigile du bar, Mohamed B., surnommé Vlad’, partie civile à l’audience. « Je l’ai vu lui tirer le bras pour la ramener entre ses cuisses », assure-t-il. De même, il indique que l’homme politique a proposé de l’argent à la jeune femme pour une danse et pour qu’elle fasse « une gâterie » à son ami. Là encore, Jean-Vincent Placé nie en bloc, s’insurge devant de tels propos. «J'ai fauté en terme moral, mais je n'ai pas commis de délit», jure-t-il. La jeune femme, dont le témoignage aurait été précieux, n’est pas présente ce mercredi, ni même représentée. Dans un courrier adressé au président, elle a indiqué que la lettre d’excuses de Jean-Vincent Placé lui suffisait.

L’essentiel des débats réside dans un parole contre parole entre l’homme politique et le vigile. Selon ce dernier, lorsqu’il est intervenu pour aider la jeune femme, Jean-Vincent Placé l’a insulté. « On n’est pas à Ouagadougou, y a des promotions chez Ryanair », « Le prix de ma chemise, c’est un RSA pour ta famille » ou encore « on n’est pas au Maghreb, ici ». L’ancien sénateur aujourd’hui conseiller à la région Ile-de-France ne reconnaît que ce dernier propos. « Malheureux », certes, « mais totalement déconnecté de toute injure raciale ». Il explique avoir passé beaucoup de temps au Maghreb et avoir voulu insister sur les différences culturelles sur les manières d’aborder les femmes de part et d’autre de la Méditerranée. D’ailleurs, explique-t-il, il ignorait totalement que le vigile, que tout le monde appelle « Vlad’», était originaire d’Algérie. Pour lui, aucun doute, il venait d’Europe de l’Est.

« Moi, j’ai l’impression d’être une victime »

Au fil de son audition, on a le sentiment que les rôles s’inversent. « Moi, j’ai l’impression d’être une victime », lâche Jean-Vincent Placé à la barre. S'il reconnaît avoir outragé les policiers en les traitant de « tocards » et en leur demandant à plusieurs reprises s’ils savaient qui il était, il assure avoir agi ainsi après avoir été violenté par le portier. « J’ai été agressé, j’ai des lunettes cassées, j’ai été tapé. » Il indique avoir songé porter plainte contre lui, avant d’y renoncer. Là encore, les témoignages divergent. Le vigile reconnaît simplement une clé de bras pour le faire sortir du bar, en aucun cas une claque. Difficile de démêler le vrai du faux...

Dénonçant le « sentiment de supériorité » et le « mépris » qui s’est exprimé ce soir-là chez l’ancien secrétaire d’Etat, le procureur a requis six mois de prison avec sursis à son encontre assortis de deux ans de mise à l’épreuve pour les faits d’outrages et de violence. Il a également réclamé 1.000 euros d’amende pour les injures à caractère racial. « Comment un anti-raciste peut tenir des propos racistes ? Comment peut-on passer trois heures d’audience sans évoquer les violences faites aux femmes ? », s’est interrogé le représentant du ministère public.

Le jugement a été mis en délibéré au 10 septembre. Comme de coutume, les derniers mots ont été laissés au prévenu. Et l’espace d’un instant, on a eu le sentiment d’assister à un meeting politique. « Je tiens à remercier tout le monde pour l’écoute et la qualité des débats », a conclu Jean-Vincent Placé. Chassez le naturel...