Procès du forum djihadiste Ansar al-Haqq: Les modérateurs condamnés à des peines de trois et quatre ans de prison

TERRORISME Les trois prévenus ont été reconnus coupables des chefs d'associations de malfaiteurs à visée terroriste pour avoir alimenté ou administré au début des années 2.000 un forum djihadiste francophone... 

Helene Sergent

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Farouk Ben Abbes a été condamné à une peine de 4 ans de prison.
Farouk Ben Abbes a été condamné à une peine de 4 ans de prison. — THOMAS SAMSON / AFP
  • Le procureur avait requis une peine de six ans d’emprisonnement, avec mandat de dépôt, une période de sûreté aux deux tiers et une interdiction définitive de territoire avec inscription au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (Fijait) à l’encontre de Farouk Ben Abbes.
  • Une peine de cinq ans de prison avec mandat de dépôt et inscription au Fijait avait également été demandée par le parquet à l’encontre de ses deux coprévenus.
  • Dans leurs plaidoiries, les avocats estimaient que les faits reprochés relevaient de la seule apologie du terrorisme et non de l’association de malfaiteurs terroriste.

« Incarcérer un homme dix ans après les faits est une décision exceptionnelle… » Une décision exceptionnelle qu’ont toutefois décidé de prendre, ce vendredi, les magistrates de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Ce rappel formulé plus tôt par l’avocat de Farouk Ben Abbes, William Bourdon, n’y aura donc rien changé. Poursuivi comme ses deux coprévenus pour son activité sur le forum djihadiste Ansar al-Haqq entre 2006 et 2010, il a été reconnu coupable d’association de malfaiteurs terroriste et condamné à quatre ans de prison après une petite heure de délibéré.

Tout au long de l’après-midi, procureur et avocats de la défense se sont livrés une âpre bataille juridique. Le premier avait requis de lourdes peines avec mandat de dépôt à l’encontre des prévenus, estimant qu’ils avaient participé à encourager au djihad et aux départs sur zone. Les seconds ont plaidé la relaxe, voyant dans l’activité de leurs clients de « simples » faits d’apologie du terrorisme déformés par un contexte politique et médiatique sécuritaire.

Une « tartufferie »

Ansar al-Haqq était il la plateforme organisationnelle des candidats francophones au djihad ? A cette époque, Daesh n’existe pas et la zone irako-syrienne n’attire pas encore des milliers de jeunes Occidentaux. Mais la rhétorique djihadiste inonde déjà certains sites internet. Les trois prévenus, Nordine Zaggi, David Ramassamy et Farouk Ben Abbes s’inscrivent sur l’un d’eux, un forum créé en 2006 par une jeune française. Membres actifs d’Ansar al-Haqq, ils occupent rapidement des postes d’administrateur ou de modérateur, traduisent des communiqués, échangent sur le dogme djihadiste.

A l’époque, Oussama Ben Laden fait l’objet d’éloges sur le site, comme les « martyrs » en Somalie ou en Afghanistan et les exactions filmées de certains groupes terroristes y sont diffusées. Si avec le recul tous ont reconnu des « erreurs » et ont confié leurs « regrets », ils ont maintenu n’avoir participé au site que dans un seul objectif « informatif ». Une version balayée par le procureur : « Le but même d’Ansar al-Haqq est de convaincre de la nécessité de partir pour aller faire le djihad. C’est une activité de propagande massive, permanente, structurée ». Le représentant du ministère public a dénoncé une « tartufferie », une appréciation « lacunaire » et « naïve ».

Ansar al-Haqq, un simple site d’apologie du terrorisme ?

Une analyse partagée par le tribunal qui a condamné à des peines de 4 ans de prison pour Farouk Ben Abbes et trois ans de prison pour ses coprévenus. « Ansar al-Haqq ne pouvait être considéré comme un simple site d’apologie du terrorisme », a conclu dans son délibéré la présidente de la 16e chambre.

Tour à tour, les avocats de la défense s’étaient succédé pour dénoncer la qualification des faits reprochés à leurs clients. « Les conditions de la qualification ne sont pas réunies (…) vous ne pourrez la caractériser » a lancé le conseil de Nordine Zaggi, Burno Vinay. « Il n’a jamais été l’auteur du contenu diffusé sur le site. Il n’a fait que relayer (…) la seule matérialité c’est celle de l’apologie et de l’idéologie », a ajouté Vincent Brengarth. Des arguments évacués par les magistrates. « On a le sentiment de ne pas avoir été entendus sur les arguments du droit », ont regretté les avocats du médiatique prévenu qui dénoncent une décision prise sous la « pression sécuritaire ». Les trois hommes ont désormais dix jours pour faire appel de cette décision.

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