VIDEO. Marseille: Un capitaine de bateau de croisière accusé de pollution atmosphérique

PROCES Ce lundi s’ouvre à Marseille le premier procès en Méditerranée d’un capitaine de navire mis en cause pour pollution atmosphérique…

Mathilde Ceilles

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Un bateau de croisière à Marseille
Un bateau de croisière à Marseille — Boris Horvat
  • Ce lundi s’ouvre à Marseille le premier procès en Méditerranée contre un capitaine de bateau accusé de pollution atmosphérique.
  • Ce bateau de croisière utilisait un carburant qui ne respecte pas la teneur réglementaire en souffre.

Ce procès serait une première sur le littoral méditerranéen, selon les déclarations à l’AFP du procureur de la République de Marseille Xavier Tarabeux. Ce lundi comparaît devant le tribunal correctionnel de Marseille le capitaine d’un bateau de croisière, accusé de ne pas avoir respecté les normes en matière de pollution atmosphérique alors qu’il se trouvait dans le port de Marseille. Retour sur ce procès très attendu à Marseille, où la pollution des bateaux de croisière inquiète habitants et politiques.

Que s’est-il passé ?

En mars dernier, un mastodonte des mers accoste à Marseille, comme cela arrive régulièrement. Ce bateau, l'Azura, vogue sur les mers depuis 8 ans et appartient à la compagnie P & O Ferries, filiale du géant de la croisière Carnival. Long de 300 mètres, il peut accueillir jusqu’à 3.000 passagers. Lors de son passage à Marseille, en mars dernier, des agents du centre de sécurité des navires, un service de la direction interrégionale de la mer Méditerranée, procède à une opération de contrôle du carburant du bateau.

Le fioul est prélevé à bord puis envoyé à un laboratoire pour analyses. Les résultats sont formels : la teneur en soufre du carburant utilisé par l’Azura est de 1,68 %. C’est au-dessus du seuil réglementaire, puisque, depuis fin 2015, la loi oblige les bateaux à utiliser des carburants ne dépassant pas une teneur en soufre de 1.50 %.

Au moment où les résultats tombent, l’Azura a pris le large. Il sera toutefois rattrapé par les autorités, lors d’une escale dans le port de Toulon. Le capitaine du bateau, d’origine étrangère, est interpellé. Selon les déclarations du procureur de la République de Marseille, l’homme aurait « reconnu avoir employé un carburant ne respectant pas la concentration réglementaire maximale en soufre ». Après le 1er janvier 2020, la limite sera abaissée à 0,5 % pour tous les navires.

Le seuil a-t-il volontairement été dépassé ?

Ce sera l’une des questions clé de cette audience. Pour FNE Paca, qui a décidé de se constituer partie civile, l’infraction a été commise en connaissance de cause par Carnival. « Les armateurs de bateaux de croisière ont une parfaite connaissance de la législation, dans ce cas, ils ont fait cela par pur intérêt économique, affirme Maroussia Berrezaie, une membre de FNE Paca qui représentera la structure au procès. Il est en effet moins cher de se procurer du carburant peu ou pas raffiné. »

« Je pense qu’on peut se poser la question de la bonne foi de Carnival, tempère Jean-François Suhas, président du Club de la Croisière Marseille Provence. Le résultat obtenu montre que la teneur n’est qu’à 1,68, pas à 3 % par exemple. Quand on prend un carburant très peu raffiné, le prix peut être divisé par deux. Mais là, pour 1,68 au lieu des 1,50 réglementaires, ce sont des économies de quelques dollars. »

Et d’assurer : « Les paquebots se fournissent tous en un carburant à 1,35 ou 1,40 pour se laisser une marge en cas de contrôle. Et ils savent aussi que s’ils fraudent, cela va se savoir dans le milieu de la croisière. Est-ce une fraude organisée ? Ou une simple erreur du raffineur qui a livré ce carburant ? J’attends le procès pour le savoir. » Malgré de multiples tentatives, 20 Minutes n’est pas parvenu à entrer en contact avec l’armateur de ce bateau.

Pourquoi ce procès est-il important ?

« Nous attendons essentiellement un message fort, à la fois pour ce capitaine de bateau mais aussi pour toutes les sociétés de croisière, explique Maroussia Berrezaie. Ce procès pourrait mettre fin à un certain sentiment d’impunité. Les armateurs savent qu’il est très difficile de constater ces infractions puis d’engager des poursuites. » Il faut en effet que le contrôle soit fait à bord, et rapidement, les bateaux ne restant que très peu de temps sur place. Selon Maroussia Berrezaie, un représentant de Carnival, l’armateur de l’Azura, devrait comparaître ce lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille, au côté du capitaine du bateau.

« Il s’agit aussi de continuer à alerter l’opinion publique sur la pollution de l’air, poursuit Maroussia Berrezaie. Ce procès touche une véritable problématique de santé publique ». Le soufre contenu dans les carburants est en effet connu pour son impact sur la santé. Or, à Marseille, le nombre de bateaux de croisière explose. Premier port de croisière français avec 1,55 million de voyageurs en 2017, le Grand port maritime de Marseille (GPMM) ambitionne de devenir en 2018 le 4e en Méditerranée, devant Venise. Il s’est fixé l’objectif d’atteindre les deux millions de croisiéristes en 2020.

Cette croissance provoque l’inquiétude de certains habitants, notamment les riverains. A titre d’exemple, il y a plus d’un an, l’association Cap au Nord avait alerté la ministre de l’Ecologie de l’époque dans une lettre ouverte. Ses membres, des habitants des 15e et 16e arrondissements dans les quartiers Nod de Marseille, se disaient « victimes des graves nuisances de pollution aérienne émise par les navires entrant, sortant et manœuvrant dans les ports. »

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