Rennes: La mère de la fillette violée «s’excuse» mais accuse «les caprices de la petite»

JUSTICE Un homme est jugé pour le viol d’une enfant de 5 ans au domicile de ses parents. Ces derniers sont également poursuivis pour avoir fait pression sur la victime...

Camille Allain

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La salle d'audience principale de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes.
La salle d'audience principale de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Un homme est jugé pour le viol d’une fillette devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine à Rennes.
  • Les parents de la jeune fille sont accusés d’avoir fait pression sur leur fille afin qu’elle ne témoigne pas.
  • La mère a tout juste lâché quelques excuses ce mercredi, assurant qu’elle « n’avait rien vu ». Sa fille a été violée à de multiples reprises de 2002 à 2005 alors qu’elle n’avait pas 5 ans.

Elle s’exprime difficilement, avec des mots très simples. Ne comprend pas toujours ce qu’on lui demande. Mais elle a fini par le dire : « on s’excuse. » Mercredi, la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine a entendu le témoignage de la mère de Karine. Cette jeune femme de 20 ans aujourd’hui voit ses parents et son violeur présumé comparaître depuis mardi, seize ans après les premiers faits.

A l’époque, Karine n’avait pas 5 ans. Ses parents avaient accueilli un homme dans leur modeste appartement de la rue Saint-Mélaine, à Rennes. Aujourd’hui âgé de 65 ans, Roland Blaudy a imposé à la fillette des relations sexuelles pendant au moins deux ans au domicile des parents. Mercredi, ce dernier a reconnu « en bloc » tous les faits qui lui sont reprochés, lui qui aurait abusé de 14 autres jeunes filles avant Karine.

« J’ai nié et c’est passé »

Les parents étaient-ils au courant de ce que vivait leur fille ? « Possible », admet Blaudy. « Je n’ai rien vu », contestera la mère quelques heures plus tard. Ravagée par les médicaments, celle qui a déjà écopé de huit ans de prison pour avoir tué son nourrisson de 180 coups de couteau peine à fournir des explications. « Une fois, elle était avec lui sur le canapé ». « Nue ? », interroge le président. « Non, en culotte ». « Qu’avez-vous fait ? ». « J’ai dit à ma fille d’aller se rhabiller ». Fin de l’histoire.

La femme à la barre a visiblement du mal à saisir le cauchemar vécu par sa fille. « Je trouve que ce qu’il a fait à ma fille, c’est mal. Ce n’est pas très gentil de sa part », dira-t-elle. « Avez-vous assez protégé votre fille? », interroge l’avocate de la partie civile. « Non. Je faisais le ménage, la vaisselle. Je ne pouvais pas tout surveiller. » La salle est stupéfaite. Le père aurait tenté d’obtenir une fois des explications. « J’ai nié et c’est passé », résume Roland Blaudy.

« Madame faisait des caprices »

Multipliant les questions, la cour a tenté de savoir si la mère connaissait le passé judiciaire de cet « ami » qu’elle a hébergé pendant plusieurs mois. Ce dernier avait déjà été en prison pour des faits de pédophilie : « Mon mari m’avait juste dit de faire attention à lui. » A ses côtés, le père se prend la tête dans les mains, cache son visage. « Avez-vous laissé votre fille seule avec l’accusé ? », interroge le président. « Bah oui. Le samedi, quand on allait faire les courses, elle voulait pas venir, madame faisait des caprices », lâche la mère, qui revoit sa fille pour la première fois depuis cinq ans.

Elle ne versera pas une larme pendant l’interrogatoire. A peine émettra-t-elle des remords. « J’aurais aimé qu’elle me parle. Je l’aurais protégée. On aurait dû le mettre à la rue », finit-elle par lancer au tribunal, sans conviction. Elle et son mari sont jugés pour « subornation de témoin » et auraient fait pression sur leur fille pour qu’elle « ne dise rien ». Le procès se poursuit jusqu’à vendredi devant la cour d’assises à Rennes.