Marseille: Un réseau de braconniers de poissons pêchés dans les calanques à la barre

PLANETE Les quatre prévenus sont accusés d’avoir pêché illégalement puis revendu des poissons et fruits de mer prélevés dans le parc national des calanques…

Mathilde Ceilles

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Illustration de pêche sous marine
Illustration de pêche sous marine — Z. Sanders/Caters/Sipa
  • Quatre pêcheurs comparaissent ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Marseille.
  • Ils sont soupçonnés d’avoir participé à un réseau de braconnage de poissons dans les calanques.

Dans un communiqué de presse, le parc national des calanques l’affirme : « il s’agit de la première affaire de cette importance à être jugée en France ». Ce mercredi comparaît devant la sixième chambre du  tribunal correctionnel de Marseille quatre personnes soupçonnées d’avoir braconné des poissons dans une zone des calanques où la faune est protégée.

« Nous sommes face à un réseau de braconnage, affirme Me Mathieu Victoria. L’avocat représente ​FNE Paca et FNE 13, qui se sont toutes deux constitué partie civile dans ce dossier. Et d’ajouter : « Des personnes pratiquaient la chasse sous-marine et récoltaient une pêche illicite d’espèces protégées comme le mérou, dans une zone du parc national des calanques où cela est interdit. Ensuite, elles remettaient leur production à un pêcheur professionnel, qui lui a un titre professionnel, Stéphane Avedissian. Ce dernier était alors chargé de revendre ces poissons à des restaurateurs ou des poissonniers. Tous étaient attirés par l’appât du gain et se sont enrichis grâce à cette activité. »

Restaurateurs absents

Les clients de ses hommes seront toutefois absents du tribunal correctionnel. Selon Marsactu, le parquet a en effet décidé pour ces restaurateurs de mettre en place une composition pénale, permettant au procureur de proposer des sanctions aux mis en cause.

« C’est vrai qu’on aurait aimé avoir en face de nous ces restaurateurs et poissonniers, pour débattre avec eux sur leur nécessité à passer par la filière clandestine, regrette Me Mathieu Victoria. Les acheteurs alimentent ce réseau, et ils ne pouvaient pas ne pas savoir qu’ils faisaient l’acquisition de poisson pêché clandestinement. »

Les parties civiles attendent « une décision exemplaire »

« Sea Sheperd attend une décision qu’elle espère exemplaire, pour dissuader les pêcheurs et faire respecter la réglementation, affirme Me Arnaud Lucien, avocat de l’association. Ces règles ont été difficiles à mettre en place. Si personne ne protège les mérous ou les oursins, tout le monde va se servir pour les revendre, et il n’y en aura plus. »

« On estime qu’en quatre ans, les prévenus ont pêché 4664 kg de poissons, 322 kg de poulpes et 16.840 douzaines d’oursins, estime Me Sébastien Mabile, avocat du parc national des calanques. Nous demandons 50.000 euros pour chacun des préjudices : atteinte à l’image du parc, atteinte à la mission de protection de l’environnement du parc et le préjudice écologique ». Pour Sébastien Mabile, cette activité a en effet déséquilibré la faune et la flore du parc national, les pêcheurs ayant notamment tué des poissons en haut de la chaîne alimentaire.

D’importantes sommes demandées

L’avocat représente également le groupe d'étude du mérou et demande 80.000 euros de réparation du préjudice pour cette structure qui recense bénévolement ce type de poissons dans la région.

Des sommes jugées « démesurées » par Me Philippe Amram, avocat de Rodolphe Garcin, un des prévenus. « Mon client n’est pas un pêcheur professionnel, il pratiquait la chasse sous-marine comme loisir et a fait la bêtise de pêcher dans une zone interdite. Il a reconnu les faits, mais la partie civile demande des sommes inconcevables. »

Et d’affirmer : « Il n’a pas beaucoup gagné avec cette activité. La gendarmerie a épluché ses comptes sur plusieurs années et a estimé qu’il aurait perçu grâce à sa pêche 3.800 euros en quatre ans. Et ce sont des poissons pour les copains, jamais des restaurateurs. Il n’a tué personne, pas fait de braquage. C’est donc très cher payé au regard du préjudice et du profit qu’il en a tiré », estime-t-il. Contacté, l’avocat de Stéphane Avedissian, supposé être à la tête de réseau, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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