Nantes: Les «mensonges» de Yann Marchand, jugé pour l'assassinat de sa femme aux Sorinières

ASSISES Yann Marchand est jugé depuis ce lundi par la cour d'assises de Loire-Atlantique...

Julie Urbach

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La cour d'assises de Loire-Atlantique, à Nantes.
La cour d'assises de Loire-Atlantique, à Nantes. — © Fabrice ELSNER
  • En 2015, Yann Marchand avait avoué avoir tué sa femme dans leur propriété des Sorinières, au sud de Nantes, et ce trois mois après sa disparition.
  • Au premier jour du procès, l'accusé a été interrogé sur ses «mensonges», son infidélité et son rapport à l'argent...

Ce mensonge-là aura duré trois mois. Trois mois à s’envoyer à lui-même des messages avec le portable de sa femme dont il avait brûlé le corps. Trois mois à soutenir que son épouse était partie chez sa tante, en raison de problèmes conjugaux. Trois mois à porter le lourd secret de ce meurtre, avant de finalement tout avouer, en juin 2015. Ce lundi s’est ouvert devant la cour d’assises de Loire-Atlantique le procès de Yann Marchand accusé de l’assassinat de Céline Sablé Marchand, aux Sorinières près de Nantes.

Au premier jour des débats, dédié à l’examen de la personnalité de cet homme de 41 ans, la cour a pu se rendre compte de son difficile rapport à la vérité. Yann Marchand, qui s’était lui-même décrit devant les gendarmes comme « un menteur professionnel » a été questionné toute la journée sur ce trait de caractère, associé à un fort attrait pour l’argent et les femmes.

Maîtresses et culture de cannabis

Car l’ambiance dans le couple, qui pouvait apparaître au départ comme « complice et joyeux » n’est pas au beau fixe et ce bien avant le drame, selon lui. Quelques années après leur rencontre en boîte de nuit en 2006, leur mariage et avant même la naissance de leur deuxième enfant, Yann dit penser déjà à se séparer de Céline. Son côté « séducteur », voire « coureur de jupons » selon des proches, reprend le dessus et il recommence à « avoir des maîtresses ». « Céline s’en est aperçue début 2015. On se disputait, mais elle était encore amoureuse », raconte dans le box Yann Marchand, crâne rasé et mains placées derrière le dos.

A ce moment-là, l’homme cache une autre facette de sa vie, professionnelle cette fois. « Vous faisiez croire à votre femme et à vos proches que vous aviez monté votre propre affaire commerciale dans le para-médical », rappelle Karine Laborde, la présidente de la cour. Un nouveau mensonge qui permettait en fait à l’accusé, titulaire d’un BEP vente, de faire prospérer une culture de cannabis cachée dans plusieurs pièces de la propriété des Sorinières du couple, et de justifier des rentrées d’argent pouvant approcher les « 30.000 euros par an ».

« On dépensait beaucoup »

Selon l’accusé, lui et sa femme partageaient au moins ce secret, justifié par un attrait pour « l’argent facile ». La question a toujours été au coeur du couple, marié sous le régime de la séparation des biens, notamment après que Céline a hérité de plusieurs maisons et de la gestion de comptes bancaires de la famille, à la suite du décès de son père. « On dépensait beaucoup, on vivait au-dessus de nos moyens, lâche Yann Marchand, issu d’un milieu modeste. On en a profité, c’est parti dans un mauvais délire. » Jusqu’à siphonner les comptes bancaires de leurs enfants, héritiers de la mère de Céline, elle aussi décédée il y a quelques années.

Cet intérêt financier fait partie des mobiles avancés par la présidente de la cour lors de son introduction. L’autre, c’est la crainte qu’a avancé ce « père aimant » de ne plus voir sa fille et son fils, aujourd’hui âgés de 6 et 8 ans et placés chez sa sœur. C’est d’ailleurs à leur évocation, et à celle de la possibilité de la perte totale de son autorité parentale à laquelle il s’expose, que l’accusé a montré des signes réels d’émotion, ce lundi après-midi.

Deux versions

La deuxième journée sera consacrée à l’examen des faits, où Yann Marchand sera vraisemblablement confronté aux deux versions qu’il avait livrées aux enquêteurs. Lors de la première, il avait raconté avoir réfléchi à la manière de procéder, s’être donné une date butoir, et avoir entraîné Céline dans la chapelle de leur propriété, où était entreposée une pelle, avant de la frapper à mort puis de brûler son corps.

Plus tard, il avait finalement contesté avoir préparé son geste, expliquant que sa femme l’avait rejoint et qu’une dispute avait dégénéré. C’est sans doute le même scénario qu’il déroulera devant la cour, mardi. Ce lundi après-midi, l’accusé a en tout cas de nouveau assuré qu’il contestait la préméditation.

Yann Marchand encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le procès doit se tenir jusqu’en début de semaine prochaine.