Espagne: Premier procès dans l'affaire des «bébés volés» sous la période Franco

DICTATURE Des milliers de familles auraient été dépossédées de leur nouveau-né pour s’être opposées au régime sous la dictature franquiste…

20 Minutes avec agences

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La pratique des « bébés volés » a été utilisée à des fins politiques durant la dictature. (Illustration)
La pratique des « bébés volés » a été utilisée à des fins politiques durant la dictature. (Illustration) — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Un procès historique s’ouvrira ce mardi à Madrid (Espagne). Sur le banc des accusés, un médecin octogénaire sera le premier homme à comparaître dans l’affaire des « bébés volés ». Ce trafic de nourrissons aurait touché des milliers de familles espagnoles sous la dictature de Franco.

Née pendant la guerre civile d’Espagne (1936-1939), cette pratique a été utilisée à des fins politiques pendant la dictature. Elle s’est ensuite perpétuée pour des motifs purement économiques jusqu’à la fin des années 1980, soit bien après la mort du dictateur.

Un simulacre de grossesse

Eduardo Vela, 85 ans, obstétricien, est poursuivi pour simulation d’enfant, adoption illégale et faux en écriture. En juin 1969, ce médecin aurait offert l’un de ces « bébés volés » à une patiente, en l’inscrivant comme sa fille biologique.

La patiente, décédée depuis, a raconté que le docteur lui avait demandé de simuler une grossesse. Il lui avait aussi recommandé de ne pas consulter d’autre médecin si jamais sa fille tombait malade, afin de ne pas éveiller les soupçons.

Des soupçons confirmés par un article de presse

Inés Madrigal, la petite fille en question aujourd’hui âgée de 49 ans, aurait appris la vérité à 18 ans au cours d’une conversation avec sa mère adoptive.

Ses soupçons se sont confirmés en 2010 lorsqu’elle a découvert dans la presse que sa clinique natale, fermée en 1982, était un des centres du trafic de « bébés volés ». Après des années de procédure, elle a réussi à traîner le médecin madrilène en justice.

Le « gène rouge » du marxisme

Les enlèvements de nourrissons auraient débuté sous la dictature franquiste (1939-1975), avec pour objectif de punir les opposants au régime. Les républicaines étaient accusées de transmettre le « gène rouge » du marxisme. Les enlèvements ont ensuite visé les enfants nés hors mariage ou issus de familles pauvres ou très nombreuses. Ils étaient alors adoptés dans la clandestinité par des couples stériles ou proches du régime « national-catholique ».

Il s’agit du tout premier procès relatif à cette affaire. Plus de 2.000 plaintes ont été déposées pour des cas similaires, mais les tribunaux tardent à réagir en raison de preuves insuffisantes ou de la prescription des faits.

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