«Les juifs, ça met pas l'argent à la banque», le procès pour une agression antisémite s'ouvre à Créteil

ANTISEMITISME Cinq hommes, dont l’un est actuellement en fuite, sont jugés pour avoir violemment agressés un jeune couple persuadés qu’ils étaient riches car juifs. L’un d’eux est également renvoyé pour viol…

Caroline Politi

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Ce mardi s'ouvre devant les assises de Créteil le procès des agresseurs présumés d'un jeune homme juif et de sa compagne. (image d'illustration)
Ce mardi s'ouvre devant les assises de Créteil le procès des agresseurs présumés d'un jeune homme juif et de sa compagne. (image d'illustration) — Boris Roessler / dpa / AFP
  • Le 1er décembre 2014, un couple avait été agressé, séquestré et la jeune femme violée à leur domicile.
  • La juge d'instruction avait abandonné le caractère antisémite de l'agression à la fin de l'instruction, avant de le rétablir sur appel du parquet. 
  • Le verdict est attendu le 9 juillet. 

Le calvaire de Laurine et Jonathan, alors âgés de 19 et 21 ans, aura duré près d’une heure. Une heure, séquestrés dans l’appartement des parents du jeune homme, en plein cœur de Créteil, par trois hommes persuadés d’avoir flairé un gros coup. Parce que les « Juifs, ça met pas l’argent à la banque ». Le procès des trois agresseurs présumés du jeune couple et de deux complices s’ouvre ce mardi devant la cour d’assises de Créteil. Ils comparaissent notamment pour vol à main armée, séquestration et violence en raison de  l’appartenance de la victime à une religion. L’un d’eux est également poursuivi pour viol, un autre pour complicité.

« Mon pote, il a grave faim »

Les faits remontent au 1er décembre 2014. Il est un peu plus de midi lorsqu’un homme sonne au domicile de la famille B. Laurine, la petite amie de Jonathan, croit reconnaître par le judas un cousin du jeune homme mais à peine a-t-elle ouvert la porte que trois hommes gantés, cagoulés et armés d’une arme de poing s’engouffrent dans l’appartement. Le couple est immédiatement tenu en joue, l’appartement fouillé de fond en comble. Persuadé que de l’argent liquide y est caché, l’un des agresseurs enfonce le canon de son pistolet dans la bouche de Jonathan pour le forcer à parler. Ils refusent de le croire lorsqu’il leur explique que ses parents n’ont pas de liquidités, ou si peu, car leur argent est sur un compte. Impossible, s’emporte l’un d’eux, puisqu’ils sont juifs, ils ont de l’argent chez eux.

Pour forcer le jeune homme à « parler », ils le ligotent puis emmènent Laurine dans une chambre. L’un des agresseurs lui fait subir un viol digital tout en poursuivant son interrogatoire. Dans la pièce d’à côté, un de ses complices « plaisante » auprès de Jonathan sur le sort réservé à sa petite amie. « Mon pote, il a grave faim. »

Le calvaire dure encore de longues minutes avant que les trois agresseurs ne quittent les lieux avec un butin dérisoire au regard du déchaînement de violence : 480 euros récupérés par l’un d’eux avec la carte bleue de Jonathan, quelques bijoux et du matériel électronique. Deux d’entre eux, alors âgés de 19 et 22 ans ont été arrêtés dans l’après-midi, avec une partie des bijoux. Deux complices présumés quelques jours plus tard. Un homme, toujours en fuite, fait l’objet d’un mandat d’arrêt.

Des repérages autour de l’appartement de la famille B.

L’appartement de la famille B. a-t-il été ciblé parce qu’ils sont juifs ? Au cours de l’agression, l’un des mis en cause a indiqué à Jonathan qu’il savait que son père avait l’habitude de se rendre à la synagogue « avec un truc sur la tête » (kippa). Une mezouzah (un symbole juif) était accrochée devant la porte.

L’enquête a également permis de démontrer que le cambriolage avait été préparé depuis plusieurs semaines et que l’appartement n’avait pas été choisi au hasard. Le 10 novembre, soit trois semaines avant les faits, l’un des accusés a sonné chez la famille B. afin de demander du sucre. En garde à vue, il a reconnu que l’objectif était de vérifier qu’il s’agissait bien de leur appartement. Ce jour-là, c’est Samuel, le grand frère de Jonathan qui a ouvert la porte. La bande a finalement fait demi-tour et s’en serait prise à un homme de 70 ans, juif également, résidant dans le quartier. Il a été roué de coups mais ses agresseurs sont finalement partis sans rien voler, craignant que les cris de leur victime alertent les voisins. Si une mezouzah était également installée devant la porte, sa religion n’a pas été évoquée.

Les accusés ont toujours nié s’en être pris à la famille B. en raison de leur judéité. Quant aux propos antisémites, ils les attribuent à leur complice en fuite. Au terme de son enquête, la juge d’instruction a d’abord abandonné le caractère antisémite avant de le rétablir après appel du parquet. Le procès est prévu pour se tenir jusqu’au 6 juillet.