Corse: Six nationalistes condamnés pour le plastiquage de résidences secondaires en 2012, deux accusés acquittés

SENTENCE Les huits prévenus étaient jugés devant la cour d'assise spéciale, compétentes pour els affaires de terrorisme...

G. N. avec AFP

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Pierre Paoli, ici le 21 juin 2018, a été acquitté dans l'affaire des plastiquages de résidences secondaires en Corse en 2012.
Pierre Paoli, ici le 21 juin 2018, a été acquitté dans l'affaire des plastiquages de résidences secondaires en Corse en 2012. — BERTRAND GUAY / AFP

La cour d’assises de Paris a acquitté vendredi deux nationalistes corses, dont le principal accusé Pierre Paoli, mais condamné 6 autres dont 3 avec mandat de dépôt pour des attentats contre des résidences secondaires sur l’île en 2012. Après dix heures de délibéré, le président de la cour d’assises spéciale, composée uniquement de magistrats et non d’un jury populaire comme c’est le cas dans les affaires de terrorisme, a annoncé le verdict dans une salle comble.

Quelques minutes après, les trois accusés les plus lourdement condamnés quittaient la salle pour la prison, dans l’agitation, en criant « Liberta ! » sous les applaudissements du public. La mère de l’un d’eux s’est évanouie, alors qu’un père a pris à partie un gendarme qui ne le laissait pas embrasser son fils qui partait en détention.

Plusieurs dizaines d’attentats sans faire de victimes

Les huit nationalistes corses étaient jugés depuis le 11 juin pour des faits remontant à mai et décembre 2012 : plusieurs dizaines d’attentats avaient alors visé des résidences secondaires aux quatre coins de l’île, sans faire de victimes. Des attaques revendiquées par le FLNC (Front de libération nationale corse), au nom de son « combat contre la spéculation immobilière ».

Mais tous ont nié avoir pris part à ces attentats. Ces nationalistes affirment ne pas avoir été membres du FLNC sans toutefois condamner la lutte armée, à laquelle ce groupe clandestin a fini par renoncer il y a quatre ans. Il s’agissait donc a priori du dernier procès pour des « nuits bleues » en Corse (séries d’attentats).

Jusqu’à 3 ans de détention provisoire

Pierre Paoli, qui était soupçonné d’avoir été le chef du FLNC, a été acquitté. De même que Fernand Agostini, le patron du restaurant le Relais de Mezzavia à Ajaccio, qui est passé pendant longtemps pour un point de rencontre de membres du FLNC. « Les charges sont insuffisantes pour retenir la culpabilité », a déclaré le président Régis de Jorna.

Le parquet avait déjà requis jeudi l’acquittement de Pierre Paoli. « J’ai toujours pensé qu’il serait acquitté compte tenu de l’absence de charges », a réagi son avocat Emmanuel Mercinier-Pantalacci. Pierre Paoli a été incarcéré dans cette affaire de février 2015 à septembre 2016. Certains de ses co-accusés ont fait jusqu’à 3 ans de détention provisoire.

« Si vous voulez tous aller à l’abattoir, allez à l’abattoir ! »

Deux de ses co-accusés ont été condamnés à 6 ans de prison, un troisième à 5 ans. Les autres ne retourneront pas en prison, les peines étant couvertes par la détention provisoire. Les éléments recueillis lors de l’enquête (sonorisation avec micros placés dans des voitures et dans le bar de Fernand Agostini, géolocalisation, exploitation du matériel informatique) ont permis à la cour de conclure à leur culpabilité.

La plupart de ces accusés ont fait valoir leur droit au silence pendant les deux semaines de procès, suscitant souvent l’énervement du président contraint à de longs monologues. « Si vous voulez tous aller à l’abattoir, allez à l’abattoir ! », a-t-il même lâché en début de semaine aux accusés, des trentenaires en majorité.

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