• Les deux dirigeants de Giscours écopent pour leur part de trois mois de prison avec sursis.
  • Une partie du millésime 2016 avait été enrichie en sucre en dehors des réglementations préfectorales.
  • La société d’exploitation du château Giscours plaide l’erreur humaine et a fait appel.

Le Le château Giscours, prestigieux grand cru classé de Margaux (Gironde), a été condamné jeudi à Bordeaux à 200.000 euros d'amende et ses deux dirigeants à trois mois de prison avec sursis. Ils ont été reconnus coupables d’avoir irrégulièrement « enrichi » avec du sucre deux cuves de vin fin 2016.

Le tribunal a considéré que cette chaptalisation était une « infraction caractérisée », qualifiant les faits de « graves » et « visiblement banalisés ». Pour la présidente Caroline Baret, le directeur général « était au courant de la situation », qui a porté atteinte, selon elle, à tous les Margaux du millésime 2016.

La chaptalisation, procédé autorisé mais encadré

La chaptalisation, procédé autorisé mais sévèrement encadré par des réglementations préfectorales, consiste à enrichir en sucre un vin avant fermentation, afin d’augmenter sa teneur en alcool. « Quand elle n’est pas autorisée, la chaptalisation est une falsification », avait rappelé la semaine dernière à l’audience un inspecteur de la Répression des fraudes, dont les services avaient découvert la modification incriminée en octobre et novembre 2016.

Le tribunal correctionnel a également ordonné la confiscation et la destruction du vin concerné, soit 397 hectolitres, l’un de cépage merlot et cabernet sauvignon, l’autre de cabernet. « Les moûts chaptalisés ont été mis en réserve » et n’ont pas été commercialisés, a assuré le château Giscours dans un communiqué diffusé après le jugement.

Un an d’emprisonnement avec sursis avait été requis lors de l’audience du 14 juin contre le directeur technique et le directeur général, ce dernier écopant également d’une amende de 30.000 euros dont 20.000 avec sursis pour « falsification de denrée alimentaire ». La procureur avait également requis 150.000 euros d’amende pour la société.

Le groupement foncier agricole (GFA) du château Giscours réclamait plus de 300.000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice subi.

« Erreur humaine… »

La société d’exploitation du château Giscours a décidé de faire appel de cette décision. « La société Giscours réaffirme solennellement qu’il s’agit d’une erreur humaine, sans aucune intention frauduleuse, seulement un enchaînement malencontreux de lourdeurs administratives et de transmissions défaillantes », a-t-elle indiqué.

« Ces opérations de chaptalisation irrégulières concernant deux cuves […] s’expliquent d’une part par une erreur de l’ODG (Organisme de défense et de gestion de la profession) qui a reconnu avoir transmis un mail erroné, d’autre part par une erreur de lecture d’une ardoise écrite manuellement qui indiquait la quantité de sucre autorisée à ajouter », a détaillé le château.

Déjà condamné par le passé pour des pratiques illicites

Le troisième grand cru classé de Margaux avait déjà été condamné en 2008, en première instance, puis en 2010, en appel, pour des pratiques illicites dont, déjà, une surchaptalisation mais aussi l’utilisation de lait pour chasser des odeurs parasites ou encore le mélange de millésimes ou l’interversion de cuves entre haut-médoc et margaux.

Le propriétaire néerlandais du château Giscours, ainsi que du château du Tertre, Eric Albada Jelgersma, est décédé jeudi, le même jour que le jugement du tribunal de Bordeaux, à l’âge de 79 ans.