Christophe Robert jugé à Bordeaux: «Il était sans doute meilleur footballeur que goûteur de vin»

JUSTICE Christophe Robert, ancien footballeur, a comparu ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux car il est soupçonné d’avoir écoulé du vin de qualité médiocre sous de grandes étiquettes, pour un préjudice de 100.000 euros environ…

Elsa Provenzano

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L'ancien footballeur de Valenciennes Christophe Robert a de nouveaux démêlés avec la justice.
L'ancien footballeur de Valenciennes Christophe Robert a de nouveaux démêlés avec la justice. — TAVERNIER NICOLAS/TSCHAEN/SIPA
  • Christophe Robert, ancien footballeur de Valenciennes impliqué dans l’affaire de corruption VA-OM, a été jugé ce jeudi à Bordeaux pour des ventes de vins frauduleux avec le forain Gérald Debarre qui lui a vendu la marchandise.
  • Entre juin 2017 et mars 2018, il a vendu environ 500 bouteilles de vin médiocre avec des étiquettes de grands crus pour un préjudice estimé à 100.000 euros. Il nie avoir eu connaissance de l’origine frauduleuse du vin.
  • La procureur a requis une peine de 18 mois d’emprisonnement assortie d’une partie de sursis pour les deux prévenus. Le délibéré sera connu le 28 juin.

Christophe Robert avait fait la une des journaux pour son implication en 1993 dans l’affaire de corruption VA-OM  alors qu’il jouait à Valenciennes. Il avait entreposé le magot dans le jardin d’un proche. A 54 ans, il a comparu devant le tribunal correctionnel de Bordeaux ce jeudi pour une tout autre affaire : la vente de 509 bouteilles de vin de contrefaçon à des maisons de négoce, pour un préjudice estimé de 100.000 euros. A ses côtés comparaissait Gérald Debarre, un forain installé dans le sud de la France, qui lui a vendu les soi-disant bouteilles de grands crus classés. Les châteaux victimes et plusieurs organisations professionnelles et de négoce sont parties civiles dans ce procès.

Alors que la fête du vin démarre sur les quais, la procureur Nathalie Queran a rappelé le rôle crucial des vins de Bordeaux dans l’économie locale et l’importance de protéger leur qualité et leur prestige. Elle a demandé pour les deux prévenus 18 mois d’emprisonnement assortis d’une partie de sursis et de mise à l’épreuve, l’obligation d’indemniser les victimes, l’interdiction d’exercer une activité en lien avec les infractions et une amende de 100.000 euros. La peine maximale encourue pour les infractions jugées est de trois ans de prison. Le tribunal rendra son délibéré le 28 juin.

Des clients étrangers ont donné l’alerte

Entre juin 2017 et mars 2018, Christophe Robert, gérant de la société D-Clic, a récupéré auprès de Gérald Debarre, forain, des bouteilles arborant des étiquettes de grands crus (Châteaux Gruaud Larose, Pichon Baron, Pichon Longueville et Beychevelle) du millésime 2000. Il s'agissait du stock de bouteilles laissé par le beau-père de Gérald Debarre à sa mort et que le forain a eu en charge d'écouler. Les négociants à qui Christophe Robert vend les bouteilles ne constatent pas tout de suite la fraude et ce sont des clients, aux Etats-Unis et en Finlande qui alertent leurs fournisseurs. Deux plaintes sont alors déposées par les maisons de négoce flouées, vins et passions et vinonégo.

Pendant l’audience, Christophe Robert garde les sourcils froncés, roulant les yeux d'exaspération au fil des débats. A la barre, il essaie d’expliquer, un peu confusément parfois, qu’il n’était pas du tout au courant de la provenance frauduleuse du vin. Lors de ses auditions, la présidente du tribunal lui rappelle qu’il a expliqué avoir soupçonné en juin 2017 que les caisses n’étaient pas d’origine. « Mais cela ne veut pas dire que les bouteilles ne sont pas bonnes », se défend le prévenu. Même après ces doutes, on lui reproche d’avoir continué à vendre sa cargaison, achetée à des prix 30 à 40 % inférieurs à ceux pratiqués sur la place bordelaise.

Des contrefaçons jugées grossières

Le ministère public met en avant sa connaissance du vin puisqu’il a travaillé auparavant avec un négociant de renom. Il refuse de croire que des contrefaçons aussi grossières aient pu échapper à son œil de professionnel, et qu’il ait eu la naïveté de ne pas goûter un échantillon de sa marchandise. Mais son avocat maître Christophe Dejean pointe dans sa plaidoirie que les négociants aussi sont tombés dans le panneau : « le négoce a juste tiré plus vite que nous et déposé plainte ». Il estime que son client s’est « totalement mis dans la gueule du loup » et concède qu'« il était sans doute meilleur footballeur que goûteur de vin ».

L’avocat de Gérald Debarre a voulu également convaincre le tribunal de la bonne foi de son client : « s’il avait eu conscience que le vin avait de la valeur, il ne l’aurait pas stocké là (dans un semi-remorque) et quand il apprend que le vin est faux, il le rembourse à Christophe Robert ». Pour la Défense, Christophe Robert se serait fait piéger par une cargaison alléchante, sans se rendre compte de son origine frauduleuse, dont l’enquête n’a pas permis de connaître la provenance exacte. Gérald Debarre reconnaît, lui, que sur la fin, il a tenté de mettre en vente du vin, tout en sachant qu’il était faux.

Dans cette affaire, les conseils des châteaux et des maisons de négoce demandent réparations pour un préjudice économique mais surtout pour l' atteinte à leur image.Toutes les bouteilles falsifiées saisies ont été détruites.

La présidente du tribunal Caroline Baret a souligné que la société de Christophe Robert, qui réalisait un chiffre d’affaires moyen de 20.000 à 27.000 euros par an, atteint 100.000 euros en 2017, l’année des faits. 

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