Seine-Saint-Denis: Trois fossoyeurs jugés pour avoir pris les dents en or des cadavres

CIMETIERE Pour les avocats des prévenus, ce n’est pas juridiquement d’un « vol ». Récupérer les objets dans les caveaux à nettoyer est une pratique habituelle…

F.H. avec AFP

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Un cimetière. (Illustration)
Un cimetière. (Illustration) — GILE Michel/SIPA
  • Un des fonctionnaires est soupçonné d’avoir organisé un véritable trafic, en revendant à des bijouteries parisiennes, pour son compte et celui de ses collègues moyennant commission, les objets précieux trouvés dans les tombes.
  • La ville de Paris est la seule partie civile dans ce procès.

Trois fossoyeurs soupçonnés d’avoir volé des morts devant la justice, ce jeudi. Le début de l’enquête a débuté une nuit de novembre 2012. A 2h40 du matin, les policiers remarquent deux hommes gantés avec des lampes frontales et une barre à mine à proximité du cimetière de Pantin (Seine-Saint-Denis) qui appartient à la ville de Paris. En les contrôlant, c’est un trésor que découvrent les forces de l’ordre.

Sur l’un d’entre eux, fossoyeur, ils découvrent un petit sac contenant onze dents en or recouvertes de terre fraîche. Dans sa voiture, d’autres dents, des bijoux et une balance électronique. Placé en garde à vue, cet homme aujourd’hui âgé de 35 ans reconnaît avoir arraché des dents sur une mâchoire lors d’un « creusement » destiné à nettoyer une tombe abandonnée, selon une source proche de l’enquête.

10.000 euros empochés avec la vente de dents en or

Dans les jours qui suivent, cinq autres salariés du cimetière parisien sont eux aussi placés en garde à vue. Finalement, ce sont trois fossoyeurs et un complice présumé qui sont renvoyés devant le tribunal de Bobigny. Le fonctionnaire interpellé en pleine nuit est soupçonné d’avoir organisé un véritable trafic, en revendant à des bijouteries parisiennes, pour son compte et celui de ses collègues moyennant commission, les objets précieux trouvés dans les tombes.

Il est poursuivi pour violation de sépulture – il est accusé d’avoir ouvert des caveaux la nuit de son interpellation – et vol aggravé. Entre 2009 et 2012, cet homme qui avait, selon ses collègues, « toujours sa balance sur lui », aurait touché plus de 10.000 euros en vendant les dents trouvées dans les tombes.

Ses deux ex-collègues, âgés de 47 et 61 ans, seront quant à eux jugés jeudi uniquement pour vol aggravé : ils affirment s’être servis au moment où ils nettoyaient, à la demande de leur hiérarchie, les concessions « tombées en déshérence », dont la propriété revient à la Ville de Paris, seule partie civile dans ce procès.

Pour l’un des prévenus, c’était « des objets abandonnés »

« Les dents en or sont les dernières choses qui restent, avec les ossements, dans les sépultures anciennes. Les récupérer au moment du nettoyage des tombes abandonnées est une pratique habituelle des fossoyeurs », affirme Yves Crespin, avocat du principal prévenu.

A ses yeux, « il ne s’agit pas de vol ». « Mon client reconnaît avoir pris des dents qu’il considérait comme des objets abandonnés, qui n’appartiennent à personne », dit-il. La Ville de Paris « n’a d’ailleurs aucun droit » sur ces objets, selon lui.

« Il y a un protocole au moment du nettoyage des concessions » abandonnées, explique son confrère Frédéric Beaufils, qui défend un autre prévenu. « Les fossoyeurs doivent être deux. Les objets retrouvés sont consignés dans une petite boîte et envoyés au Père-Lachaise pour incinération ». Mais, lorsqu’ils rouvrent les caveaux pour préparer un enterrement, ils peuvent trouver d’autres objets encore. « Et là, il n’y a pas de consigne. Les récupérer, c’est quelque chose que tout le monde fait », affirme l’avocat, qui estime lui aussi qu’il ne s’agit pas, juridiquement, de « vol ».

Contactée par l’AFP, l’avocate de la mairie de Paris n’a pas donné suite.