VIDEO. Boues rouges: Valls a suivi l'avis de Macron, favorable aux rejets, contre celui de la ministre de l'Environnement Ségolène Royal

INFO «20 MINUTES» Ce jeudi, le tribunal administratif de Marseille examine un recours contre l’autorisation de poursuivre les rejets en mer accordée fin 2015 à l’usine Alteo de Gardanne…

Mathilde Ceilles

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Les ministres de l'Environnement et de l'Economie Ségolène Royal et Emmanuel Macron et le Premier ministre Manuel Valls en février 2015.
Les ministres de l'Environnement et de l'Economie Ségolène Royal et Emmanuel Macron et le Premier ministre Manuel Valls en février 2015. — VILLARD/SIPA
  • 20 Minutes s’est procuré le compte rendu ayant abouti à l’autorisation de rejet de boues rouges.
  • Ce compte rendu confirme le fait que l’avis de la ministre de l'Environnement de l'époque Ségolène Royal n’a pas été pris en compte.
  • Le Premier ministre Manuel Valls a notamment mis en avant les conséquences en termes d’emploi.

L’affaire avait fait grand bruit, provoquant une importante polémique. En novembre 2015, le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, doit prendre une décision à l’issue d’une réunion en visioconférence qui se tient entre Loïc Rocard, son conseiller, la ministre de l’Environnement de l’époque Ségolène Royal et son homologue à l’Economie, Emmanuel Macron.

L’enjeu est important : l’octroi, ou non, d’une autorisation de dérogation sur les rejets liquides d’Alteo dans la mer, connue sous le nom de boues rouges, dans un secteur protégé par le parc national des Calanques. Après cette réunion, le Premier ministre décide de prolonger l’autorisation de dérogation d’une durée de six ans.

Pendant des mois, les opposants de l'association ZEA ont cherché à obtenir le compte rendu exhaustif de cette réunion cruciale. En vain. Finalement, le 6 janvier dernier, une décision du tribunal administratif contraint l’Etat à communiquer ce document dans son intégralité. Un compte rendu que 20 Minutes a pu se procurer en exclusivité. Cette pièce a été transmise à la justice dans le cadre de l’examen ce jeudi du recours contre cette autorisation par le tribunal administratif de Marseille.

« Chantage à l’emploi »

Premier élément d’information de ce document, la position de la ministre de l’Environnement de l’époque, Ségolène Royal, est clairement indiquée. Lors d’une autre réunion présidée par le Premier ministre et en présence d’Emmanuel Macron, Ségolène Royal « a fait valoir son avis très négatif sur la demande de la société Alteo de poursuivre des rejets d’effluents industriels toxiques en mer ». Un avis « opposé » à celui du ministre de l’Economie qui fait valoir l’argument selon lequel Alteo utilise « un procédé nouveau dont l’empreinte environnementale est nettement améliorée ». 

Face à ce bras de fer, la décision d’arbitrage revient à Manuel Valls. Or, selon ce compte rendu, le Premier ministre reprend l’argument d’Emmanuel Macron auxquels il ajoute plusieurs autres. Manuel Valls pointe notamment le fait que la commission d'enquête dans le cadre de l'enquête publique a abouti à un avis favorable.

Il conclut de plus que « le refus de cette autorisation aurait pour conséquence une cessation de l’exploitation accompagnée de lourdes conséquences financières et sociales ». Une sorte de « chantage à l’emploi » dénoncé à l’époque en ces termes par Ségolène Royal sur les réseaux sociaux. Pour rappel, l'usine Alteo compte environ 400 salariés. Contacté, Manuel Valls n’a pour l’heure pas donné suite à nos sollicitations.

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