Toulouse: Sans accusé ni avocats de la défense… Le procès «ubuesque» de Lionel Cardon, ex-ennemi public n°1

JUSTICE Le procès de Lionel Cardon s’est ouvert lundi devant les assises de la Haute-Garonne dans des conditions très particulières…

N.S. avec AFP

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Lionel Cardon, en 1984, à sa sortie du Palais de Justice de Bordeaux.
Lionel Cardon, en 1984, à sa sortie du Palais de Justice de Bordeaux. — Rene Jean / AFP
  • Malgré l’état de santé de Lionel Cardon, en grève de la faim, la justice a refusé de renvoyer le procès.
  • Le sexagénaire est jugé pour les braquages d’une bijouterie et d’une banque postale en 2015, au cours desquels il a séquestré leurs responsables.
  • Cardon a été condamné à deux reprises à la perpétuité en 1986 pour les assassinats d’un couple de médecins girondins et le meurtre d’un policier parisien.

Pour l’un des avocats de l’accusé, Me Pierre Blazy, « c’est ubuesque ». Le procès de Lionel Cardon s'est ouvert lundi devant les assises de la Haute-Garonne sans le principal accusé, hospitalisé après une grève de la faim, et sans les avocats de la défense qui ont quitté la salle. Les conséquences du refus de la justice de renvoyer le dossier à une date ultérieure.

Cardon et son coaccusé, Mohamed Boubaka, sont accusés d’avoir pris en otage en août 2015 à Muret, dans la banlieue toulousaine, un couple de bijoutiers à leur domicile pour se faire ouvrir la boutique. Trois semaines plus tard, Cardon récidivait seul chez le responsable d’un bureau de poste.

Ce dernier était alors en liberté conditionnelle, après avoir été incarcéré plus de 30 ans entre sa première condamnation en 1981 pour vols aggravés et la dernière en 1997 pour évasion. En 1983, il avait tué trois personnes : un couple de médecins de Pessac (Gironde), puis un motard de la police qui l’avait pris en chasse place de la Concorde à Paris.

« 49,4 kg pour 1,78 m »

Selon le rapport du médecin expert, lu par le président de la cour d’assises Michel Huyette lundi, Cardon (60 ans) pèse aujourd’hui « 49,4 kg pour 1,78 m ». Dans la matinée, un toubib a constaté cet « état de maigreur extrême » du sexagénaire, hospitalisé depuis vendredi après quelque 80 jours de grève de la faim. Une action menée pour protester contre la révocation de sa liberté conditionnelle et son incarcération à Lannemezan (Hautes-Pyrénées), selon la défense. Le médecin a jugé que l’accusé n’était pas en mesure de se présenter à son procès.

La cour, après avoir délibéré sur la demande de renvoi, a estimé lundi qu’elle ne pouvait « pas laisser à l’accusé, et à lui seul, la maîtrise de son procès ». Notamment en raison de l’incarcération de Mohamed Boubaka, un jeune homme âgé d’une vingtaine d’années et se disant Tunisien, qui a droit a être « jugé dans un délai raisonnable », a expliqué le président.

Verdict attendu vendredi

Alors que les avocats des deux accusés souhaitaient se retirer, affirmant ne pas être en mesure « de défendre dignement » leurs clients, le président de la cour, Michel Huyette, les a commis d'office. Les trois avocats de Lionel Cardon – Me Pierre Blazy, Edouard Martial et Pierre Le Bonjour — ainsi que les deux avocats du coaccusé – Me Emmanuelle Franck et Me Alexandre Martin —, ont quitté la salle, s’exposant à des sanctions. Le président a toutefois repris l’audience.

Le verdict est attendu vendredi.

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