La cour d'assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer.
La cour d'assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer. — G.Durand / 20 Minutes

JUSTICE

Pas-de-Calais: La Voix de l'Enfant veut renforcer la prévention après la condamnation de parents pour le martyre de leur bébé

Une association dénonce le manque de protection des enfants par les pouvoirs publics après une affaire de nourrisson martyrisé à mort par son père…

  • A six semaines, Ambre est décédée, en 2015, après avoir été martyrisée par son père.
  • Le père vient d’être condamné à 20 ans de réclusion.
  • L’association La Voix de l’Enfant dénonce le manque de politique de prévention et de protection pour les enfants en danger.

« La mort d’un enfant ne relève pas de la fatalité ». Dans un communiqué diffusé ce mercredi, l’association La Voix de l’Enfant s’insurge contre « le manque d’une réelle politique de prévention » et « l’absence, par de nombreux élus et décideurs politiques, de la prise en considération des mesures nécessaires pour une meilleure protection des enfants en danger ».

Un bébé martyr

L’asso s’appuie sur une récente affaire qui a été jugée, vendredi, par la Cour d’assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer. Un père a été condamné à 20 ans de réclusion pour avoir martyrisé à mort son enfant en 2015. La mère de la petite Ambre, accusée de « privation de soin », a été condamnée à cinq ans de prison, dont deux avec sursis. Elle a été écrouée.

« C’est un bébé martyr qui a vécu 47 jours dont 35 jours de violences. Le corps d’Ambre n’était que fractures », a souligné l’avocat général, lors du procès.

Le 16 mai 2015, Ambre est hospitalisée à Saint-Omer, où les parents, qui avaient appelé les secours, résident. Elle est transférée à Lille, où elle décédera d’un œdème cérébral, le 21 mai.

Son père la suspendait par les chevilles

L’enfant souffre aussi d’un traumatisme crânien, de fractures de l’humérus et de la clavicule, de bleus sur le visage, le dos, les chevilles. L’enquête révélera que son père la suspendait par les chevilles ou les aisselles « pour la calmer » et qu’il la projetait contre la table à langer. Il la secouait quotidiennement, car il ne supportait pas ses cris.

La mère a répété à l’audience qu’elle n’avait jamais assisté à ces scènes, mais qu’elle montait le son de la télévision dans leur appartement de Saint-Omer. Elle était également victime de coups de son compagnon.

Enfant adopté à un an et atteint de psychose infantile, le père avait été placé sous curatelle renforcée. La mère, âgée de 20 ans lors du décès d’Ambre, est issue d’un milieu où règne la violence conjugale. Sa mère est morte à 32 ans sous les coups de son conjoint, alors que la fillette avait deux ans.

Un numéro Enfant en danger : le 119

« Ce drame aurait pu être évité puisque plusieurs personnes avaient remarqué des traces sur le visage de l’enfant. Elles s’étaient abstenues de tout signalement », a souligné, lors du procès, Me Sophie ksentine, l’avocate de La Voix de l’Enfant qui s’était portée partie civile.

L’asso réclame « une amélioration des dispositifs de contraintes, actuellement inexistants pour les services de la PMI (Protection maternelle et infantile) ». « Une visite prévue a été annulée par la mère car le bébé portait des traces de coups et la seconde fois, la puéricultrice a trouvé porte close alors que la mère et le bébé étaient au domicile », précise Me Ksentine.

L’avocate plaide pour une modification de la loi qui obligerait les parents à présenter leur enfant à la PMI : « Dans chaque affaire similaire de décès d’enfant par maltraitance que j’ai eu à suivre, il y a systématiquement acte de dissimulation de l’enfant et on constate souvent une immaturité des parents ».

La Voix de L’Enfant rappelle aussi qu’il existe un numéro national d’accueil téléphonique Enfant en danger : le 119.