Toulouse: Jugé trente ans après le casse de la Brink's, l'ex-punk repenti face à son passé

JUSTICE Gilles Bertin, chanteur d'un groupe de punk dans les années 80, comparaît ce mercredi devant les Assises de la Haute-Garonne pour le casse de la Brink's à Toulouse, en 1988. Il s'était livré à la police en 2016 après 28 ans de cavale...

Béatrice Colin

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Toulouse le 31032008

La nouvelle cour d'assises reouvre demain matin.
Toulouse le 31032008 La nouvelle cour d'assises reouvre demain matin. — A.GELEBART/20MINUTES
  • Gilles Bertin comparaît ce mercredi devant les Assises de la Haute-Garonne pour le casse du dépôt de la Brink’s perpétré avec une dizaine de comparses en 1988.
  • Après 28 ans de cavale au Portugal et en Espagne où il a fondé une famille, le quinquagénaire s’est présenté volontairement en 2016 à la police.
  • Déjà condamné en 2004 par contumace, Gilles Bertin encourt jusqu’à 20 ans de prison.

«Le passé frappe toujours à la porte du présent». La formule est de Christian Etelin, son avocat. Et elle résumé certainement ce qui a motivé Gilles Bertin, un jour de novembre 2016, à franchir les Pyrénées à pied pour se rendre à la police.

En cavale depuis 28 ans, l'ancien chanteur du groupe punk Camera Silens, aujourd'hui âgé de 57 ans, comparait ce mercredi devant les assises de la Haute-Garonne pour le casse du dépôt de la Brink's, perpétré le 27 avril 1988 à Toulouse.

A l'époque, il a 27 ans et évolue dans un milieu anarchiste. Après plusieurs jours de préparation, avec une dizaine de comparses, ils sont passés à l'action. L'équipe a enlèvé et séquestré deux vigiles et leurs épouses, puis a vidé la chambre forte, sans qu’aucun coup de feu ne soit tiré. Ils ont disparu avec un butin de près de 12.3 millions de francs.

Considéré pour mort

a police était à leurs trousses. Certains de ses compères seront rattrapés et jugés en 2004 par la même cours d'assises devant laquelle il se présentera ce mercredi matin. Un procès où il a écopé de dix ans de prison par contumace.

Depuis, personne n'avait vraiment cherché à retrouver sa trace et personne ne s'attendait à le voir réapparaître. Surtout pas les autorités pour qui il était considéré pour mort, car certains de ses complices étaient séropositifs et avaient fini par mourir d'un stade sida. Pour l'état-civil, il n'existait même plus.

La vérité pour son jeune fils

Mais à 400 km de la Ville rose, sous une autre identité, Gilles Bertin a refait sa vie à Barcelone. Là, il a rencontré celle avec qui il a fondé un foyer, avec qui il a tenu un café. Et, surtout, avec qui en 2011 il a eu un bébé.

Et c'est en quelque sorte l'arrivée de son fils qui l'a poussé à revenir vers son passé. «Il veut pouvoir lui dire quel est son passé, il ne pouvait plus faire semblant car un enfant pose des questions. C'est un père fait de sincérité, de reconnaissance de ses fautes. Il doit la vérité à son fils pour être libre», souligne Christian Etelin.

Quitte à aller en prison. Car, lorsqu'il s'est présenté à la police il y a 18 mois, il était conscient qu'il pouvait aller en prison. Mercredi soir, il peut être condamné à 20 ans.

«Il a pris le risque lorsqu'il a décidé de rendre des comptes. S'il n'est pas venu en 2004, c'est parce qu'il était très malade, il était dans une période sa vie où il pensait qu'il allait mourir. Lors de ce premier procès, nous étions 16 ans après la commission des faits et c'était déjà loin d'être un délai raisonnable. Aujourd'hui, plus personne n'est là pour se plaindre de quoi que ce soit», conclut l'avocat de Gilles Bertin. Sauf, peut-être la conscience du repenti.