Yvelines: Un ancien policier condamné à dix ans de prison pour avoir tué sa femme

JUSTICE Tout au long de son procès, l’ancien fonctionnaire a affirmé avoir tué « involontairement » sa femme en la menaçant avec son arme de service « par jeu »…

20 Minutes avec AFP

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Un policier. Illustration.
Un policier. Illustration. — V. Wartner / 20 Minutes
  • Policier stagiaire, le jeune homme avait tendu son arme délestée de son chargeur vers son amie « par jeu, pour rigoler », sans savoir qu’une balle engagée dans le canon.
  • A l’époque, sa petite amie souhaitait le quitter et en avait fait état à plusieurs proches, confiant ne pas savoir comment l’annoncer à son compagnon et craindre sa réaction.
  • L’accusé risquait la réclusion à perpétuité pour meurtre.
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Il était poursuivi pour meurtre mais a finalement été condamné pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Un ancien policier qui disait avoir tué sa compagne involontairement en la menaçant « par jeu », a été condamné jeudi à 10 ans de prison par la cour d’assises des Yvelines.

L’accusé savait-il, ce soir d’octobre 2011, qu’en appuyant sur la détente, une balle partirait du pistolet pointé en direction de la tête de sa compagne de 22 ans ? Le doute n’a jamais été totalement levé pendant les quatre jours de procès à Versailles.

« J’étais convaincu qu’il n’y avait pas de cartouche chambrée »

Policier stagiaire au dépôt du tribunal de Nanterre au moment des faits, l’accusé a raconté avoir tendu son arme délestée de son chargeur vers son amie « par jeu, pour rigoler », sans savoir qu’une balle était chambrée, c’est-à-dire engagée dans le canon. « J’étais convaincu qu’il n’y avait pas de cartouche chambrée », a raconté l’accusé de 28 ans à la barre, ça paraît improbable mais c’est ce qu’il s’est passé."

A l’époque, sa petite amie souhaitait le quitter et en avait fait état à plusieurs proches, confiant ne pas savoir comment l’annoncer à son compagnon et craindre sa réaction. Décrit comme « jaloux et possessif », il l’avait obligée à quitter l’armée, ne supportant pas l’idée de la savoir entourée d’hommes. La victime envisageait même de partir pour Lyon, rejoindre un de ses anciens flirts avec qui elle correspondait quotidiennement. L’accusé a toujours affirmé n’avoir rien su des projets de sa compagne. « Il n’y a pas un seul élément qui vienne dire que l’accusé savait » que sa compagne allait le quitter a insisté Me Jean-Yves Liénard, l’avocat de la défense. « Aucun des nombreux SMS » qu’elle envoie « ne vient dire “je l’ai prévenu” », a-t-il souligné.

« Personnalité infantile »

Mais comment un homme aussi « méticuleux, maniaque » comme l’a rappelé l’avocat général, qui a toujours eu les meilleures notes sur le plan de la sécurité lors des évaluations au tir à l’école de police, a pu être l’auteur d’une telle négligence ? « Il y a non-respect de cinq règles de sécurité sur six et voilà qu’il va prendre le risque pour faire rigoler sa compagne de la viser à 50 cm de la tête ? », s’est interrogé le représentant du ministère public : « C’est absolument pas crédible ». Il avait requis une peine de 12 à 15 ans de prison. L’accusé risquait la réclusion à perpétuité pour meurtre.

Faute de certitude matérielle, l’expert psychiatre a été invité à donner sa lecture des événements. Décrivant un individu « immature », « inhibé » et à la « personnalité infantile », il a qualifié de « vraisemblable » l’excuse du jeu invoquée par l’accusé, « ce qui ne veut pas dire que c’est vrai ». Il a tout de même souligné « la charge agressive très importante » du geste de l’accusé, même avec une arme déchargée.

« Aurait-il supporté une séparation ? », l’a interrogé la présidente Magali Tabareau. « Absolument pas », lui a répondu l’expert pour qui réside chez l’accusé « le pendant de sa personnalité infantile : l’enfant tyrannique, l’enfant égocentrique ». Des arguments qui ne lèvent pas le doute a souligné Me Liénard, « et le doute doit lui bénéficier ». « S’il est peut-être coupable, et bien c’est l’acquittement, a-t-il rappelé, car il faut l’être complètement pour être condamné ».