Une dizaine de jeunes jugés pour les violences du 1er mai

PROCES Un mois après, une dizaine de jeunes ont comparu pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations »…  

V.V.

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La manifestation du 1er-Mai a dégénéré à Paris.
La manifestation du 1er-Mai a dégénéré à Paris. — Thomas SAMSON / AFP
  • La manifestation du 1er mai a dégénéré.
  • Une dizaine de jeunes ont été jugés pour ces faits ce mercredi.
  • Ils se sont défendus d’avoir commis la moindre violence.

Bianca. B a de jolies boucles d’oreilles et de longs cheveux roux tombant sur un chemisier bleu. Elle ressemble à un oisillon tombé du nid quand elle s’avance, ce mercredi, à la barre de la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Et pourtant, la jeune fille de 24 ans est accusée d’être l’une des Black Blocs, l’une des 1.200 casseurs qui ont commis des dégradations et des violences en marge de la manifestation du 1er mai, détruisant un McDonald et envoyant des cocktails Molotov sur les policiers.

Personne n’a vu Bianca. B. commettre de tels faits. Mais elle a été arrêtée pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations », un intitulé un peu fourre-tout. Et en fouillant son sac, les policiers ont découvert trois clés Allen, les mêmes petits outils qui servent à monter des meubles d’une célèbre marque suédoise. Un argument suffisant pour qu’elle doive se justifier, ce mercredi, de posséder « une arme de catégorie 2 ».

« Il faut que ça serve d’exemple »

« Je suis vitrailliste, attaque-t-elle. Je construis des vitraux. Ces clés, ce sont les outils que j’utilise quotidiennement. Ils étaient rangés dans une pochette au fond de mon sac… » Qu’importe que les policiers ne les aient découverts dans son sac qu’au bout de dix-sept heures de garde à vue, le procureur requiert quatre mois de prison avec sursis à son encontre. « Il faut qu’on comprenne qu’il y a des limites à ne pas franchir dans une démocratie. Il faut que ça serve d’exemple », justifie-t-elle.

Car le délit de « participation à un groupement en vue de commettre des violences » permet d’impliquer à peu près tous ceux qui ont été interpellés ce jour-là. Notamment Chloé. La jeune fille ne possédait aucun outil, aucune arme. Mais des habits noirs derrière lesquels elle se dissimulait.

Interpellée, la jeune fille a refusé de donner son vrai nom, son ADN et ses empreintes. « Je suis une militante anarchiste. Je suis contre le fichage généralisé. Je suis allée à la manifestation pour mes opinions politiques. Je n’ai rien d’autre à dire… » Suffisant là encore pour que le procureur requière six mois de prison dont cinq avec sursis, afin de couvrir le mois qu’elle vient de passer à Fleury-Merogis. Elle a finalement été relaxée « au bénéfice du doute compte tenu du peu d’éléments » dans le dossier.

Salon du bricolage

Car voilà, impossible de savoir si les jeunes qui comparaissent étaient vraiment ceux qui ont détruit le Mac Donald et commis des violences. Les enquêtes de police pour le moins succinctes ne permettent pas de le dire. Mais pour le procureur, il y a certains signes qui ne trompent pas. Comme ce marteau découvert dans le sac de Maryam, qui a été condamnée à cinq mois de prison, dont quatre avec sursis. Ou ces trois paires de ciseaux de maçon trouvés dans celui d’Olivier et qui donnent à l’audience un air de salon du bricolage.

Le procureur n’a rien laissé passer et a requis des peines sévères alors que les casiers des prévenus sont presque tous vierges, ce que n’ont pas manqué de critiquer vertement les avocats des prévenus.