Procès du bijoutier de Nice: Cinq témoins, autant de versions

PROCES Au deuxième jour du procès pour meurtre du bijoutier de Nice, cinq témoins se sont succédé à la barre toute la matinée…

Michel Bernouin

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Le braquage mortel lors de la reconstitution. Ici, la version de la défense.
Le braquage mortel lors de la reconstitution. Ici, la version de la défense. — M. Bernouin
  • Après plus de deux heures de dépositions et cinq témoins entendus, la cour n’est sans doute pas plus avancée que la veille.
  • En cinq ans, les souvenirs de ce matin tragique de septembre 2013 se sont estompés.
  • La chronologie des faits reste en question, alors qu'elle est déterminante pour valider ou non la légitime défense, plaidée par l'accusé.

L’un a vu le bijoutier Stephan Turk sortir de sa boutique avant de tirer. Un autre a observé les braqueurs armés de plusieurs fusils. Le dernier a entendu seulement deux détonations. Certains ont trouvé que le scooter prenait la fuite à très vive allure, d’autres estiment qu’il roulait normalement… Après plus de deux heures de dépositions et cinq témoins entendus, la cour n’est pas beaucoup plus avancée que la veille.

En se présentant à la barre du tribunal correctionnel de Nice ce mardi, le premier des témoins, Philippe avait donné le ton : « C’était il y a bien longtemps ». C’est lui qui se trouvait le plus près de la bijouterie à l’instant critique, quand Stephan Turk a fait feu. « J’étais sur le trottoir. J’ai entendu des coups de feu, je me suis couché au sol. Pour moi, M. Turk a tiré avant que le scooter ne démarre. » Il se trompe. La vidéosurveillance de la boutique en atteste, le bijoutier a tiré après que le scooter soit passé devant lui…

« Il a essayé de relever son ami »

Christian, 59 ans, est le second témoin à avoir vu le début de la scène : « Un homme est sorti avec un fusil, un autre avec un pistolet. Je me suis mis à l’abri derrière une voiture », se souvient-il. Il affirme que le bijoutier est sorti de sa boutique avant de tirer. Là encore, la vidéo infirme cette version. Réfugié derrière une voiture, il n’a pas vu le moment où Anthony Asli et son complice sont montés sur leur scooter. Il ne peut confirmer la thèse de la défense, selon laquelle Ramzi Khachroub a passé le fusil à Anthony Asli, qui a braqué le bijoutier, ce qui justifierait les tirs de légitime défense.

Jean, commerçant dans le quartier, buvait lui son café devant la poissonnerie, à l’angle de la rue d’Italie. Là où le scooter a bifurqué. « J’ai entendu des coups de feu et vu arriver le scooter, avec le passager arrière pas complètement droit ». Blessé d’une balle de 7.65 qui lui a sectionné une artère, Anthony Asli agonise déjà. « Il est tombé trois, quatre mètres plus loin, contre une voiture. Le conducteur du scooter s’est arrêté, il a essayé de relever son ami ». En vain. Sur le banc des parties civiles, la sœur et l’ex-compagne de la victime éclatent en sanglots.

« Des choses différentes »

Céline aérait une couette sur son balcon au moment des tirs. « Sur le moment, je me suis dit "c’est un règlement de compte"… Le conducteur du scooter est descendu, a secoué l’autre. Il lui hurlait dessus et l’autre ne répondait pas. » Arrive le dernier témoin, le seul cité par la défense. Sébastien avait déclaré à la police, le jour des faits, qu’il avait vu le passager du scooter avec le fusil dans la main gauche. Ce mardi, il raconte à la cour que le conducteur du scooter avait dans son dos plusieurs armes longues, en bandoulière… L’enquête a démontré qu’il n’y en avait qu’une.

Le président Patrick Véron synthétise : « Il y a des choses différentes qui interpellent les témoins, ils voient des choses différentes ». En cinq ans, les souvenirs de ce matin tragique de septembre 2013 se sont estompés. Des témoignages fragilisés, contradictoires et sans doute peu déterminants pour la suite.