Ardèche: Vingt-deux militants de Greenpeace jugés pour s'être introduits dans la centrale nucléaire de Cruas

JUSTICE Le 28 novembre 2017, 22 personnes avaient pénétré dans la centrale nucléaire ardéchoise pour poser leurs empreintes de mains sur le bâtiment abritant la piscine de refroidissement…

Caroline Girardon

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22 militants de Greenpeace seront jugés le 17 mai pour s'être introduits dans la centrale de Cruas-Meysse (Ardècheà le 28 novembre.
22 militants de Greenpeace seront jugés le 17 mai pour s'être introduits dans la centrale de Cruas-Meysse (Ardècheà le 28 novembre. — CHAUVEAU/SIPA
  • 22 militants de Greenpeace seront jugés jeudi en Ardèche pour s’être introduits en novembre dans la centrale de Cruas-Meysse.
  • Ils risquent jusqu’à 5 ans de prison.
  • Leur avocat plaide la nécessité de relancer le débat sur le manque de sécurité des bâtiments abritant les piscines de refroidissement, trois fois plus radioactives que ceux où sont hébergés les réacteurs.

Ils risquent jusqu’à cinq années de prison. Mais eux restent confiants, souhaitant profiter de l’occasion pour « relancer le débat sur la place publique ». Vingt-deux militants de Greenpeace seront jugés ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Privas, en Ardèche pour s'être introduits dans la centrale nucléaire de Cruas-Meysse le 28 novembre.

« On va demander la relaxe, il n’y a aucune raison qu’ils soient condamnés », avance Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace France, également poursuivie comme personne morale. « On espère que le tribunal ne rentrera pas dans une logique de surenchère ni dans un procès exemplaire qui viserait à dissuader d’autres militants de faire la même chose », ajoute Alexandre Faro, avocat de l’association.

L’équivalent de trois réacteurs nucléaires

Le 28 novembre, vingt-deux personnes avaient pénétré sur le site tôt le matin, parvenant à laisser des empreintes de mains à la peinture sur le bâtiment abritant la piscine de refroidissement et de stockage du combustible usagé afin de démontrer son « accessibilité ».

« Cette action a été menée pour alerter la population sur les risques nucléaires, précise Jean-François Julliard. Toutes les anciennes centrales ont bunkerisé les bâtiments qui hébergent les réacteurs mais elles n’ont pas sécurisé ceux où se trouvent les piscines. Or ils sont bien plus radioactifs. Ils contiennent l’équivalent de trois réacteurs. Ils ne résisteraient pas à une attaque extérieure, à des tirs de roquette ou de missiles ».

« La seule façon d’en parler, c’est de franchir la ligne rouge »

« Si nous avons pu entrer facilement, imaginez ce que peuvent faire des personnes mal intentionnées », ajoute-t-il précisant que l’association avait de cette manière un peu musclée « réalisé un audit gratuit de sécurité pour le gouvernement français ».

« Dans ce pays, il est difficile de parler de ces choses-là. La seule façon c’est de franchir la ligne rouge, plaide Alexandre Faro. L’infraction est là mais le fait d’avoir franchi deux barrières ne doit pas conduire à une peine de prison. »

Au mois de février, deux militants de Greenpeace, jugés en Moselle avaient pourtant écoppé pour la première fois d'une peine de prison ferme pour avoir participé à une action similaire. Ils ont été condamnés à deux mois ferme pour avoir franchi les barrières de sécurité de la centrale de Cattenom (Moselle) et avoir tiré un feu d’artifice du bâtiment abritant la piscine de combustible nucléaire.

« Faire la part des choses »

« Avant, on encourait 6 mois pour ce type d’infraction. Depuis les attentats de 2015, le législateur cherche à durcir les peines. Mais la justice peut faire la part des choses. Elle doit pouvoir faire la différence entre des actes malveillants et des actes militants, provocateurs, dont le but est d’attirer l’attention », appuie Maître Faro. Et d’ajouter : « Parler des risques intéresse toutes les personnes, notamment celles qui vivent à 20 kilomètres des centrales et qui seront les premières déplacées en cas de scénarios catastrophes ».

Selon l’avocat, il y a urgence à ce que le gouvernement se saisisse de la question. « Si l’on doit prolonger la durée de vie des centrales nucléaires, il faut impérativement que les bâtiments abritant les piscines soient désormais protégés ».

EDF, qui a porté plainte contre ces « intrus », s’est refusé à tout commentaire avant le procès, répétant seulement que les militants « sont restés en dehors de la zone nucléaire » et que cet incident « n’a eu aucun impact sur la sûreté des installations ». Un rassemblement de soutien aux militants est prévu avant l’audience, qui doit débuter à 9 heures.