VIDEO. Bouches-du-Rhône: Un salarié de Lidl se suicide sur son lieu de travail, sa famille poursuit l'enseigne en justice

JUSTICE Yannick Sansonetti s’est donné la mort dans l’entrepôt de Lidl où il travaillait. Sa famille veut que la justice reconnaisse la faute de l’enseigne dans ce suicide…

Mathilde Ceilles

— 

Photo d'illustration de l'enseigne Lidl.
Photo d'illustration de l'enseigne Lidl. — Remy de la Mauviniere/AP/SIPA
  • Yannick Sansonetti, employé chez Lidl, s’est suicidé sur son lieu de travail, dans les Bouches-du-Rhône.
  • Sa famille attaque au civil l’enseigne allemande.
  • Elle souhaite que la justice reconnaisse la responsabilité de l’entreprise dans ce suicide.

Pour la première fois, les tribunaux vont devoir se pencher sur ce cas, au cœur d’un numéro de Cash Investigation qui avait fait grand bruit il y a quelques mois. En 2015, Yannick Sansonetti, un employé de la marque Lidl, se suicide sur son lieu de travail, à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône. Le reportage, intitulé « Travail, ton univers impitoyable », revenait sur cet événement et pointait en pleine réforme du Code du travail des méthodes de management aux conséquences parfois très lourdes chez l'entreprise allemande.

Ce mercredi, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Marseille examine la demande de la mère, son frère et la compagne de Yannick Sansonetti. Tous trois veulent que la faute de l’enseigne de grande distribution soit reconnue dans ce geste fatal.

« Une décision symbolique »

Peu après les faits, ce suicide a été classé comme « accident du travail ». « Mais ce classement ne marque pas forcément la faute inexcusable de l'employeur », note Me Antoine Lounis, avocat de la compagne de Yannick Sansonetti. Pour rappel, ce terme juridique désigne la responsabilité de l’employeur dans un accident du travail ou une maladie professionnelle, liée par exemple à une négligence de sa part.

« Ma cliente attend avant tout une décision symbolique, explique Me Antoine Lounis. Certes, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur augmenterait le montant de la rente qu’elle perçoit, ce qui n’est négligeable, quand on sait qu’elle a un enfant en bas âge dont elle doit assurer l’avenir. Mais reconnaître cette faute donnerait un sens à tout cela. Pourquoi ce geste-là a-t-il été accompli et comment ? Répondre à cette question pour les proches de cet homme, c’est important. »

Le procès d’un système ?

« C’est clairement le procès d’un système de management mis en place par Lidl qui pesait sur Yannick Sansonetti, affirme Me François Burle, avocat de la mère et du frère de Yannick Sansonetti. C’est un système en un sens inhumain, dans le sens qu’il vise, en raison d’une volonté de rendement à outrance, à demander une masse de choses à un humain qu’il ne peut humainement pas faire. »

Selon La Provence, les conclusions de l’enquête de l’inspection du travail ont mis en avant « des agissements répétés de harcèlement moral » à son encontre, « entre le mois de janvier 2014 et le 29 mai 2015 ». Les tâches effectuées par Yannick Sansonetti seul au sein de l’entrepôt de Rousset sont effectuées par trois personnes depuis son suicide.

« Sentiment d’injustice »

Autant d’éléments sur lesquels les avocats de la famille comptent s’appuyer pour prouver la responsabilité du management mis en place par Lidl dans ce suicide. « Toutes les personnes interrogées, ainsi que les conclusions de l’inspection du travail, ou même le rapport, démontrent qu’il y a un manquement caractérisé à l’obligation de sécurité de l’employeur, affirme Me Antoine Lounis. Et ce manquement est en lien direct avec le suicide de Yannick Sansonetti.

« Ce qui provoque la colère et le sentiment d’injustice de la famille, c’est le fait que Lidl rejette toute responsabilité, s’agace Me Burle. La famille a demandé le rapport d’enquête complet du CHSCT publié après le suicide de Yannick Sansonetti et Lidl refuse sous prétexte que c’est un document interne. S’ils le cachent, c’est bien que le contenu les dérange ! » Un élément que l’avocat compte mettre en avant devant le juge pour étayer sa thèse. Contactée, l’avocate de Lidl n’a pas donné suite à nos sollicitations.