Aix-en-Provence: Dix-huit mois de prison, dont neuf avec sursis, et dix ans d’inéligibilité requis contre la maire LR

PROCES Maryse Joissains-Masini, ancienne députée, était jugée ce lundi pour des soupçons de détournement de fonds publics et de prise illégale d'intérêt...

Nicolas Bonzom

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Maryse Joissains-Masini, en 2014.
Maryse Joissains-Masini, en 2014. — P. Rigaud / SIPA
  • La maire LR d'Aix-en-Provence était jugée ce lundi devant le tribunal de Montpellier pour des soupçons de détournement de fonds publics et de prise illégale d'intérêts.
  • Dix-huit mois de prison, dont neuf mois avec sursis, ont été requis à son encontre.
  • Le fils de son chauffeur était également sur le banc des prévenus, ce lundi.

Une peine de dix-huit mois de prison, dont neuf mois avec sursis, ainsi qu’une peine d’inéligibilité d’une durée de dix ans, ont été requises par le représentant du parquet, lundi soir, à l’encontre de Maryse Joissains-Masini (LR) à Montpellier.

La maire Les Républicains d’Aix-en-Provence, et présidente de la communauté de communes du Pays d’Aix, a dû répondre devant le tribunal correctionnel de soupçons de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts. Mise en examen en 2014, l’ancienne députée, âgée de 75 ans, est accusée d’avoir promu indûment son chauffeur, ami de longue date, et fourni des emplois de complaisance à certains de ses proches.

Tout est parti d’une lettre anonyme

Alerté en mars 2012 par une lettre anonyme signée d’un « contribuable du pays d’Aix qui en a marre de l’usage frauduleux de l’argent public », le parquet avait ouvert une enquête, demandant que l’ex-députée de droite ne soit pas jugée dans sa ville. Les enquêteurs avaient pointé du doigt, au terme des investigations, « un mélange d’autocratie, de népotisme et de désinvolture dans l’engagement des deniers publics » à la mairie d'Aix-en-Provence, ainsi qu’à la communauté de communes.

Au cœur de ce dossier, la promotion du chauffeur et conseiller de l’élue, tandis qu’il ne figurait qu’à la 50e place d’une liste dressée par ordre de mérite. Ils se sont rencontrés en 1984, alors que cet homme venait de perdre deux proches dans un accident de voiture. Depuis, lui et l’élue, ancienne avocate, ont gagné des procès ensemble. « Des liens d’amitié se sont tissés, a confié devant le tribunal Maryse Joissains-Masini. Il a posé sa candidature pour être chauffeur, et comme je le connaissais, je l’ai acceptée. »

« Il me facilitait les choses »

Selon l’élue, son chauffeur, qui avait un poste de « coordination », faisait un travail « considérable ». « Il m’emmenait dans les quartiers populaires, il me facilitait les choses, je pouvais tout visiter, sans difficulté, raconte la maire d’Aix-en-Provence. C’est quelqu’un qui ne compte pas ses heures. Les gens ont son portable, ils l’appellent, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit (…) Il résout les problèmes, j’ai besoin de lui. C’est son engagement que j’ai voulu récompenser. C’est une promotion sociale. »

Autre reproche fait par la justice à l’élue, l’embauche à son cabinet de la communauté du Pays d’Aix d’une militante de la cause animale, qui n’est autre que la sœur d’un de ses proches. Selon l’enquête, les missions de cette collaboratrice, qui bénéficiait d’une voiture de fonction, n’étaient pas dans les compétences d’une communauté de communes, et recoupaient d’ailleurs celles déjà remplies par un service municipal.

« Elle se consacrait pleinement à la cause animale »

Maryse Joissains-Masini a assuré devant le tribunal que c’était la « compétence » de cette personne en matière animale qui l’avait poussée à l’embaucher. « C’est quelqu’un que vous pouviez appeler à n’importe quelle heure, le week-end ou les jours fériés, a noté l’élue. Elle se consacrait pleinement à la cause animale. Souvent, je me balade dans les campagnes, je rencontre des animaux maltraités ou abandonnés, j’avais besoin de quelqu’un qui soit disponible. » Et si cette militante de la cause animale a été embauchée sans vote préalable de la communauté de communes, c’est parce que « le président a droit à cinq collaborateurs », et cette personne en faisait partie, assure l’élue.

La militante de la cause animale, qui ne travaille plus aujourd’hui avec la maire d’Aix-en-Provence, et le chauffeur ont bénéficié d’un non-lieu, et n’étaient donc pas jugés ce lundi.

Des faits « d'une gravité extrême »

Le fils de ce chauffeur, en revanche, a comparu devant le tribunal de Montpellier, aux côtés de l’élue. Il aurait bénéficié, selon la justice, d’emplois de complaisance au sein de structures sportives de la commune, où il aurait brillé, selon les investigations, par son absence. Le parquet a requis à son encontre une peine de douze mois de prison, dont six avec sursis, et l’interdiction d’exercer une fonction publique durant cinq ans.

Pour le procureur, les accusations de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts pour lesquels l’élue d’Aix-en-Provence est poursuivie sont « parfaitement caractérisées ». Pour le représentant du ministère public, ils sont « d’une gravité extrême, car ils sont le contraire de la probité attendue d’un élu », a-t-il ajouté ce lundi.

Avant la fin de son procès, Maryse Joissains-Masini a assuré avoir été une maire « intègre » et « rigoureuse » : « Mon territoire a besoin de moi, de mon honnêteté, de ma rigueur », a-t-elle plaidé devant le tribunal. La défense a demandé sa relaxe, tout comme celle du fils de son chauffeur. La décision a été mise en délibéré au 18 juillet.

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