Bordeaux: Un «exceptionnel vol» de cartes anciennes dans les bibliothèques françaises devant la justice

JUSTICE Sept Hongrois sont jugés depuis ce lundi matin par le tribunal correctionnel de Bordeaux... 

Clément Carpentier

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Une ancienne carte du royaume de Perse en 1641.
Une ancienne carte du royaume de Perse en 1641. — COLLECTION ROLAND BES/SIPA
  • Entre 2011 et 2013, des centaines de cartes géographiques ont été volées dans des bibliothèques françaises.
  • Le procès s'est ouvert ce lundi à Bordeaux. 
  • Le préjudice est estimé à près de trois millions d'euros.

C’est un trafic méconnu et pourtant, il peut rapporter (très) gros. C’est celui des cartes géographiques anciennes. Dans cette affaire, le préjudice est par exemple estimé à près de trois millions d’euros !

La bibliothèque de Nantes conserve par exemple les 98 manuscrits de J. Verne, soit 15000 feuillets.
La bibliothèque de Nantes conserve par exemple les 98 manuscrits de J. Verne, soit 15000 feuillets. - MAISONNEUVE/SIPA

En tout, ce sont des centaines de cartes notamment du XVe et XVIe siècles qui ont été volées dans plusieurs bibliothèques françaises (Toulouse, Coutances, Nantes, Nancy, Narbonne, Besançon ou encore Dijon) entre 2011 et 2013. Henry Ferreira-Lopes, directeur des bibliothèques de Besançon, s’est fait piquer 86 cartes en une journée en février 2013 :

« C’est un vol exceptionnel. On n’a rien vu car ils venaient avec des faux papiers. Certains avaient apparemment des lames de cutter cachées sous les ongles pour découper les pages des Atlas. Ce sont les enquêteurs qui ont fini par nous prévenir quelques mois plus tard. »

L’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) de la direction centrale de la police judiciaire est, à l’époque, sur le coup depuis la découverte au printemps 2012 de 110 cartes anciennes dans une voiture lors d’un banal contrôle routier. Des cartes qui appartiennent toutes à la bibliothèque de Toulouse. Pendant plusieurs mois, les enquêteurs vont remonter la piste.

Qui est le commanditaire ?

Aujourd’hui, ils sont sept Hongrois, six hommes et une femme, âgés de 35 à 69 ans à être accusés de « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation du délit de vol aggravé ». Certains reconnaissent leur participation à ce trafic, d’autres non et plusieurs d’entre eux ont déjà eu à faire à la justice française ou celle de leur pays notamment pour un vol de fret. Alexandre Novion défend le couple Forgo : « Ils reconnaissent les faits et leur rôle dans cette affaire. Ils collaborent même. Mais le vrai enjeu du procès, c’est de savoir qui est le commanditaire de tous ces vols ? »

Le palais de justice de Bordeaux.
Le palais de justice de Bordeaux. - Clément Carpentier - 20 Minutes

Les soupçons se portent sur Tibor Szathmari. Journaliste, écrivain, historien, collectionneur, ce Hongrois est un passionné de cartographie. Il a écrit trois livres sur le sujet. Il affirme à 20 Minutes qu’il est « innocent et n’a rien à voir avec cette affaire ! » Déjà poursuivi en 2018 pour le vol de documents anciens dans un monastère autrichien, il nie tout en bloc :

« Les cartes et photos retrouvées chez moi m’appartiennent depuis très longtemps. Vous savez, il y a beaucoup de copies de cartes aujourd’hui. Il y a plein d’erreurs et beaucoup d’imagination autour de ces vols. »

Il fait notamment référence à l’histoire de la Bentley. En effet, l’un des intermédiaires affirmerait avoir eu plusieurs rendez-vous « avec une vieille dame à la Bentley. » Et les enquêteurs ont justement découvert une voiture de ce type chez Tibor Szathmari : « Comme d’autres personnes, j’ai une Bentley. Et alors ? Ce sont des bêtises ça. » Le tribunal correctionnel de Bordeaux devra aussi faire la lumière sur la possible participation d’antiquaires anglais et américains avant de rendre son jugement, à l’issue de quatre jours de procès.

Des nouvelles dispositions dans les bibliothèques

En attendant, Henry Ferreira-Lopes, lui, a pris des dispositions pour éviter que ce genre de vols se produise dans ses établissements. « Les lecteurs doivent laisser leur sac à l’entrée. Ils n’ont plus le droit d’avoir une chemise mais simplement des feuilles blanches quand ils consultent les Atlas. Toutes les cartes sont estampillées avec le logo de la bibliothèque », explique celui qui n’a toujours pas retrouvé ses cartes volées.

La bibliothèque d'Etude et du Patrimoine à Toulouse.
La bibliothèque d'Etude et du Patrimoine à Toulouse. - 20 Minutes

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