Val-de-Marne: Jusqu'à six ans de prison pour trois hommes qui prostituaient une ado de 14 ans

PROXENETISME Le principal prévénu s'est défendu en assurant que «cette fille, c'était une nympho». Une déclaration qui n'a pas convaincu le tribunal de Créteil...

G. N. avec AFP

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Le tribunal de Créteil (Val-de-Marne).
Le tribunal de Créteil (Val-de-Marne). — DUPUY FLORENT/SIPA

À 14 ans, l’adolescente était forcée d’enchaîner cinq à dix passes par jour dans des hôtels du Val-de-Marne quand elle n’était pas « livrée à domicile » chez des clients. Trois hommes ont écopé vendredi de un à six ans de prison ferme pour proxénétisme. Le tribunal correctionnel de Créteil a infligé la peine la plus lourde à un jeune homme de 20 ans, déjà condamné pour trafic de stupéfiants, qui collectait l’argent des clients sans rien laisser à la jeune fille, a détaillé la présidente.

Les deux autres prévenus, âgés de 20 et 21 ans, servaient de chauffeurs du réseau. L’un d’eux payait les chambres d’hôtel, « pour rendre service », a-t-il assuré. Ils ont chacun été condamnés à deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme, et purgeront leur peine sous bracelet électronique.

Fugueuse depuis décembre

C’est en appelant sa mère depuis le téléphone d’un client que Sandra - prénom modifié - a pu abréger son calvaire, fin mars. Fugueuse depuis décembre, l’adolescente avait fait de mauvaises rencontres dans un squat de Troyes (Aube), avant de rentrer à Paris avec deux amies de 17 ans. L’une d’elles se prostituait pour « aider son petit ami », qui leur avait dégoté un hébergement provisoire dans le XIe arrondissement.

Par mimétisme, Sandra poste une annonce sur Internet et commence les passes. Quatre jours plus tard, le proxénète se rend compte que la jeune fille a 14 ans, et non pas 20 comme elle le prétend. Pour ce mensonge, il lui réclame 5.000 euros qu’elle doit rembourser en « bossant ».

« Pur produit des cités »

S’ensuivent deux mois d’exploitation. D’abord dans des hôtels du Val-de-Marne. Puis le proxénète, gêné par la vidéosurveillance des établissements, amène Sandra directement chez les clients. Pour leurs trajets, il fait notamment appel à une connaissance et à un chauffeur VTC. « Je ne suis pas proxénète », a martelé le principal prévenu. Sans domicile fixe, il collectait l’argent mais a assuré travailler pour « quelqu’un plus haut ». Et a nié toute contrainte : « Cette fille, c’était une nympho », a-t-il lâché.

« On est vraiment dans la plus pure atrocité », a réagi le procureur. « J’ai envie de le maudire, […] mais ce n’est pas un monstre », a défendu son avocat, Paul Louvet. Plutôt un « pur produit des cités », où « le proxénétisme devient le nouveau trafic de stupéfiants ».

Le procureur a aussi dénoncé « l’indifférence » des deux chauffeurs. À l’audience, les deux hommes au casier vierge ont exprimé doutes et regrets, tout en jurant n’avoir rien su. Musulmans pratiquants, ils sont issus de familles où le sexe est « tabou » et ont pu se mettre des « œillères », ont assuré leurs avocats.

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