Tariq Ramadan menacé par une robe noire tachée de sperme

ENQUETE Le prédicateur s’apprête à reconnaître devant les juges avoir entretenu une relation avec une de ses accusatrices…

Vincent Vantighem

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Tariq Ramadan reconnaît avoir eu une «relation» avec une de ses accusatrices qui a livré aux enquêteurs une robe tachée de sperme.
Tariq Ramadan reconnaît avoir eu une «relation» avec une de ses accusatrices qui a livré aux enquêteurs une robe tachée de sperme. — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • Tariq Ramadan est mis en examen pour viols depuis le 2 février.
  • Trois femmes ont déposé plainte contre lui en France.
  • S’il nie les viols, il reconnaît avoir eu une « relation » avec l’une d’elles.
  • Celle-ci a livré aux enquêteurs une robe tachée, selon elle, de son sperme.

« Les rats qui le soutiennent ne vont pas tarder à quitter le navire… », persifle l’un de ses détracteurs. Mis en examen et placé en détention provisoire pour viols depuis le 2 février, Tariq Ramadan serait sur le point d’opérer un changement dans sa ligne de défense. Alors qu’il niait jusqu’alors « catégoriquement » les faits dénoncés par trois accusatrices françaises, le théologien suisse s’apprête désormais à reconnaître, devant les juges, avoir entretenu une relation avec l’une d’entre elles.

A l’origine de ce revirement, une robe noire tachée de sperme récemment remise aux enquêteurs et sur laquelle une expertise ADN a été ordonnée. Il s’agit de celle de Marie*. Originaire du Nord, cette quadragénaire affirme avoir subi une dizaine de viols, entre février 2013 et juin 2014, après être tombée sous l’emprise du prédicateur religieux. La plaignante a également transmis plusieurs enregistrements audio dans lesquels le prédicateur évoque, de façon très crue, les relations sexuelles qu’il fantasme sur elle. Il allait donc devenir difficile pour lui de nier l’existence de cette relation.

La cagnotte pour sa défense clôturée dans la nuit

« Tariq Ramadan ne conteste pas avoir eu une relation avec elle mais ce n’est pas la relation qu’elle a décrite, démine, ce jeudi, auprès de 20 Minutes Emmanuel Marsigny, son avocat. Ce n’est pas un changement de stratégie de défense dans la mesure où mon client n’a pas encore été interrogé ni mis en examen pour ces faits précis. Il ne peut donc pas changer de ligne ! » Quant à la tache de sperme, « elle ne prouve rien, poursuit l’avocat. Si l’analyse démontre qu’il s’agit du sperme de Tariq Ramadan, cela ne signifie pas qu’elle a été violée comme elle le prétend. »

Le prédicateur se trouve aujourd’hui confronté à un choix presque insoluble : admettre une relation extraconjugale contraire aux principes moraux qu’il défendait à longueur de conférences mais nécessaire à sa défense judiciaire ou la nier afin de préserver sa réputation. D’autant que cet aveu pourrait décourager ses nombreux soutiens à poursuivre le combat mené, à grand renfort de pétitions en ligne, pour obtenir sa libération.

Difficile ainsi de ne pas faire le lien avec le fait que la seconde cagnotte ouverte sur Internet** pour payer ses frais d’avocats a été opportunément clôturée dans la nuit de mercredi à jeudi à 1h du matin, après avoir atteint la somme de 85.053 euros. « Comme si les proches de Tariq Ramadan redoutaient que certains soutiens ne demandent le remboursement de leurs dons à la lecture de cette révélation », décrypte une source proche du dossier.

Huit femmes l’accusent en France, en Suisse et aux États-Unis

Sur le fond, le théologien continue à nier catégoriquement avoir commis des viols sur l’ensemble de ses accusatrices. Si trois d’entre elles ont déposé plainte, les enquêteurs français ont également entendu, selon nos informations, trois autres femmes –dont deux sous X– qui ont décrit le même mode opératoire, la même emprise et les mêmes violences de la part de Tariq Ramadan. Sans parler de deux autres plaignantes qui ont déposé plainte, l’une en Suisse, l’autre aux États-Unis.

Tariq Ramadan devrait être prochainement convoqué par la juge d’instruction pour s’expliquer sur le fond. Interrogé brièvement lors de sa mise en examen sur la multiplicité des témoignages des femmes qui l’accusent et la concordance de leurs récits, il avait simplement rétorqué : « Je ne me l’explique pas… »

Selon l’expert, il est atteint par une sclérose en plaques

Emmanuel Marsigny, lui, préfère relever les « incohérences » et les « invraisemblances » dans les récits de trois femmes qui ont déposé plainte en France et qui ont, depuis, été mises à jour, selon lui, par les enquêteurs. L’avocat compte déposer « prochainement » une demande de mise en liberté de son client, sur la base du manque de preuves mais aussi de l’état de santé de son client.

Mercredi soir, la juge d’instruction a en effet reçu le rapport d’expertise médicale qui confirme que le Suisse de 55 ans est atteint d’une sclérose en plaques. « L’expert juge que son état est compatible avec la détention sous réserve qu’il puisse avoir accès à des soins spécifiques, explique l’avocat. Et je ne suis pas sûr que l’administration pénitentiaire puisse lui permettre de recevoir ces soins. » Ce rapport médical, que 20 Minutes a pu consulter, recommande un suivi neurologique et psychothérapique ainsi que quatre séances de kinésithérapie par semaine pour « un entraînement à l’effort ».

*Le prénom a été changé.

** Une première cagnotte en ligne avait déjà recueilli 107.068 euros

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