Inauguration du palais de justice de Paris: «Je suis assez émue, même après 40 ans de métier»

REPORTAGE Le nouveau palais de justice a ouvert ses portes ce lundi matin dans le quartier des Batignolles, au nord-ouest de Paris…

Caroline Politi

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L'imposante salle des pas perdus du nouveau palais de justice.
L'imposante salle des pas perdus du nouveau palais de justice. — Caroline Politi / 20 Minutes
  • Les deux premières audiences se sont tenues ce lundi au tribunal civil du nouveau palais de justice de Paris.
  • 160 mètres de haut, 38 étages, 90 salles d’audience, 24 km de couloirs… Le palais de justice des Batignolles est imposant.

Rarement on a vu autant de journalistes se presser pour une audience en référé au tribunal civil. Mais celle qui se tenait ce lundi matin, à 9 heures pétantes, dans la salle 2.12, avait un petit goût d’exceptionnel. La toute première audience du tout nouveau palais de justice de Paris. « Je suis assez émue, même après quarante ans de métier », confie Danielle Beaujard, qui fut la première avocate à plaider dans cette tour de verre haute de 160 mètres, dessinée par l’architecte italien Renzo Piano. « Vous avez fait un vœu ? », plaisante le président pendant qu’elle sort ses dossiers.

Un peu perdus dans les larges couloirs blancs parés de panneaux de bois, Jean-Michel Hayat, le président du tribunal de grande instance, et François Molins, le procureur de la République de Paris, ont fait le déplacement pour l’occasion. « Il va falloir trouver ses marques, j’espère que tout se passera harmonieusement », philosophe ce dernier. Lui, a emménagé jeudi matin dans ses nouveaux quartiers, au 26e étage (sur 38), non sans un petit « pincement au cœur ». « C’est bien normal quand on quitte un lieu d’histoire, mais l’histoire, ça s’écrit. J’espère que les symboles qu’a voulu faire ressortir l’architecte – la lumière et la transparence – vont rejaillir sur la justice. » Le reste de ses équipes, toujours sur l’île de la Cité, arrivera la semaine prochaine.

« J’ai pas réussi à me garer »

Pour faciliter l’emménagement, les premières semaines ont été allégées. Seules cinq audiences se tiendront quotidiennement cette semaine, dix la semaine prochaine jusqu’à trouver un rythme de croisière d’une centaine d’audiences quotidienne à la fin du mois de mai. « Le TGI tournera à plein régime à la mi-juin lorsque les tribunaux d’instance parisiens arriveront », précise Jean-Michel Hayat. Au total, le palais compte 90 salles d’audience, quand le vieux palais n’en possédait que 26. En attendant, le président du tribunal veille au moindre détail. Ce matin, les portes de la salle ont été ouvertes un peu tard. De même, le rôle (le programme de l’audience) a été affiché moins d’un quart d’heure avant le début. « C’est beaucoup trop tard, il faut rectifier ça. »

À l’intérieur, magistrats et avocats cherchent également leurs marques. Il y a ce conseil qui arrive en courant. « J’ai pas réussi à me garer », souffle-t-il. Cette autre qui a eu un peu de mal à trouver la salle. « J’ai remarqué que vous évitez tous la barre », s’étonne le président, quelques minutes après le début de l’audience. « Tiens, je ne l’avais même pas vu », lui répond du tac au tac un avocat. « C’est vrai qu’elle est toute petite, presque invisible », reprend le magistrat.

« On était chez nous »

Pour tous, quitter l’ancien palais de justice a été un crève-cœur. Et même s’ils sont nombreux à être agréablement surpris par l’architecture du bâtiment, baigné de lumière ce lundi matin, le souvenir des vieilles pierres et des boiseries est encore présent. « C’était dur de partir, on était chez nous, il faut se réapproprier les lieux », résume une juge qui travaillait depuis sept ans sur l’île de la Cité. Mais par mesure de sécurité, les accès aux différents services ont été réduits. Avocats, policiers et magistrats ne se croiseront plus au détour des couloirs, tous emprunteront des parcours dédiés.

La balance de la justice revue et corrigée.
La balance de la justice revue et corrigée. - Caroline Politi / 20 Minutes

Désormais, les symboles sont discrets, les statues ont disparu. Même la balance de la justice a été modernisée, simplifiée, stylisée. « C’est trop moderne, il n’y a pas d’âme », poursuit une avocate, se félicitant de pouvoir retourner régulièrement dans l’ancien palais qui hébergera toujours la cour de cassation et la cour d’appel. Même les améliorations de confort sont accueillies avec défiance. Sourire aux lèvres, Henriette confie son inquiétude d’avoir maintenant « un grand bureau rien que pour [elle] ». Bien sûr que cette greffière était à l’étroit dans les murs de l’ancien palais, que ce n’était pas toujours pratique de se serrer dans une petite pièce avec ses collègues, « mais on rigolait bien, on était une famille. »

Galère de transports

Outre la nostalgie, ce sont également des questions pratiques qui agitent les nouveaux « locataires ». Le quartier des Batignolles est en plein travaux et les transports rendent les lieux difficilement accessibles. Dire que la ligne 13 est bondée est un euphémisme, le prolongement de la ligne 14 qui devait la désengorger ne sera pas en service avant 2020, le tram sera inauguré à la fin de l’année. Quant au RER C, la station Saint-Michel qui reliait facilement les deux palais est hors-service à cause de la récente crue. Et le parking ? Il n’y en a pas. « C’est le gros point noir, j’ai vraiment cru que je ne pourrais jamais descendre », confie Me Danielle Beaujard, qui a inauguré le palais.