Rennes: Un site d’extrême droite accusé de ficher des militants de la cause des sans-papiers

JUSTICE Son fondateur Boris Le Lay doit être jugé ce lundi après-midi devant le tribunal correctionnel...

J.G.
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Les « fichés » et leurs soutiens se sont rassemblés en début d'après-midi devant la Cité Judiciaire à Rennes.
Les « fichés » et leurs soutiens se sont rassemblés en début d'après-midi devant la Cité Judiciaire à Rennes. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Une trentaine de militants bretons ont fait l’objet d’un « fichage » sur le site d’extrême droite Breizh Atao.
  • Son fondateur Boris Le Lay doit être jugé ce lundi après-midi devant le tribunal correctionnel de Rennes.
  • Exilé à l’étranger, il a déjà été condamné à de nombreuses reprises et fait l’objet d’un mandat d’arrêt.

Ils sont enseignants, fonctionnaires, retraités ou sans profession. Tous ont en commun de soutenir plus ou moins activement la cause des sans-papiers en Bretagne, et plus particulièrement à Rennes. Cet engagement leur a valu d’être « fichés » sur le site d’extrême droite Breizh Atao, qui a publié fin 2015 les photos, les biographies, les situations familiales et même les orientations sexuelles d’une trentaine de personnes. La publication de « cette note de renseignement » était accompagnée d’un édito appelant à « identifier, repérer et détruire » ces militants « soutenant activement l’immigration clandestine ».



L’auteur de ces lignes n’est autre que le blogueur ultranationaliste breton Boris Le Lay, fondateur et directeur de la publication du site. Déjà condamné à de nombreuses reprises ces dernières années pour injures publiques et raciales, menaces de mort et incitation à la haine raciale, il doit être jugé ce lundi après-midi devant le tribunal correctionnel de Rennes pour « incitation à la haine, diffamation, injures publiques et provocation à la commission de crimes et de délits ». Systématiquement absent de ses procès, Boris Le Lay, qui serait installé au Japon, fait l’objet de plusieurs mandats d’arrêt.

Les « fichés » réclament la fermeture du site

Cette nouvelle audience intervient après le dépôt d’une plainte collective courant 2016 par 19 des militants fichés. Parmi eux, Suzy, enseignante et membre du collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes. « C’est un peu flippant d’être fichée sur ce site. On ne sait pas trop d’ailleurs comment nous avons été désignés », indique la jeune femme. Juste avant l’audience, une douzaine de ces militants « fichés » se sont rassemblés ce lundi après-midi devant la cité judiciaire.

« Nous sommes venus dénoncer ces pratiques de l’extrême droite et demander la fermeture pure et simple de ce site », souligne Kevin. Militant au Nouveau parti anticapitaliste, lui aussi fait partie des militants « fichés » sur le site. « Depuis la publication de ces fiches, certains ont un peu modifié leur comportement, ils sont plus vigilants », assure-t-il. « Mais nous assumons tous notre engagement militant, nous ne nous sommes jamais cachés », poursuit-il.

Le site en partie déréférencé par Google

Toujours en ligne malgré plusieurs demandes de fermeture, le site Breizh Atao a été en partie déréférencé par Google courant 2017 suite à une énième condamnation de son fondateur. Si sa page d’accueil n’apparaît plus dans les résultats de recherche, ses articles restent encore assez aisément trouvables sur la Toile.

« Nous souhaitons que cette liste disparaisse et que ce principe de fichage soit interdit », indique une militante. En novembre, YouTube avait également décidé de sanctionner Boris Le Lay en supprimant son compte, qui hébergeait plus d’une centaine de vidéos.