Filière djihadiste de Lunel: Cinq prévenus et quinze fantômes syriens pour un procès symbolique

PROCÈS Cinq hommes originaires de la petite ville de Lunel (Hérault) vont être jugés, à partir de ce jeudi, pour « association de malfaiteurs terroriste »…

Vincent Vantighem

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Le 27 janvier 2015, les policiers avaient procédé à l'interpellation de cinq hommes soupçonnés de faits de terrorisme dans la petite ville de Lunel (Hérault).
Le 27 janvier 2015, les policiers avaient procédé à l'interpellation de cinq hommes soupçonnés de faits de terrorisme dans la petite ville de Lunel (Hérault). — CAROLINE ROSSIGNOL / AFP
  • Le procès de la filière de Lunel doit s’ouvrir à Paris.
  • Le départ de 20 jeunes pour la Syrie avait ému cette petite ville.
  • Aujourd’hui, huit d’entre eux sont morts et sept toujours sur place.

Huit d’entre eux sont présumés morts en Syrie. Sept autres seraient toujours en vie quelque part là-bas sur « le théâtre des opérations ». De la filière djihadiste de Lunel (Hérault), le tribunal correctionnel de Paris ne jugera, ce jeudi, que cinq hommes pour « association de malfaiteurs terroriste » et « financement du terrorisme ».

Quelques jours après l’attentat à la rédaction de Charlie-Hebdo en janvier 2015, leur interpellation avait jeté une lumière crue sur la petite ville de Lunel, 26.000 habitants, plus célèbre pour son muscat et ses corridas, que pour son radicalisme religieux.

Une « émulation djihadiste collective »

Tout semble s’être noué, à partir de novembre 2013, dans un petit snack du quartier de l’Abrivado où les jeunes avaient l’habitude de se retrouver. À cette période, le gérant du « Bahut » décide de partir en Syrie. Trois amis l’accompagnent ainsi que deux femmes et quatre enfants en bas âge. En l’espace d’un an, une petite vingtaine d’individus – tous originaires de cette même ville — les rejoignent petit à petit.

« Sans constituer en soit une filière, l’existence de ce groupe d’individus a créé les conditions d’une émulation djihadiste collective, notent les enquêteurs. Cette communauté d’idées a dépassé largement le ‘vif intérêt à la situation géopolitique et humanitaire en Syrie ’entre ‘camarades’» comme le prétendent les cinq personnes qui doivent être jugées aujourd’hui.

Cantonné aux tâches ménagères en raison de crises de panique

Deux seulement sont accusés d’être partis en Syrie. Adil Barki, 39 ans, n’avait passé que quelques semaines sur place, où il aurait été cantonné aux tâches ménagères en raison de violentes crises de panique. À 47 ans, Ali Abdoumi, lui, nie s’être rendu là-bas et se prétend « non-musulman » malgré plusieurs éléments à charge contenus dans le dossier.

Mais pour l’accusation, c’est Hamza Mosli qui fait figure de « personnage central » de ce groupe. S’il n’a jamais quitté Lunel, il est accusé d’avoir joué un rôle de relais avec la Syrie où ses deux frères ont été tués. Lors de l’enquête, il a nié toute activité de recruteur. Les deux derniers hommes à être renvoyés devant le tribunal sont accusés d’avoir animé « des assises religieuses à Lunel » pour l’un et d’avoir emmené une candidate au départ, sa belle-sœur, à l’aéroport pour le second.

L’ombre des fantômes de Lunel sur ce procès

« Tous portent en eux l’identification de ce qui s’est passé dans cette ville qui a été l’illustration de la déflagration djihadiste dans des contrées qu’on ne soupçonnait pas », déplore Joseph Hazan, avocat d’Hamza Mosli.

Mais l’ombre des fantômes de Lunel, morts en Syrie ou encore en fuite et visés par un mandat d’arrêt, risque de planer sur ce procès. Parmi ces absents, Abdelilah Himich, un ancien légionnaire considéré par les États-Unis comme « une figure des opérations extérieures de Daesh ». Mais aussi Yassine Sakkam, le dernier de ce groupe à avoir rejoint les rangs de Daesh, en décembre 2014. Aujourd’hui détenu par les Kurdes de Syrie, il disait, dans un reportage diffusé par France 2 en janvier, seulement « vouloir rentrer chez lui et oublier ».

Le procès doit se tenir jusqu’au 11 avril.

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