Michel Cardon libéré après avoir été «oublié» 40 ans en prison

PRISON Ému par la situation de ce détenu qu’il avait découverte dans la presse, l’avocat Eric Morain a bataillé pour obtenir sa libération conditionnelle…

Vincent Vantighem

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Michel Cardon a été condamné à la perpétuité en 1977
Michel Cardon a été condamné à la perpétuité en 1977 — AFP
  • Michel Cardon avait été condamné à la perpétuité en 1979.
  • Sans famille ni soutien, il ne recevait aucune visite en détention.
  • Découvrant son histoire dans la presse, Eric Morain a décidé de l’aider.
  • Il a obtenu, ce vendredi, sa libération conditionnelle à compter du 1er juin.

« Michel est libre. Le boulot a été fait. Et cela en valait la peine… » Avec une pointe d’émotion dans la voix, l’avocat Eric Morain reconnaît qu’il a vécu, ce vendredi, « l’une des plus belles émotions professionnelles » de son existence. Le tribunal d’application des peines d’Arras (Pas-de-Calais) a, en effet, autorisé Michel Cardon, 67 ans, à bénéficier d’une libération conditionnelle, à compter du 1er juin 2018.

Condamné à perpétuité en 1979 pour un cambriolage qui avait mal tourné (un retraité tué pour un butin de 200 francs et une charrette contenant quelques objets), Michel Cardon croupissait à la prison de Bapaume sans rien demander à personne. Sans famille, il a dû attendre d’avoir passé 38 ans derrière les barreaux pour bénéficier, en 2016, d’une première visite au parloir, celle d’un de ses anciens codétenus.

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 Jean-Yves Defosse, le complice de Michel Cardon, est décédé depuis longtemps.
Jean-Yves Defosse, le complice de Michel Cardon, est décédé depuis longtemps. - AFP

Une demande de grâce à Macron toujours en cours

Relayée par La Voix du Nord, l’histoire retient alors l’attention d’Eric Morain, avocat pénaliste. Bouleversé par la situation de cet homme « oublié » en prison, selon les propres termes de la commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté de Lille, l’avocat remarque alors qu’il ne bénéficie d’aucun projet d’exécution de sa peine.

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Il écrit alors à Michel Cardon et lui demande l’autorisation d’engager des démarches en son nom. Il commence par une demande de grâce envoyée à Emmanuel Macron parlant de « l’absurdité de la longueur d’une telle peine ». En parallèle, l’avocat dépose aussi une demande de libération conditionnelle qui vient donc d’être validée par la justice.

Procureur de la République d'Arras, André Lourdelle explique, dans un communiqué, que le détenu avait présenté, dans le passé, « six requêtes d'aménagement de peines qui avaient toutes été rejetées » avant d'obtenir gain de cause ce vendredi. En effet, si les experts avaient relevé un « risque de récidive toujours présent » jusqu'en 2009, ils estiment désormais que ce risque est « résiduel ».

« Quelques poignées d’années pour connaître autre chose… »

À compter du 1er juin 2018, Michel Cardon sera donc extrait de sa cellule pour être admis dans un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale dans le Val-d’Oise, où il bénéficiera d’une mesure de placement extérieur. Concrètement, il sera toujours considéré comme un détenu avec un numéro d’écrou mais pourra profiter de la liberté.

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« Il a 67 ans, détaille Eric Morain. Il a fait un AVC et il a quelques problèmes cardiaques mais je pense qu’il a encore quelques poignées d’années devant lui pour connaître autre chose que la détention… »

D’ici au 1er juin, Michel Cardon disposera de plusieurs permissions afin de le préparer au mieux à sa sortie. Selon les termes de sa libération conditionnelle, il restera en « période probatoire » et sera toujours considéré comme un détenu jusqu’en 2023. A moins qu’Emmanuel Macron ne soit, à son tour, ému par la situation de cet homme à l’heure où les prisons débordent et décide de le gracier purement et simplement d’ici là.