Héritage de Johnny Hallyday: Bataille médiatique et judiciaire, tensions... «Pour la sérénité, c’est raté»

PROCES Les deux aînés de Johnny Hallyday demandent le gel des avoirs et un droit de regard sur son album. Le tribunal rendra sa décision le 13 avril…

Caroline Politi

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Depuis quelques semaines, deux clans se déchirent, celui de Laeticia d'un côté, celui de David et Laura de l'autre
Depuis quelques semaines, deux clans se déchirent, celui de Laeticia d'un côté, celui de David et Laura de l'autre — Francois Mori/AP/SIPA
  • Les deux aînés du chanteur réclament le gel de ses avoirs et un droit de regard sur son disque.
  • La question de savoir si Johnny peut déshériter ses deux aînés fera l’objet d’un autre procès.

Le doute n’est désormais plus permis : dans la guerre pour l’héritage de Johnny Hallyday, aucun camp ne fera de cadeau à l’autre. Les avocats de David refusent désormais d’appeler Laeticia autrement que Madame Boudou, "le seul nom qu’elle ne perdra jamais ». Elle est la « cinquième épouse », insiste Me Carine Piccio, la dépeignant comme « une communicante hors pair et une sacrée manipulatrice. » Pour le conseil de la veuve, il serait bon de s’interroger sur le choix du rockeur de déshériter ses enfants. « Il éprouvait ce besoin, il avait ses raisons », lâche Me Ardavan Amir-Aslani, avant d’affirmer n’avoir jamais croisé les deux aînés auprès du chanteur.

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L’audience en référé qui se jouait ce vendredi après-midi au tribunal de Nanterre devait pourtant porter uniquement sur des questions techniques : un droit de regard sur le disque que préparait Johnny Hallyday avant son décès et le gel de ses avoirs. Le fait de savoir si la succession relève du droit français ou américain et donc si le chanteur peut déshériter ses enfants fait l’objet d’une autre procédure. Après près de quatre heures d’audience, le tribunal a mis sa décision en délibéré au 13 avril, à 15 heures.

« David voulait s’assurer que le travail de Johnny ne soit pas dénaturé »

L’album d’abord. Par cette procédure en urgence, les deux aînés du chanteur réclament un droit de regard sur l’album en préparation. « David voulait s’assurer que le travail de Johnny ne soit pas dénaturé », plaide son conseil, Me Carine Piccio. Certes, reconnaît-elle, le rockeur avait donné son accord mais il ne s’agissait que d’un « oui » de principe, avant les arrangements et le mixage. « C’est ce qui va donner la couleur de l’album, plus rock, plus blues… », argue-t-elle.

Tout l’enjeu des débats porte en réalité sur le fait de savoir s’il s’agit d’un album posthume : si les titres ont été validés par Johnny Hallyday, personne ne peut prétendre à avoir un droit de regard pour s’assurer de l’intégrité de son œuvre. Or, selon l’avocat de sa maison de disques, Me Eric Lauvaux, le chanteur a envoyé une « lettre-accord » le 22 novembre pour valider les dix titres enregistrés au mois d’août et de septembre et percevoir une avance. Certes, « l’album n’était pas entièrement terminé », a reconnu le conseil, mais il ne s’agissait que d’arrangements mineurs réclamés par le chanteur, des chœurs par-ci, des cordes par-là, pour « apporter un habillage ». Et ces retouches sont mises en œuvre par son producteur Maxime Nucci, fidèle parmi les fidèles.

Alors qu’on croyait les débats terminés, les avocats de Laura Smet ont finalement demandé un « droit d’écoute » sur cet album sans en définir le périmètre. S’agit-il d’obtenir le droit d’écouter l’album avant le grand public comme le souhaitait Laura ou un droit de regard qui ne dit pas son nom ?

« On essaye de bâtir l’histoire d’un homme fragilisé »

L’autre aspect du dossier porte sur le gel des avoirs du rockeur avant qu’un tribunal se prononce sur la question du déshéritage des aînés. Depuis 2014, tout son patrimoine serait géré par un ou plusieurs trusts dont l’unique bénéficiaire est sa veuve. Une disposition qu’ont découverte David Hallyday et Laura Smet, fin janvier, par leur notaire. « Le trust aux Etats-Unis n’est pas fait pour déshériter les enfants mais pour répartir la succession dans la sérénité », a insisté Me Pierre-Jean Douvier, l’avocat de David Hallyday. Et d’ajouter : « Pour la sérénité, c’est raté. »

Pour les avocats des aînés, il y a « urgence à agir » mais pour geler sa fortune encore faut-il en connaître le périmètre. Pendant l’audience, les avocats des deux aînés ont affirmé avoir découvert qu’il y avait en réalité quatre trusts imbriqués, ce que nie le conseil de Laeticia. Par ailleurs, le gestionnaire (trustee) est pour l’heure inconnu. Et pour cause, selon le conseil, il n’a pas encore été nommé et pourrait l’être dans les « prochains jours ».

« On essaye de bâtir l’histoire d’un homme fragilisé, faible, qui aurait été accaparé par sa belle-famille à la seule fin de dilapider sa fortune », a déploré Me Ardavan Amir-Aslani. Ce choix fait par le Taulier de faire de sa femme son unique bénéficiaire visait en réalité à la protéger elle et ses jeunes enfants de « ceux qui leur tournaient autour ». D’autant, rappelle le conseil que David Hallyday et Laura Smet ont bénéficié de la générosité de leur père par le passé, notamment par des dons d’argent et immobilier. Jouant sur la corde sensible, le conseil a imploré le tribunal de ne « pas interdire les moyens de subsistance et de vie à une femme et ses deux enfants mineures, de 9 et 13 ans. »