Procès du père accusé d’avoir jeté sa fillette dans la Garonne : «J’ai été très très imprudent, je ne voulais pas ce qui s’est passé»

JUSTICE Le père de la petite Yumi, 22 mois, qui est tombée dans la Garonne le 21 novembre 2014 depuis le pont de pierre, est jugé pour infanticide devant la Cour d’Assises de la Gironde depuis ce lundi…

Elsa Provenzano

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Le père explique que sa petite fille est tombée accidentellement dans la Garonne, alors qu'il l'avait placée sur la rambarde du pont de pierre.
Le père explique que sa petite fille est tombée accidentellement dans la Garonne, alors qu'il l'avait placée sur la rambarde du pont de pierre. — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • Le père de la fillette de 22 mois qui a chuté dans la Garonne le 21 novembre 2014, est jugée devant la Cour d'Assises de la Gironde, pour meurtre.
  • Il explique que la petite est tombée par accident et reconnaît avoir été « très imprudent ».
  • Des témoins ont défilé à la barre, tentant notamment d'éclairer le tribunal sur le contexte familial. 

Anthony Gaudry, 36 ans, est jugé depuis lundi devant la Cour d'Assises de la Gironde après le décès de sa petite fille de 22 mois tombée dans la Garonne le 21 novembre 2014, alors qu’il l’avait placée sur une rambarde qui borde le pont de pierre pour lui faire admirer les lumières de la ville. Elle lui aurait échappé des mains après lui avoir donné un coup dans le sternum et il n’aurait pas pu la rattraper à cause d’un problème au dos. Le corps de la fillette sera retrouvé un mois et demi plus tard, dans l’estuaire de la Gironde à Meschers-sur-Gironde en Charente-Maritime.

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Pendant l’audience, il accuse indirectement la mère de l’enfant, dont il était séparé depuis quatre mois au moment du drame, d’avoir été maltraitante envers la petite, ce qui n’a jamais été prouvé. « Alors que vous, vous l’avez amenée dans une promenade dont elle ne revient pas », pointe le président de la Cour d’Assises Stéphane Remy. « J’ai été très très imprudent, lâche l’accusé dans son box. Je ne voulais pas ce qui s’est passé ». Quand le président lui fait remarquer qu’il a tendance à se dérober, le trentenaire répond « j’étais responsable à ce moment-là, j'étais le seul adulte et c’est moi qui l’ai mise sur le parapet mais je n’avais pas prévu ce qui allait se passer, je ne l’ai pas voulu ».

« Je suis persuadé de son innocence »

Ce mardi, des témoins ont défilé à la barre du tribunal : amis, connaissances et anciens collègues sont venus donner leur éclairage sur le contexte de cette affaire. Si tous s’accordent à dire que l’accusé aimait profondément sa fille qu’il « n’avait d’yeux que pour elle », selon les mots d’un ami du père, leurs appréciations divergent ensuite en fonction de leur proximité avec le père ou la mère.

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« Je suis persuadé de son innocence, il a eu deux secondes d’inattention qui coûtent trois vies (celle de la petite de la mère et celle de l’accusé), l’a défendu son ami d’enfance. Malheureusement ça peut arriver à tout le monde, un accident est très vite arrivé. Ce n’est pas un mauvais parent mais un parent inattentif ». L’avocat général n’a pas apprécié qu’il relativise ainsi les faits, l’interpellant : « Avez-vous déjà entendu parler de parents qui se jettent à l’eau pour sauver leurs enfants ? » La défense intervient alors à ce moment-là, faisant valoir que l’accusé ne sait pas nager.

Une ancienne collègue de l’accusé donne un tout autre son de cloche. Elle raconte qu’il s’épanchait beaucoup sur sa vie privée depuis sa séparation, cassant pas mal de sucre sur le dos de son ex-compagne et qu’elle finit par le trouver « manipulateur ». Lorsque sortent dans la presse les premiers articles sur un père qui a jeté son nourrisson de quatre mois dans le fleuve, le 11 novembre, elle raconte qu’il lui lance « j’espère que tu n’as pas pensé que c’était moi ». Une réflexion qui la fait s'interroger aujourd'hui sur le caractère prémédité de son geste. Interrogé sur ces paroles, l’accusé répond : « j’étais dans un tel état de fatigue à ce moment-là que je ne me souviens pas avoir dit ça ».

« Si je n’ai pas Yumi, tu ne l’auras pas »

Alors que cette collègue ne se rappelle pas du tout de problèmes de dos le concernant, une autre estime que « tout le monde était au courant » dans l’entreprise. Un point crucial puisque l'accusé explique qu'il n'a pu rattraper son enfant à cause de ces problèmes de dos.

Ce témoin livre son sentiment à la Cour « je ne le vois pas faire ça intentionnellement, pour moi c’est un accident ». Cette dernière a eu l’accusé au téléphone le jour du drame et il ne lui a pas du tout semblé déprimé : « Il partait se promener avec Yumi pour voir s’il y avait des trucs qui la faisaient flasher, avant Noël, raconte-t-elle. Je n’ai pas du tout senti un homme à bout et si j’avais eu des doutes je serais partie le voir ».

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L’ancienne colocataire de la mère de l’enfant décrit, elle, un homme qui avait « beaucoup d’emprise sur sa compagne » et qui lui a fait écrire sous la contrainte une lettre dans laquelle elle dit qu’elle abandonne sa fille pour profiter pleinement de sa vie sexuelle. Elle se souvient qu’il lui avait dit « si je n’ai pas Yumi, tu ne l’auras pas », alors qu’un rapport des affaires familiales préconisait que la garde de l’enfant, initialement accordée au père avec un droit de visite pour l’autre parent, devait être transférée à la mère.

Le procès se poursuit jusqu’à vendredi et le verdict est attendu mardi, en raison du lundi de Pâques. L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.