VIDEO. Erreur d'agenda, faux documents, mauvais étage... Les approximations de Nicolas Sarkozy

INFO OU INTOX Mis en examen mercredi soir pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de détournement de fonds publics libyens », l’ancien chef de l’Etat était l’invité du JT de 20 heures sur TF1 ce jeudi soir pour exprimer sa vérité, dont les contours ne sont pas toujours très nets…

A.B.

— 

Nicolas Sarkozy sur le plateau du «20 heures» de TF1, jeudi 22 mars.
Nicolas Sarkozy sur le plateau du «20 heures» de TF1, jeudi 22 mars. — TF1
  • Nicolas Sarkozy a été mis en examen jeudi pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de détournement de fonds publics libyens ».
  • L'ancien président a tenu à s'exprimer le soir même au JT de TF1.

Il a fait le choix de se défendre devant l’opinion et face caméra. Au terme de sa garde à vue, Nicolas Sarkozy a été mis en examen mercredi soir pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de détournement de fonds publics libyens ». Mais l’ancien chef de l’Etat dément toutes les accusations dont il fait l’objet et a tenu à exprimer sa vérité sur le plateau du JT de 20 heures sur TF1 jeudi soir, s’attachant à démonter chaque élément d’enquête l’incriminant.

« Ça me prendra un an, deux ans, dix ans mais je pourfendrai cette bande, je ferai triompher mon honneur », a-t-il assuré. Son rendez-vous secret avec Ziad Takieddine, les valises d’argent liquide, la note des services extérieurs libyens attestant du versement de 50 millions d’euros à Nicolas Sarkozy : l’ex-locataire de l’Elysée balaye tout d’un revers de la main et dénonce « une ignominie » mensongère. Mais ses vigoureuses affirmations sont-elles toutes exactes ? Petite vérification.

  • Son rendez-vous avec Ziad Takieddine

Quand il s’agit de Ziad Takieddine, Nicolas Sarkozy lâche les chiens. C’est « un intermédiaire sulfureux, qui a fait de la prison, a pillé l’Etat libyen (et) a été biberonné à l’argent de Kadhafi », a lancé l’ex-chef de l’Etat sur TF1. Le sulfureux intermédiaire franco-libanais, également poursuivi dans l’affaire Karachi, a affirmé avoir remis entre fin 2006 et début 2007 trois valises contenant cinq millions d’euros à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et à son directeur de cabinet à l’époque, Claude Guéant.

« C’est une ignominie (…) J’ai rencontré M. Takieddine une fois en 2002 (et) une fois en 2003. Entre 2004 et aujourd’hui, je ne l’ai jamais reçu, ni revu », a assuré l’ancien président. « Mes agendas ont été saisis par la justice au moment de l’affaire Bettencourt. On n’a jamais trouvé la trace d’un rendez-vous entre M. Takieddine et moi ni en 2005, ni en 2006, ni en 2007 ni dans les années qui suivent », a-t-il insisté.

Ziad Takieddine a assuré lui avoir remis en mains propres une valise d’argent « autour du 27 janvier » 2007. Mais « j’ai la preuve que le 27 janvier je n’étais pas à Paris, j’étais en Avignon », a vigoureusement affirmé l’ex-chef de l’Etat. Flagrant délit de mensonge : ce vendredi, le site Buzzfeed publie des images de Nicolas Sarkozy à la cérémonie en hommage à l’Abbé Pierre. Un événement qui s’est précisément déroulé le 27 janvier 2007… à Paris.

  • Les rendez-vous de Takieddine avec Claude Guéant

Toujours d’après Nicolas Sarkozy, Ziad Takieddine aurait menti en affirmant avoir rencontré Claude Guéant « dans son bureau au premier étage du ministère de l’Intérieur ». Selon l’ex-président, pas de doute : « M. Takieddine ment lorsqu’il affirme sans aucune preuve qu’il pouvait pénétrer place Beauvau sans justifier du moindre rendez-vous, simplement en déposant son nom. On ne rentre pas place Beauvau sans indiquer avec qui on a rendez-vous ! », argue-t-il. D’autant que le bureau du directeur de cabinet « est au rez-de-chaussée » et non au premier étage, justifie-t-il.

Un sens de la description qui souffrirait quelques imprécisions, selon Le Monde, qui rapporte que « le bureau du directeur de cabinet, Claude Guéant ou un autre, a toujours été au rez-de-chaussée, et au premier étage il n’y a aucun autre bureau que celui du ministre ». Une information qui serait d’ailleurs très facilement vérifiable, insiste le quotidien du soir.

  • La note des services extérieurs libyens

Fidèle à sa propre ligne de défense, Nicolas Sarkozy a de nouveau mis en doute l’authenticité de la note attribuée au gouvernement libyen datant de 2006 et publiée par Mediapart en 2012, faisant état de « l’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, M. Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros ». Un écrit signé de la main de l’ancien chef des services de renseignements extérieurs libyen, Moussa Koussa. Pour Nicolas Sarkozy, « il existe une forte probabilité pour que le document produit par Mediapart soit un faux. (…) Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les enquêteurs dans le cadre d’une procédure parallèle à la vôtre sur une plainte que j’avais moi-même déposée », a affirmé Nicolas Sarkozy sur le plateau du JT.

Des affirmations battues en brèche par le journaliste Fabrice Arfi, qui mène l’enquête sur le dossier libyen pour Médiapart, et qui n’a pas manqué de réagir à la prestation télévisée de l’ex-chef de l’Etat.

S’il est vrai que l’ancien président de la République française a toujours contesté la validité de ce document signé de l’ancien chef des services de renseignements extérieurs libyen, Moussa Koussa, la justice française l’a débouté en première instance et en appel, estimant qu’aucun élément ne permettait de déterminer qu'il s'agissait d'« un support fabriqué par montage » ou « altéré par des falsifications ». De plus, des experts ont confirmé l’authenticité de la signature de Moussa Koussa sur le document.