Toulouse: Une accusée déroutante, précise sur sa vie, floue sur la nuit où tout bascule

MEURTRE DE LAURENT BACA Au troisième jour de son procès pour le meurtre de son compagnon, Laurent Baca, Edith Scaravetti s’est montrée plutôt convaincante sur son calvaire conjugal. Mais elle a été mise en difficulté sur son récit de la nuit du crime…

Helene Menal

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Le procès d'assises d'Edith Scaravetti a débuté le 19 mars 2017. Illustration.
Le procès d'assises d'Edith Scaravetti a débuté le 19 mars 2017. Illustration. —
  • Laurent Baca, un Toulousain 37 ans, s’est volatilisé le 6 août 2014.
  • Les enquêteurs ont retrouvé son corps trois mois plus tard, coulé dans le béton et caché dans le grenier de la maison familiale. Edith Scaravetti, sa compagne, a avoué le meurtre, mais plaide l’accident.
  • Le procès de la trentenaire doit s’achever vendredi, elle risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Le récit précis de dix ans d’une vie conjugale humiliante et celui beaucoup plus flou d’une nuit mortelle où tout bascule. Hier, au troisième jour du procès d’Edith Scaravetti, 30 ans, jugée à Toulouse pour avoir tué son compagnon Laurent Baca en août 2014, l’audience était consacrée à la « version » de l’accusée.

Et Edith Scaravetti s’est montrée plutôt convaincante sur sa relation avec la victime, un homme tendre au début dont la fragilité l’a d’abord séduite. Mais un compagnon « lunatique » aussi, cocaïnomane à ses heures, chez qui l’alcool provoquait selon elle des « furies extrêmes ». Les enfants, trois, se sont enchaînés tandis que la situation s’est dégradée. Il l’humiliait, la traitait souvent d’« incapable », la frappait parfois.

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Puis le calme succédait à la tempête. « La première fois qu’il vous frappe d’après vous, vous avez 18 ans et vous êtes enceinte de votre premier enfant. Pourquoi vous ne fichez pas le camp  ? », la tance Edouard Martial, un des avocats de la partie civile. « Parce que je l’aimais », répond-elle. Pourquoi n’a-t-elle jamais rien dit de la « nasse » où elle était prise  ? « Parce c’est compliqué de parler de quelque chose qu’on ne peut pas s’avouer à soi-même ». Son témoignage, dénis compris, ressemble à celui de toutes les femmes battues.

Une douille et un bruit normalement assourdissant

Sur la nuit du crime, la mémoire d’Edith Scaravetti est plus friable, elle prend de grandes inspirations. Selon son récit, la dispute a été homérique, il a hurlé, il l’a frappée, elle a dévalé les escaliers et chuté à plusieurs reprises. Puis allongé sur le canapé goguenard, Laurent Baca aurait pointé la carabine du grand-père sur sa tempe, la mettant au défi « d’être une femme, pour une fois ».

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Elle se souvient d’avoir touché la crosse. Puis de plus grand-chose. Ni du coup de feu mortel, probablement assourdissant, ni de comment et quand elle s’est débarrassée de la douille puisque l’arme a été retrouvée vide. Elle ne s’explique pas non plus pourquoi elle n’a pas appelé police secours et pourquoi les enfants ne se sont pas réveillés.

La sœur de Laurent Baca, Jennifer, a sa propre version. Elle pense que ce n’était pas la nuit, que les enfants n’étaient pas là et qu’il n’y a pas eu de dispute…