Tarnac: «Il faut arrêter de faire le procès de l’enquête plutôt que celui des prévenus!»

PROCÈS L’ancien commissaire Fabrice Gardon a tenté, ce mercredi, de justifier l’enquête qui a conduit au procès de Tarnac, admettant toutefois quelques « maladresses »…

Vincent Vantighem

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Un policier antiterroriste lors de l'interpellation des membres du groupe de Tarnac, le 11 novembre 2008.
Un policier antiterroriste lors de l'interpellation des membres du groupe de Tarnac, le 11 novembre 2008. — THIERRY ZOCCOLAN / AFP
  • Le procès de l’affaire de Tarnac s’est ouvert il y a six jours.
  • Julien Coupat et sept prévenus sont accusés d’avoir voulu saboter des TGV.
  • Ils se défendent en remettant en cause l’enquête des policiers.

Comme si l’émission « Vis ma vie » avait posé ses caméras dans la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Mercredi, dans une drôle d’inversion des rôles, les prévenus de l’affaire dite de Tarnac ont passé la journée à siroter des cafés en observant, à la barre, un policier se justifier pendant plus de quatre heures.

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Fabrice Gardon l’a bien cherché. Personne ne lui avait demandé de venir. Mais l’ancien commissaire à la Sous-direction antiterroriste (SDAT) est venu témoigner, de son propre chef, pour couper court aux « fantasmes de bidonnage » de l’enquête qui conduit Julien Coupat et ses « camarades » à répondre aujourd’hui du sabotage de voies SNCF en 2008.

Ils disent avoir passé la nuit à « faire l’amour » dans une Mercedes

Le principal témoin à charge ayant été décrédibilisé durant la matinée, il ne reste plus à l’accusation qu’à se raccrocher à Fabrice Gardon et à ses hommes. Ce sont eux qui assurent avoir suivi Julien Coupat et sa compagne, Yldune Lévy, aux alentours de Dhuisy (Seine-et-Marne), la nuit du 7 au 8 novembre 2008. Là même où un fer à béton a été posé sur une caténaire juste avant le passage d’un TGV Paris-Strasbourg.

Les deux prévenus contestent. Ils ont bien passé la nuit, non loin de là, dans une Mercedes « à dormir » et à « faire l’amour ». Mais ils n’ont rien fait de mal. Surtout, ils prétendent que les policiers ne les ont pas filés et qu’ils ont bidonné, en refaisant plus tard l’itinéraire sur Internet, le procès-verbal D104 sur lequel repose toute l’affaire.

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Quand le diable se niche dans les détails du PV D104

« Julien Coupat était conducteur. Yldune Lévy passager. Nous avons décrit leur tenue. Ils ont dîné dans une pizzeria. Il y avait de la buée sur les vitres de la Mercedes… Nous n’aurions pas pu écrire ça sans en avoir été témoins ! », justifie donc Fabrice Gardon. Mais le diable se niche dans les détails du PV D104. Pêle-mêle :

  • Pourquoi un seul policier l’a-t-il signé alors qu’ils étaient prétendument cinq ?
  • Pourquoi situe-t-il la voiture « sous un pont », puis, « à côté du pont », puis « à côté des voies » ?
  • Comment l’un des policiers a-t-il pu être présent alors qu’il a signé un PV à Levallois-Perret la même nuit ?
  • Comment ont-ils pu se rendre d’un point à un autre dans les délais alors qu’il faudrait rouler à 185 km/h ?

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Fabrice Gardon admet des « maladresses » dans la rédaction du document. « Mais la Mercedes était là ! Il faut arrêter de faire le procès de l’enquête plutôt que celui des prévenus ! » Mais ce n’est pas l’avis des avocats de la défense qui s’engouffrent, avec une facilité déconcertante, dans les « maladresses » de l’enquête. Un moyen, selon eux, d’éviter à leurs clients la peine de cinq ans de prison qu’ils encourent. Le procès doit encore durer une semaine.