Terrorisme: «Touf touf le ouf», un djihadiste trop bavard devant la cour d'assises ce lundi

ASSISES A partir de ce lundi, deux Français sont jugés à Paris par la cour d'assises spéciale compétente en matière de terrorisme, pour «participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime d'atteinte aux personnes»...

A.D.

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Illustration de dossiers en Cour d'Assises
Illustration de dossiers en Cour d'Assises — FAYOLLE PASCAL/SIPA

« Touf touf le ouf » a-t-il été trop « bavard » sur les réseaux sociaux ? De son vrai nom, Tewffik Bouallag, ce Français parti combattre au sein de Daesh en Syrie, avait pris l’habitude de se mettre en scène sur les réseaux sociaux.

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C’est d’ailleurs une vidéo diffusée sur YouTube intitulée « Une journée passée avec les moudjahidine en France » et diffusée en avril 2014, qui a attiré l’attention des enquêteurs.

Une vidéo de propagande djihadiste à destination des Français

Dans cette vidéo de 16 minutes et 28 secondes, on y voit plusieurs djihadistes français inciter d’autres « frères » français à venir faire le djihad en Syrie. Tewffik Bouallag, portant un fusil d’assaut, montre ses blessures à la tête et au mollet et vante la qualité des soins prodigués en Syrie évoquant une « guérison miraculeuse ».

Un autre français, Erwan Guillard, est présenté comme « un ex-soldat repenti de l’armée française dans les rangs de la dawla [l’État, pour l’État islamique] ». Une photo de lui en uniforme de l’armée française est montrée, alors qu’il raconte son parcours et explique qu’il appartient désormais au camp adverse. Il s’en prend à la France qui d’après lui « instaure la démocratie comme religion, qui tue des musulmans en Centrafrique, en Afghanistan et au Mali ».

Les deux accusés, qui comparaissent à partir de ce lundi devant la cour d’assises spéciale à Paris, figurent également dans un document de Daesh, dévoilé par un djihadiste repenti, qui révélait des milliers de noms de personnes ayant rejoint l’organisation en 2013 et au premier semestre 2014, selon les enquêteurs.

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Une cour d’assises spéciale

Préalablement repéré par la DGSI (Direction Générale des Services Intérieurs), Tewffik Bouallag, 34 ans, a été arrêté à Berlin le 14 juin 2014, à sa descente d’un vol en provenance d’Istanbul, un mandat d’arrêt ayant été délivré contre lui. Il aurait rejoint la Syrie fin décembre 2013 dans le but de rejoindre des groupes terroristes en Syrie, tels que le Jabhat Al Nosra (Front Al Nosra) qui a prêté allégeance à Al Qaïda, et l’EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant).

Âgé de 29 ans, Erwan Guillard est rentré en Europe quelques jours plus tôt, le 8 juin 2014 : il a pris un vol Istanbul-Berlin, puis un train, et s’est rendu le jour même au commissariat de police de Redon (Ille-et-Vilaine), ville où résidaient sa femme et ses enfants. Cet ancien parachutiste, converti à l’islam en 2009, était parti en Syrie en août 2013.

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Sur place, un entraînement physique, religieux et au maniement des armes leur aurait été prodigué. Ils auraient également participé aux activités violentes de ces groupes terroristes, et notamment à des combats, et ainsi participé, en toute connaissance de cause, à la préparation des crimes commis par ces groupes terroristes. C’est pourquoi François Molins, procureur de la République de Paris, a souhaité qu’ils soient jugés tous deux devant la cour d’assises spéciale compétente en matière de terrorisme : cette juridiction exceptionnelle est composée de sept juges professionnels en première instance.

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Des têtes coupées et un tronc humain décapité dans le téléphone portable

Erwan Guillard, ancien militaire français du 1er régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers (Ariège), est l’un des rares « revenants » de cette zone à avoir reconnu avoir combattu. Mais il assure que son objectif était de soutenir la population syrienne contre Bachar al-Assad et qu’il n’a pas commis d’exactions. Or de nombreuses photographies prises avec son téléphone représentant des têtes coupées et un tronc humain décapité ont été retrouvées dans ses affaires selon l’enquête. Il affirme être rentré en France pour retrouver sa famille, déçu par les combats fratricides.

Une troisième personne sera jugée, Nayl Abou Bacar. Désigné par Erwan Guillard comme étant parti à ses côtés pour faire le djihad, il est actuellement recherché et peut-être mort en Syrie. Le procès doit durer jusqu’au 26 mars.

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