Procès Tarnac: Les policiers de l'antiterrorisme seront entendus anonymement

COMPTE-RENDU Le procès de l’affaire dite de « Tarnac » s’est ouvert mardi devant le tribunal correctionnel de Paris…

Helene Sergent

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Paris, Procès du groupe de Tarnac, Julien Coupat et Yildune Levy sont poursuivi pour une opération dégradation sur les lignes TVG dans la nuit du 7-8 novembre 2008 a Dhuisi en Seine-et-Marne. France le 13 mars 2018.
Paris, Procès du groupe de Tarnac, Julien Coupat et Yildune Levy sont poursuivi pour une opération dégradation sur les lignes TVG dans la nuit du 7-8 novembre 2008 a Dhuisi en Seine-et-Marne. France le 13 mars 2018. — SIPA
  • Huit membres du groupe dit de Tarnac sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris jusqu’au 30 mars.
  • En 2008, ils étaient soupçonnés « d’association de malfaiteurs terroriste » et avaient été décrits par les autorités judiciaires et politiques comme « violents ».
  • Une qualification définitivement rejetée en 2017 par la Cour de cassation.

Les sourires ont vite disparu des visages des huit prévenus. Renvoyés pour « association de malfaiteurs », « refus de prélèvement » ADN ou « recel de documents administratifs », les militants libertaires de Tarnac attendaient à l’occasion de ce procès, dix ans après les faits, une confrontation avec les policiers de l’antiterrorisme chargés de les surveiller. En vain.

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Les cinq fonctionnaires de la Sous-direction anti-terroriste (Sdat) ont tous souhaité être auditionnés anonymement, pour des « raisons de sécurité ». Une demande validée par le tribunal après trois heures de débats et délibérations.

« Leurs noms sont connus ! »

L’audience avait pourtant commencé avec une légèreté inhabituelle ce mardi après-midi. Redoublant d’ironie, Mathieu Burnel a distribué les bons mots, jouant admirablement le rôle du cancre. Julien Coupat, tempes grisonnantes et barre de céréales à la main est doucement rappelé à l’ordre par la présidente Corinne Goetzmann. Les échanges sont courtois, les formules de politesse un peu trop appuyées. L’annonce de la décision du tribunal d’anonymiser les cinq policiers – désignés désormais par des numéros – a jeté un léger froid.

« Leurs noms sont déjà connus ! » a martelé l’avocat de Julien Coupat et de plusieurs autres prévenus, Jérémie Assous. En 2011, les conseils des mis en examen de Tarnac ont en effet porté plainte contre ces policiers de la Sdat. Ils reprochent aux fonctionnaires des services antiterroristes la rédaction d’un procès-verbal truffé d’erreurs et d’approximation. L’information est publiée dans la presse, tout comme le nom des policiers visés.

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Mais ces arguments n’ont pas été retenus par les magistrates qui ont acté l’anonymisation des témoins. Une décision « inquiétante » pour l’un des prévenus, Mathieu Burnel : « La totalité des choses que la défense a demandée depuis le début de cette enquête a été refusée (…) se retrouver dans une situation ou ils vont témoigner derrière un écran, franchement ça nous met dans une situation un peu compliquée ».

Un transport sur les lieux

Une demande rare, capitale et formulée par les prévenus a pourtant été acceptée par les juges : le transport du tribunal sur les lieux du sabotage à Dhuisy. L’enjeu pour la défense sera de démontrer que les policiers de la Sdat et de la DCRI n’ont pas pu voir le couple Julien Coupat et Yldune Lévy à proximité des voies SNCF la nuit du 7 au 8 novembre 2008. C’est pourtant ce qu’ont assuré les services de renseignement dans le désormais fameux PV « D104 » remis en cause depuis le début par le groupe de Tarnac.

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« Vous ne pouvez pas vous faire une conviction si vous n’allez pas sur les lieux » du sabotage a estimé Jérémie Assous à l’audience. Le 23 mars prochain, les quatre magistrates, les prévenus, leurs avocats et les représentants du parquet se rendront donc en Seine-et-Marne pour déterminer si oui ou non les policiers ont pu apercevoir le couple aux abords de la voie ferrée.