Somme: Procès aux assises des tortionnaires présumés de Christophe Rambour

JUSTICE Pendant cinq mois, la victime avait enduré des sévices avant de mourir et de finir découpée et incinérée...

avec AFP

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Le procès commence mardi et se terminera le 28 mars.
Le procès commence mardi et se terminera le 28 mars. — G . VARELA / 20 MINUTES
  • La période des faits est comprise entre septembre 2011 et janvier 2012.
  • Torturé et séquestré, Christophe Rambour est finalement mort.
  • Ses tortionnaires présumés ont découpé son corps avant de le brûler.

A partir de mardi, et jusqu’au 28 mars, les assises de la Somme vont se pencher sur la mécanique infernale ayant mené à la mort de Christophe Rambour, en janvier 2012. Âgé de 25 ans à l’époque des faits, il avait été séquestré et torturé par des amis pendant cinq mois à Villers-Faucon et Longueau, deux communes de la Somme.

Sur le banc des accusés, cinq personnes, âgées de 31 à 35 ans, dont deux frères et une sœur. Quatre d’entre elles sont poursuivies pour séquestration suivie de mort et actes de torture et de barbarie en réunion.

Une longue séquestration qui se termine en boucherie

L’engrenage s’est enclenché en septembre 2011. Le jeune homme qui a été tué, Christophe Rambour, est décrit comme gentil, serviable et effacé. Il avait accepté de travailler pour Na Rin Bun, un ami de longue date. Il est allé habiter chez ce dernier et sa compagne, Coralie Sauval, à Villers-Faucon. La victime faisait les courses et servait de chauffeur, perdant rapidement sa liberté de mouvement.

Dans ce logement, ainsi que dans celui de la sœur aînée, Nari Bun, et son compagnon, Gilles Lefèvre, à Longueau, Christophe Rambour était torturé. On l’obligeait à manger des excréments, à avaler des cigarettes allumées, on le rasait, le frappait, le brûlait au torse, l’entaillait. Aperçu dans un supermarché, il semblait sale et épuisé.

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Quand un matin, Coralie Sauval, qui voyait la victime s’affaiblir de semaine en semaine, a retrouvé son cadavre dans le couloir, elle l’a fait porter dans la salle de bains « pour que ses enfants puissent prendre leur petit-déjeuner », raconte Me Demarcq pour souligner « l’absurdité » de l’affaire.

Les protagonistes présents devaient alors se débarrasser du corps. Ils l’ont découpé en cinq, au couteau de boucher, et ont placé les morceaux dans le chauffe-eau pour les brûler. Cependant, des os et quelques dents ont résisté à la combustion. Na Rin Bun les a détruits au marteau, avant de disperser les cendres.

Une enfance dans l’ombre des Khmers rouges

« Les accusés sont d’accord pour dire que c’est Na Rin Bun qui est à l’origine de tout », relève maître Stéphane Daquo, avocat de Gilles Lefèvre. « Le débat va porter sur le fonctionnement psychologique de la famille Bun, qui vient du Cambodge et y a peut-être vécu certaines choses sombres. »

« Les parents de cette famille de 11 enfants ont vécu au Cambodge pendant le génocide des Khmers rouges, et la plupart des oncles et tantes ont été exterminés », explique de son côté Me Paul-Henri Delarue, avocat de Nari Bun. De surcroît, celle-ci vivait une période compliquée, entre un accouchement difficile et le soutien de Gilles Lefèvre, au chômage.

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Pour Me Daquo, Na Rin et sa sœur Nari, nés la même année, se considérant comme jumeaux, « ont imprimé le tempo et dirigé les autres sur fond de terreur ». Gilles Lefèvre soutient qu’il valait mieux que ce soit lui qui exécute les ordres, parce que les autres auraient sinon tapé, plus violemment.

Des motivations peu claires

Les motivations des cinq accusés sont restées peu claires et seront l’un des enjeux du procès. Les mis en cause rapportent que Christophe Rambour aurait calomnié la fille de Na Rin Bun, révélé ses infidélités, laissé des chiens s’échapper… « Il a été torturé pendant des semaines et des semaines sans aucun motif, on ne lui a pas demandé d’argent, ce n’est pas en raison de sa race ou de son orientation sexuelle… », s’indigne auprès de l’AFP Me Guillaume Demarcq, avocat de la famille de la victime.