Montpellier: Le sénateur LREM Robert Navarro jugé en appel pour des voyages payés par le PS

JUSTICE Avec son épouse, l'ancien socialiste avait écopé de trois mois de prison avec sursis, 30.000 euros d’amende, et trois ans d’inéligibilité, en première instance. Le président du groupe LREM au Sénat assure lui faire confiance pour prendre la bonne décision s'il est définitivement condamné...

Nicolas Bonzom
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Robert et Dominique Navarro, mardi, lors d'une suspension d'audience.
Robert et Dominique Navarro, mardi, lors d'une suspension d'audience. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Robert Navarro et son épouse sont jugés en appel ce mardi pour des soupçons d'abus de confiance au détriment de la fédération socialiste de l'Hérault.
  • Le sénateur LREM avait été condamné en première instance à trois mois de prison avec sursis, 30.000 euros d’amende, et trois ans d’inéligibilité.
  • Le conflit porte sur des billets d'avion, que le PS estime avoir payé indûment. 

Ce mardi, Robert Navarro et son épouse devront une nouvelle fois s’expliquer devant la justice. L’ex-socialiste, qui siège au sein du groupe LREM au Sénat, avait été condamné en première instance, en juillet 2016, à trois mois de prison avec sursis, 30.000 euros d’amende, ainsi que trois ans d’inéligibilité, pour des soupçons d’abus de confiance.

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Le procès en appel du couple, figure de la « Frêchie » à Montpellier, était prévu en novembre mais il avait été repoussé. Avant l’ouverture de l’audience, 20 Minutes vous donne les clés pour comprendre l’affaire, qui a longtemps fait trembler le PS héraultais.

Qui est Robert Navarro ?

Proche de Georges Frêche pendant de très longues années, Robert Navarro, ancien employé de la SNCF, est l’un des anciens barons du PS héraultais. Entre 1990 et 2010, il en fut le premier secrétaire départemental, une véritable figure politique locale. Rares sont, d’ailleurs, les mandats qu’il n’a pas exercés : conseiller municipal et communautaire à Montpellier, député européen, conseiller régional, puis, depuis 2008, sénateur.

C’est en 2010 que le divorce est consommé avec le PS : lors des élections régionales, Robert Navarro choisit de soutenir Georges Frêche, qui n’est plus socialiste depuis une vague de propos controversés, au détriment d’Hélène Mandroux, investie par Solférino. Il est exclu, et le PS met son nez dans les comptes de la fédération de l’Hérault…

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Commencent alors les ennuis judiciaires pour l’ex-bras droit de Georges Frêche : le parti suspecte des malversations, liées à des voyages en avion, notamment. Le PS héraultais est mis sous tutelle, Robert Navarro et son épouse, qui fut son attachée parlementaire et chargée de mission à la fédération, font l’objet d’une plainte. Pas de quoi compromettre la carrière politique de l’Héraultais de 65 ans, qui a été réélu sénateur en 2014.

Que reproche-t-on à Robert Navarro et son épouse ?

Avec son épouse Dominique, avec qui il dirigeait d’une main de fer le PS héraultais, le parlementaire est accusé d’abus de confiance au préjudice du parti. Au cœur de ce dossier des plus complexes, figurent notamment 61 billets d’avion, pour une somme de 85.720 euros, que Solférino estime avoir indûment payés entre 2004 à 2010.

Il y a des trajets vers Strasbourg ou Bruxelles, vers le Parlement européen, auxquels participait l’épouse de l’ex-PS. Des trajets à l’étranger aussi, à Marrakech ou Budapest.

Quelle est la ligne de défense du couple ?

En juin 2016, lors de la comparution du couple devant le tribunal correctionnel de Montpellier, la défense avait indiqué que Dominique Navarro accompagnait lors de ces déplacements son époux en tant que collaboratrice parlementaire, ou encore des élus de l’Hérault en tant que chargée de mission au PS. Tout avait été d’ailleurs acté avec les instances du parti, assuraient-ils : les sommes allouées aux déplacements des collaborateurs n’étaient pas suffisantes, le PS assumait les charges supplémentaires.

Dominique et Robert Navarro, mardi, devant le tribunal.
Dominique et Robert Navarro, mardi, devant le tribunal. - N. Bonzom / Maxele Presse

Quant aux trajets à l’étranger, l’ex-député européen a assuré qu’il s’agissait bien de déplacements liés à ses activités politiques. Sauf pour Marrakech et pour Budapest, « des voyages privés », financés en partie par les « points fidélité » accumulés.

Et le PS ?

Lors de la comparution du couple Navarro à la barre du tribunal correctionnel, en 2016, l’avocat du PS national avait parlé d’un « abus évident » face à leurs explications : « Il est prétendu que lorsqu’elle accompagnait son époux, elle consacrait une partie de son activité à la fédération… C’est une plaisanterie ! », avait lancé Yves Baudelot.

« On a l’impression qu’on avait le carnet de chèques, la signature, et qu’on faisait ce qu’on voulait, avait renchéri Luc Abratkiewicz, avocat du PS héraultais. Cette procédure, c’est l’épilogue d’un système où l’on faisait tout ce que l’on voulait, et on était réélu. »

Qu’en dit la République en Marche ?

Si Robert Navarro est définitivement condamné, sera-t-il éjecté du groupe LREM du Sénat, où il siège ? Christophe Castaner, délégué général du parti, précise à 20 Minutes ce mardi matin qu’il « n’est pas membre de LREM, mais d’un groupe au Sénat. Il ne m’appartient pas de décider, au nom de la séparation des pouvoirs, ce qu’un groupe parlementaire peut dire ou faire, sinon il ne manquerait pas de me le reprocher ».

De son côté, François Patriat, président du groupe LREM au Sénat, nous indique qu'il fait confiance à Robert Navarro pour prendre la bonne décision le temps voulu. « Il prendra sa décision seul et en responsabilité, m'a-t-il dit, confie ce mardi le sénateur LREM de Côte-d'Or. Je le sais lucide sur ce sujet pour prendre la bonne décision. »