VIDEO. Disparues de Perpignan: Le procès de Jacques Rançon débute ce lundi

JUSTICE Cet homme de 57 ans est accusé d’avoir tué et mutilé deux jeunes femmes en 1997 et 1998 et d’en avoir, à la même époque, agressé deux autres…

Thibaut Chevillard

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Jacques Rançon, le 26 juin 2015, durant la reconstitution du meurtre de Marie-Hélène Gonzalez
Jacques Rançon, le 26 juin 2015, durant la reconstitution du meurtre de Marie-Hélène Gonzalez — COR / AFP
  • Le procès de Jacques Rançon, 57 ans, s’ouvre ce lundi devant les assises Pyrénées-Orientales.
  • Il est mis en examen pour assassinat en récidive, viols commis sous la menace d’une arme, tentative d’assassinat en récidive.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Vingt ans se sont écoulés depuis la mort de Marie-Hélène Gonzalez. Le temps passe, mais la douleur des proches ne s’est pas estompée. Ni la « haine » que leur inspire l’homme suspecté de l’avoir tuée et atrocement mutilée, le 26 juin 1998. « Il faut qu’il paie pour ce qu’il a fait, à ma fille, aux autres victimes, à moi, mon mari, ma famille », déclare en larmes Conception Gonzalez, la mère de la jeune fille de 22 ans. Dans le bureau de son avocat, elle confiait le 19 février ne pas savoir pas si elle allait « tenir le coup » lorsqu’elle se retrouverait face à Jacques Rançon, lors de son procès qui s’ouvre ce lundi devant la Cour d’assises des Pyrénées-Orientales.

Conception Gonzalez (à droite), aux côtés de son avocat, maître Etienne Nicolau
Conception Gonzalez (à droite), aux côtés de son avocat, maître Etienne Nicolau - RAYMOND ROIG / AFP

L’accusé, qui fêtera ses 58 ans le 9 mars, est poursuivi pour homicides volontaires, tentatives d’homicide, viols et tentative de viol sur quatre victimes. Quelque 35 témoins et une dizaine d’experts sont prévus pendant les trois semaines d’audiences de cette sombre affaire qui a commencé le 21 décembre 1997. Ce jour-là, le corps de Mokhtaria Chaïb est retrouvé sur un terrain vague, rue Nungesser et Coli, à Perpignan. Un meurtre atroce. Le tueur s’est acharné sur cette étudiante de 19 ans, après sa mort.

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Deux jours plus tard, une information judiciaire du chef d’assassinat accompagné d’actes de tortures et de barbarie est ouverte. Les enquêteurs vont retracer la soirée de Mokhtaria Chaïb. Vers 19h, elle s’était rendue chez un ami qui habite près de la gare de Perpignan pour dîner et regarder la télé. Puis, elle avait manifesté son intention de partir et de se rendre à pied jusqu’à la cité universitaire où elle résidait depuis peu. Dans un premier temps, les investigations vont s’orienter vers un certain Andres Palomino Barrios, un chirurgien de nationalité péruvienne qui a exercé avec de faux diplômes dans plusieurs hôpitaux, et qui habite près du lieu où le corps a été découvert.

Torse incisé, éviscéré

Il est mis en examen et placé en détention provisoire jusqu’au 13 août 1998. Mais faute de charges suffisantes à son encontre, il bénéficie d’une ordonnance de non-lieu. Les années passent, et les investigations se poursuivent. Les policiers vérifient chaque piste, auditionnent des dizaines de témoins et de suspects et effectuent des rapprochements avec des affaires similaires. Parmi celles-ci, le meurtre de Marie-Hélène Gonzalez. Le corps de cette jeune femme de 22 ans a été retrouvé le 26 juin 1998 sur un terrain vague en périphérie de Perpignan, près du péage de l’autoroute A9. Il était dissimulé sous des cartons et des cagettes en bois. Il y a de fortes chances que l’assassin soit le même.

Moktaria Chaib a disparu près de la gare de Perpignan
Moktaria Chaib a disparu près de la gare de Perpignan - RAYMOND ROIG / AFP

Elle aussi a été mutilée par le tueur, qui lui avait coupé la tête et les mains et les avait emportés avec lui. Une information judiciaire est ouverte le 2 juillet 1998. Les médecins légistes qui ont examiné la victime ont estimé que l’auteur avait l’habitude de manier des instruments coupants et possédait un minimum de connaissances anatomiques. Six mois plus tard, les pompiers qui interviennent sur un incendie de broussailles entre Banyuls-dels-Aspres et Saint-Jean-Laseille trouvent par hasard, dans un fossé au fond d’un ruisseau, le crâne de la jeune femme.

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Elle avait disparu le 16 juin 1998. Ce jour-là, Marie-Hélène Gonzalez, qui se trouvait chez une amie depuis plusieurs jours, avait expliqué à sa mère au téléphone qu’elle comptait rentrer le soir même chez ses parents, à Toulouges. A 20h45, elle monte dans le train à Argelès-sur-Mer en direction de Perpignan. Sa mère lui avait dit qu’elle ne pourrait pas aller la chercher à la gare, elle lui avait répondu qu’elle se débrouillerait. Le lendemain, n’ayant aucune nouvelle de la jeune femme, ses parents avaient prévenu les policiers.

Trace d’ADN

Pendant des mois, les enquêteurs vont chercher, entendre des témoins, exploiter le listing des numéros de téléphone portables ayant transité dans la soirée du 16 juin par la borne couvrant la gare de Perpignan. Exploiter les distributeurs automatiques de billets du quartier de la gare, entendre les automobilistes qui avaient franchi le péage de Perpignan sud la nuit du drame. Recenser et vérifier l’emploi du temps des individus connus dans le département pour des infractions à caractère sexuel. Aucune piste n’est négligée. Mais les investigations s’avèrent vaines.

Des policiers transfèrent le suspect Jacques Rançon vers le tribunal à Perpignan le 9 juin 2015
Des policiers transfèrent le suspect Jacques Rançon vers le tribunal à Perpignan le 9 juin 2015 - RAYMOND ROIG AFP

La chance finit par sourire aux policiers. En 2013, un laboratoire lyonnais est parvenu à isoler une trace d’ADN sur l’une des chaussures de Mokhtaria Chaïb. Mais impossible de la comparer à ceux répertoriés dans le Fichier national des empreintes génétique (Fnaeg). L’année suivante, les enquêteurs du SRPJ apprennent que le Fnaeg vient d’être doté d’un nouveau logiciel permettant de faire des rapprochements avec des profils partiels. Le 10 octobre 2014, le laboratoire leur confirme enfin que cette trace appartient à un certain Jacques Rançon.

L’homme n’est pas un enfant de cœur. Né en 1960 à Hailles, dans la Somme, il a déjà passé douze ans de sa vie en prison, essentiellement pour des agressions sexuelles contre des jeunes femmes ou des violences contre ses ex-compagnes. Il était venu vivre à Perpignan en septembre 1997, alors qu’il sortait de prison. Il avait été incarcéré huit ans après avoir été condamné pour viol par la Cour d’assises de la Somme. Les gendarmes l’avaient même interpellé en septembre 1998 alors qu’il suivait une jeune femme de 23 ans en voiture. Lors de sa garde à vue, il avait déjà été interrogé sur le meurtre de Marie-Hélène Gonzalez.

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Mais Jacques Rançon avait nié être impliqué dans cette sordide affaire et aucun élément ne permettait à l’époque de le suspecter. Il est donc de nouveau interpellé et placé en garde à vue. Dans un premier temps, il conteste être l’auteur du crime. Puis, lors de sa sixième et dernière audition, il passe aux aveux. Oui, il avait bien croisé par hasard Mokhtaria Chaïb, l’avait menacée avec un couteau et l’avait entraînée sur ce terrain vague où il l’avait forcée à se déshabiller entièrement pour essayer de la violer. Mais comme elle lui résistait, il lui avait asséné une quinzaine de coups de couteau dans le cœur.

Une autre agression

Il explique également aux enquêteurs qu’il a mutilé la jeune femme par souci de faire disparaître son ADN. Puis, il s’est débarrassé de ses chaussures dans la rue Nungesser et Coli en rentrant à son hôtel. L’arrestation de Jacques Rançon fait la une des médias. Et en voyant sa photo dans la presse, Sabrina Houenou a un flash et contacte les services de la police judiciaire. Cette jeune femme est persuadée que c’est lui qui, en mars 1998, alors qu’elle avait 19 ans, l’avait agressée.

Jacques Rançon, en juin 2015
Jacques Rançon, en juin 2015 - COR / AFP

Un soir, elle était descendue attendre son petit ami. Un homme d’une quarantaine d’années l’avait accostée, et l’avait menacée avec un couteau. Il lui avait porté deux coups, dont un dans la poitrine. Elle était partie en courant en appelant les secours avant de s’effondrer au sol. L’agresseur s’apprêtait à lui asséner un nouveau coup quand il a été mis en fuite par des voisins. A l’époque, l’enquête n’avait rien donné. Mais cette fois, face aux enquêteurs, elle identifie formellement Jacques Rançon. Devant les magistrats instructeurs, ce dernier reconnaît les faits, mais soutient qu’il ne se souvient pas de tout ce qui s’est passé.

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Au regard de ses nouveaux aveux, il est décidé d’entendre le suspect concernant l’affaire Marie-Hélène Gonzalez. Dès sa première audition, il reconnaît les faits et passe aux aveux. Ce jour-là, la jeune femme faisait du stop et il s’était arrêté pour la prendre. La trouvant belle, il a immédiatement eu l’idée de l’emmener dans un coin pour « lui faire l’amour ». Il avait stationné la voiture, avait mis le siège passager en position couchette, l’avait déshabillée et l’avait pénétrée. Comme elle criait, il l’avait étranglée avec un fil. Si elle ne s’était pas débattue, a-t-il dit, il l’aurait raccompagnée chez elle après.

Se débarrasser du corps

Mais Marie-Hélène Gonzalez est morte. Alors, il a pensé qu’il devait se débarrasser du corps. Il confirme également avoir brûlé les vêtements et avoir jeté dans la campagne la tête et les mains qu’il avait placées dans deux sacs-poubelle différents.

Maître Xavier Capelet, l'avocat de Jacques Rançon, en juin 2015
Maître Xavier Capelet, l'avocat de Jacques Rançon, en juin 2015 - RAYMOND ROIG / AFP

S’en est-il pris à d’autres femmes ? Parmi les nombreuses procédures non résolues à l’époque, l’agression de Nadjet Ouatiki, le 10 septembre 1997. Vers minuit, alors qu’elle rentrait à pied de son travail, elle avait emprunté le pont Arago. Un homme l’avait suivie. Il l’avait saisie par le cou et l’avait basculée de l’autre côté de la rampe, sur la pelouse. Il lui avait arraché ses vêtements tandis qu’elle se débattait et qu’elle criait. Un véhicule s’était arrêté et elle en avait profité pour se dégager et remonter sur le pont. Son agresseur avait pris la fuite en courant. Jacques Rançon est une nouvelle fois interrogé. Immédiatement, il reconnaît être l’auteur des faits.

« C’est un pervers »

L’enjeu du procès qui s’ouvre ce lundi, explique son avocat, maître Xavier Capelet, « ce n’est pas la sentence ». « Mon client est terrorisé parce qu’il doit parler en public. Il a beaucoup de souvenirs qui s’effacent et il craint qu’il y ait des choses qu’il ne soit pas en capacité d’expliquer », déclare-t-il. « C’est un pervers prenant du plaisir à faire souffrir, estime pour sa part l’avocat des parties civiles, maître Etienne Nicolau. Ce sadique aurait pu s’en tirer sans les progrès de la science. » Jacques Rançon encourt la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans. Le verdict est attendu le 26 mars.