Condamnée et libérée par l'Irak, une Française partie rejoindre Daesh va être renvoyée en France

ENQUETE La justice irakienne a condamné une Française à sept mois de prison pour entrée illégale sur son territoire mais l’a libérée car la peine a été entièrement couverte par la détention provisoire…

C.Po. avec AFP

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Mélina Bougedir au tribunal de Bagdad.
Mélina Bougedir au tribunal de Bagdad. — STRINGER / AFP
  • Mélanie Boughedir a été condamnée à sept mois de prison pour «entrée illégale sur le territoire». 
  • La justice irakienne a ordonné son expulsion du territoire. 
  • Elle est visée par un mandat d'arrêt. 

Mélina Boughedir n’en a pas fini avec la justice. Jugée ce lundi par la cour pénale centrale de Bagdad, cette Française de 27 ans partie rejoindre l’État islamique a écopé d’une peine particulièrement clémente au regard des précédentes affaires d’Européens soupçonnés d’avoir eu des relations avec l’organisation terroriste :  sept mois de prison pour « entrée illégale sur le territoire », peine entière couverte par la détention provisoire.

La justice a néanmoins ordonné son expulsion, elle devrait donc regagner dans les jours ou semaines à venir la France. Son avenir judiciaire ne s'annonce pas rose pour autant. Selon une source judiciaire, elle est visée par un mandat d’arrêt délivré dans le cadre d’une information judiciaire pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle». Elle devrait donc être placée en garde à vue dès sa descente d’avion.

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« Mère au foyer » et « cuisinier chez Daesh »

Mélina Boughedir a été arrêtée par l’armée irakienne le 9 juillet dernier alors qu’elle vivait recluse avec ses quatre enfants dans un immeuble en ruine de Mossoul, ancien bastion de Daesh. La jeune femme, originaire de Seine-et-Marne, et son compagnon Maximilien Thibaut, né dans les Yvelines, ont quitté en octobre 2015 leur appartement de Nanterre (Hauts-de-Seine) pour rejoindre l’organisation terroriste. « Je suis entrée en Syrie avec mon passeport français mais Daesh me l’a pris. Je suis restée quatre jours en Syrie puis je suis venue à Mossoul avec mon mari et mes quatre enfants », a-t-elle expliqué ce lundi en arabe au président de la cour pénale centrale de Bagdad. Dans ses bras, son plus jeune fils âgé de moins d’un an. Ses trois autres enfants, dont l’aîné à huit ans, ont été rapatriés en France au terme d’une intense bataille judiciaire.

Lors de son procès, la jeune femme s’est présentée comme une « mère au foyer ». Son mari était, quant à lui, « cuisinier chez Daesh » et aurait été tué lors du bombardement de la ville par l’armée irakienne. Lorsque le président lui demande si elle regrette, Mélina Boughedir répond par l’affirmative. « Elle était jeune, elle n’a pas participé à des actes de violence. Elle restait à la maison », poursuit son avocat commis d’office. Vraisemblablement convaincue, la justice irakienne l’a donc condamnée pour le simple délit d’entrée illégale sur le territoire irakien.

Une information judiciaire en cours

Au nom du principe du « non bis in idem », selon lequel on ne peut juger deux fois un même fait, elle ne sera pas rejugée sur cet aspect du dossier. En revanche, la jeune femme est recherchée par la justice française dans le cadre d’une information judiciaire pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle» ouverte en août 2016. 

Cette enquête concerne-t-elle son implication au sein de l’État islamique ? Si elle affirme aujourd’hui avoir été une simple mère au foyer sur place, l’agence Associated Press, citant des sources irakiennes, avait assuré après son arrestation que Mélina Boughedir était membre des brigades féminines de la police morale de l’organisation État islamique, Diwan al-Hisba. Son mari était, quant à lui, bien connu des services antiterroristes français. Il a été condamné en juillet 2015 à trois ans de prison – dont deux avec sursis – pour son implication dans le groupe djihadiste Forsane Alizza.