VIDEO. Pourquoi Jawad Bendaoud a été relaxé

PROCES Le parquet a annoncé mercredi soir son intention d’interjeter appel, un nouveau « procès Jawad » aura donc lieu…

Caroline Politi

— 

Jawad Bendaoud est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes" pour avoir hébergé les terroristes du 13-Novembre.
Jawad Bendaoud est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes" pour avoir hébergé les terroristes du 13-Novembre. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Jawad Bendaoud encourait six ans de prison pour « recel de malfaiteurs terroriste ».
  • Le parquet a fait appel de sa relaxe.
  • Il a été libéré dans la soirée.

Un instant, Jawad Bendaoud a semblé sonné, stupéfait que la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans les affaires de terrorisme, l’innocente. Lui qui avait été mis en examen pour avoir fourni un hébergement à Abdelhamid Abaaoud, l’un des organisateurs des attaques de Paris, et à l’un de ses complices, a été relaxé au bénéfice du doute.

« Il n’a pas été établi que Jawad Bendaoud a fourni un hébergement à deux individus qu’il savait être des terroristes du 13-Novembre afin de les soustraire aux recherches et éviter leur arrestation », a expliqué dans ses motivations la juge Isabelle Prévost-Desprez, connue tant pour son indépendance que pour sa grande sévérité. Elle a d’ailleurs condamné ses deux co-prévenus à de lourdes peines : cinq ans de prison pour Mohamed Soumah, quatre ans dont un avec sursis pour Youssef Aït Boulahcen.

>> A lire aussi : Jawad Bendaoud relaxé, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen condamnés à 5 et 4 ans de prison

Prêt à tout « pour gagner un billet »

La magistrate n’a pas manqué de fustiger « la cupidité » de Jawad Bendaoud, prêt à tout « pour gagner un billet ». A ses yeux, il ne fait aucun doute que ce dernier s'est interrogé sur l’identité des deux « frères » qu’il hébergeait, il s’en est même entretenu avec le livreur de pizza. Il a également été établi « de manière certaine », poursuit la présidente, que c’est bien lui qui a appelé pendant 3 minutes 31 secondes Hasna Aït Boulahcen, la cousine d’Abaaoud qui s’est démenée pour lui trouver une planque. Jawad Bendaoud a toujours soutenu que c’était l’inverse. « C’est l’appât du gain qui a fait taire vos doutes sur les deux personnes que vous alliez héberger », tance la magistrate.

Le parquet fait appel

Mais le tribunal n’a pas estimé que ces éléments étaient suffisants pour établir sa culpabilité. Si Mohamed Soumah a passé du temps avec Hasna Aït Boulahcen, lui n’a eu que peu d’échanges avec elle. Quant aux terroristes du 13-Novembre, il ne les a croisés que huit minutes dans son squat. « Il n’apparaît pas que vous ayez eu le même degré de connaissance sur l’identité des deux frères que Mohamed Soumah », poursuit la magistrate. En clair, ainsi qu’il l’affirmait au micro de BFM le jour de l’assaut du Raid, il pouvait effectivement ignorer qu’il hébergeait des terroristes.

>> A lire aussi : «On cru qu'on allait tous mourir», se souvient un témoin de l'assaut de Saint-Denis

En comprenant qu’il vient d’être relaxé, Jawad Bendaoud a laissé éclater sa joie. Il a levé le poing en signe de victoire, embrassé l’un de ses avocats sur le front, tapoté l’épaule d’un gendarme, envoyé des bises à la salle. Le tout, quelques minutes après que la présidente a fustigé ses outrances pendant le procès : « Vous vous êtes volontairement prêté à une hypermédiatisation que vous avez largement entretenue durant l’audience. » Lorsque cette dernière a été levée, celui qui fut bien mal surnommé « le logeur de Daesh » exulte, il ne le sait pourtant pas encore mais il sortira de prison le soir même. Il n’en a pour autant pas fini avec la justice puisque le parquet a annoncé dans la soirée qu’il comptait faire appel.