Marseille: Le magot du «casse du siècle» devant la justice 40 ans plus tard

CASSE DU SIÈCLE Jacques Cassandri, une figure du milieu marseillais, est jugé à partir de lundi à Marseille pour le recel du butin du casse du siècle, après des révélations dans un livre…

Adrien Max

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Une des bouches d'égout utilisée par les malfaiteurs.
Une des bouches d'égout utilisée par les malfaiteurs. — THEVENIN/SIPA
  • Jacques Cassandri est jugé à partir de ce lundi au tribunal correctionnel de Marseille, pour le blanchiment du « casse du siècle » perpétré à la Société Générale de Nice en 1976.
  • Si Albert Spaggiari a longtemps été considéré comme le « cerveau » du casse, un livre-témoignage revendiquant la paternité du coup est sorti en 2010 sous le pseudo « Amigo ».
  • Les juges sont convaincus qu' « Amigo » et Cassandri sont la même personne.

Toujours beaucoup de questions 40 ans après le « casse du siècle ». Le tribunal correctionnel de Marseille doit se pencher ce lundi sur le rôle de Jacques Cassandi, une figure du milieu marseillais, qui pourrait être le « cerveau » de l’opération.

Albert Spaggiari, décédé en cavale en 1989, s’est toujours vanté être à l’origine de l’attaque de la Société Générale de Nice en 1976, mais un livre-témoignage sort en 2010 pour rétablir la vérité sur le casse. L’auteur, qui emprunte le pseudo d' « Amigo » affirme être à l’origine du vol de 46 millions de francs, soit 30 millions d’euros.

Les juges placent rapidement Jacques Cassandri sous écoutes et obtiennent la certitude qu’il n’est autre qu' « Amigo ». Le texte est retrouvé sur un de ses disques durs et comporte des détails que seuls peut connaître un des auteurs du vol. Si le casse est prescrit, le blanchiment du magot ne l’est pas, la raison pour laquelle Jacques Cassandri, ainsi que des proches, se retrouvent devant le tribunal.

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Joli patrimoine

Arrêté lors du démantèlement d’un trafic de drogue entre la French Connection et l’Amérique du Sud dans les années 70, puis condamné avec sa femme en 1994 pour proxénétisme aggravé, ce père de famille possède un beau patrimoine à Marseille.

La Société Générale de Nice.
La Société Générale de Nice. - THEVENIN/SIPA

 

C’est justement sur l’origine de ces acquisitions que le tribunal s’interroge. « Il a le Son des guitares, le Palais de la Major, la Casa Pietra, d’autres bars près de l’opéra, sans compter ceux au nom de ses proches », explique Xavier Monnier, auteur de Les nouveaux parrains de Marseille, aux éditions Fayard.

Quant à la véracité de ses révélations, elles ne font guère de doute, selon un autre fin connaisseur du milieu marseillais. « C’est avéré, tout est exact. Aujourd’hui c’est un homme de 75 ans, un monsieur rangé qui n’est plus apparu dans une affaire de banditisme depuis des années, sauf pour du port d’armes ou des faits divers liés à ses établissements. » L'un deux, Au son des guitares avait très recemment fait parler de lui.

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« Abus de biens sociaux, oui. Blanchiment, non. »

Xavier Monnier n’a pas non plus l’ombre d’un doute sur sa participation au casse du siècle.

« C’est quelque chose qu’il a revendiqué plusieurs fois, le fait qu’il soit Amigo est tout à fait crédible. D’ailleurs au moment de la sortie du livre, quelques-uns de ses associés étaient passablement énervés », explique l’auteur.

Du matériel utilisé par les malfaiteurs.
Du matériel utilisé par les malfaiteurs. - THEVENIN/SIPA

Pour Fréderic Monneret, l’avocat de Jacques Cassandri, « c’est une chose d’écrire un roman, c’en est une autre de prouver la culpabilité de quelqu’un » alors que « l’accusation est construite sur des éléments d’un bouquin ». Sa défense va s’articuler « sur la démonstration que les acquisitions des fonds de commerce ont été faites par des prêts bancaires ». Selon l’avocat, Jacques Cassandri reconnaît des « problèmes de délits en matière financière, comme des abus de biens sociaux, mais sûrement pas le blanchiment de ce casse. »

En plus du blanchiment du butin, Jacques Cassandri et certains de ses proches devront répondre d’infractions financières liées à ses sociétés familiales, ou d’une escroquerie autour d’un terrain en Corse. Un joli mec, comme on dit dans le milieu.