Procès de Jawad Bendaoud: Pour le procureur, Youssef Aït Boulahcen «a le profil le plus inquiétant»

PROCES Le procureur a requis quatre ans de prison à l’encontre de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah et cinq ans à l’encontre du frère d’Hasna Aït Boulahcen…

Caroline Politi

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Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes par le tribunal correctionnel de Paris.
Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes par le tribunal correctionnel de Paris. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud encourent six ans de prison pour « recel de malfaiteurs ».
  • Tout au long de leur procès, tous ont nié les faits reprochés.

Il était de loin le plus discret depuis l’ouverture du procès, le visage presque toujours dissimulé sous son écharpe pour éviter de se faire croquer par les dessinateurs d’audience. Le seul à avoir un casier vierge, à comparaître libre sous contrôle judiciaire. Le seul aussi à s’exprimer calmement quand Jawad Bendaoud, et dans une moindre mesure Mohamed Soumah, semblaient livrer un «show», multipliant les outrances et les réponses parfois grotesques.

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Pourtant ce mardi, c’est contre Youssef Aït Boulahcen, poursuivi pour « non-dénonciation de crime » que le procureur a requis la peine la plus importante. Cinq ans de prison assortis d’un mandat de dépôt, la peine maximale. Il a requis à l’encontre de Jawad Bendaoud et de Mohamed Soumah, tous deux poursuivis pour « recel de malfaiteurs», quatre ans de prison avec un maintien de détention. Ils encouraient tous deux six ans de prison.

« Le profil le plus inquiétant »

« On a parlé dans la presse du procès Jawad mais pour moi c’est le procès Aït Boulahcen », a asséné le procureur dans son réquisitoire. A ses yeux, le frère d’Hasna Aït Boulahcen, qui s’est démenée pour trouver une planque aux deux terroristes, a le « profil le plus inquiétant ». Le magistrat a fustigé le « silence complice » du jeune ambulancier « parfaitement radicalisé » qui a multiplié les échanges avec sa sœur entre les attentats et l’assaut. Il évoque notamment ce SMS dans lequel Hasna Aït Boulhacen parle du « cousin du bled, le cousin de Belgique », référence à Abaaoud. En entendant cela, Youssef Aït Boulahcen, impassible pendant tout le procès, perd son calme. « Mais je ne l’ai jamais reçu », s’écrie-t-il avant de se faire rabrouer par la présidente.

Aux yeux du ministère public, il ne fait aucun doute que le jeune homme a cherché à rendre visite aux terroristes. Le dimanche 16 novembre 2015 au soir, il a rendez-vous avec sa sœur mais une fois sur place, la jeune femme ne répond pas. « Le dimanche, il y a une volonté d’aller à la planque. Le lundi, on est dans la dissimulation », poursuit le magistrat. Il cache dans un premier temps la présence des terroristes puis après l’assaut, il détruit une de ses puces de téléphone portable. Le prévenu a cherché à « masquer un projet d’attentat d’Abdelhamid Abaaoud, qui voulait frapper à nouveau ».

Dans la plaidoirie qui a suivi, son avocat, Me Florian Lastelle, a fustigé cette interprétation du dossier et a demandé la relaxe. Youssef Aït Boulahcen était « dans l’impossibilité de percevoir la situation ». Il se méfie de sa sœur dont les déclarations sont souvent « incohérentes » et n’a eu aucun contact avec les terroristes. « La connaissance indirecte ne suffit pas. Il faut avoir connaissance du crime », rappelle le conseil en s’appuyant sur la jurisprudence. Son client n’a compris son implication que le jour de l’assaut. « C’est là qu’il a fait le lien. Il panique. Il jette sa puce, et c’est un geste stupide », reconnaît le conseil, avant de rappeler qu’il s’est ensuite rendu au commissariat et qu’il a « tout raconté ».

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Mohamed Soumah et Bendaoud pouvaient ignorer l’identité des terroristes

À l’inverse, presque comme un portrait inversé, le procureur a dépeint dans son réquisitoire Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud comme des « pièces rapportées » d’un dossier qui les dépassent. Tous deux sont des délinquants chevronnés - 17 condamnations pour le premier, huit pour le second - qui ne pouvaient ignorer que « les deux fuyards avaient commis un crime ». Mohamed Soumah a longuement discuté avec Hasna Aït Boulahcen, Jawad Bendaoud a fait part de ses doutes sur l’identité de ses « locataires » à plusieurs personnes. Mais à ses yeux, il n’y a pas « suffisamment d’éléments permettant d’affirmer que Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud savaient qu’ils apportaient leur aide à Abaaoud et Akrouh ». En clair, ils avaient conscience d’aider des criminels, pas des membres du commando des attaques du 13-Novembre.

A aucun moment dans les conversations entre Mohamed Soumah et Hasna Aït Boulhacen, cette dernière n’a évoqué clairement le nom des « frères » pour qui elle cherchait un appartement. Le magistrat a également estimé « incohérent » le fait que le prévenu cherche à passer la nuit avec elle s’il savait qu’elle était accompagnée des terroristes.

De même, concernant Jawad Bendaoud, le procureur a noté qu’il n’avait fait aucun effort de dissimulation, évoquant, par exemple, dans ses textos « des frères ». Par ailleurs, « il n’aurait pas hébergé ces deux hommes pour une somme aussi modeste. Cinquante euros avec lesquels il s’achète du cannabis et un sandwich. Ce qui m’aurait inquiété, c’est s’il avait mis son appartement à disposition gratuitement ou pour beaucoup, beaucoup, plus cher ».

Le procès, qui devrait se terminer plus tôt que prévu, se poursuit demain avec la suite des plaidoiries de la défense.