Vaucluse: Nicole, 70 ans, jugée pour le «fauchage» de fauteuils de la BNP pour dénoncer l'évasion fiscale

ÉVASION FISCALE La militante d’Attac encourt 75.000 euros d’amende et cinq ans de prison pour avoir « fauché » des chaises à la banque BNP…

Adrien Max

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Nicole Briend lors de la remise des chaises fauchées au Trésor public.
Nicole Briend lors de la remise des chaises fauchées au Trésor public. — Attac
  • Nicole Briend, une militante d’Attac, est jugée à partir de ce mardi par le tribunal correctionnel de Carpentras pour le « fauchage de chaises » dans une agence BNP de la ville.
  • Ce fauchage de chaise visait à dénoncer l’évasion fiscale de la BNP et de ses clients.
  • Par cette action, les militants voulaient faire parler d’évasion fiscale et réclamaient publiquement le retour des fonds dissimulés.

Seule contre tous, pour l’exemple. Nicole Briend, proviseure de lycée à la retraite, sera jugée le 7 juin par le tribunal correctionnel de Carpentras, dans le Vaucluse, pour « vol en réunion » et « refus de se soumettre à un prélèvement ADN ». Le 17 mars 2016 cette militante altermondialiste d' Attac avait « fauché » trois chaises à l’agence de la BNP de Carpentras, pour dénoncer l’ évasion fiscale de la banque et de ses clients. Le procès, initialement prévu ce mardi, a été reporté à cette date. Elle encourt 75.000 euros d’amende et cinq ans de prison.

« Nous étions une dizaine de militants venus mener cette réquisition de chaises. On leur a expliqué que les chaises étaient un acompte de ce que devait la banque au fisc, et que nous les rendrions une fois les millions reversés », explique la militante âgée de 70 ans.

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Faire parler de la cause

Elle sera pourtant seule face aux juges. « C’est le troisième procès pour des fauchages de chaises et à chaque fois il n’y a qu’un prévenu. Ils ne s’embêtent pas, dès qu’ils ont une personne, ils s’arrêtent là et elle prend pour tout le monde », contextualise Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac France.

Nicole connaissait évidemment les risques encourus, mais la résonance médiatique qu’apportait leur action en valait la peine, selon elle. « Ça sert à faire parler de la cause, d’informer, de mobiliser. Les cas particuliers servent la cause », explique Nicole. Raphaël Pradeau abonde en ce sens, lui qui vit le premier procès d’un militant d’Attac.

On se sert de ce procès comme d’une tribune. C’est une manière humoristique d’attirer l’attention sur l’évasion fiscale. C’est aussi un moyen d’être relayé dans les médias, qui sont majoritairement détenus par des évadés fiscaux », avance Raphaël Pradeau

Nicole sera donc seule face aux juges, mais loin de l’être dans sa lutte, elle qui est une militante de la première heure. « Je serai bien accompagnée. 15.000 personnes ont signé la pétition pour ma relaxe et deux jours de manifestations sont organisés autour de mon procès », tente-t-elle de se rassurer.

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Les chaises rendues en guise d’acompte

Le député de la France Insoumise Adrien Quatennens, Cédric Herrou qui vient en aide aux migrants, et d’autres faucheurs de chaises souhaitaient être présents pour animer des débats, et apporter leur soutien à la retraitée pendant son procès.

Un seul mot d’ordre pour Nicole et ses soutiens : la relaxe. « C’est ce que nous voulons. Je ne me considère pas comme une délinquante, c’est aussi pour cela que j’ai refusé de donner mes empreintes », se justifie Nicole.

Preuve de sa bonne foi, et symboliquement, Nicole Briend a rendu les trois chaises « fauchées » il y a une quinzaine de jours. « On les a déposées au Trésor public en expliquant que c’était un acompte de ce que leur doit la BNP », abonde avec humour Raphaël Pradeau, avant d’interroger :

Qui vole qui ? L’État préfère poursuivre des militants que des fraudeurs !

La BNP, dont le directeur de l’agence de Carpentras avait déposé plainte contre X, a fait savoir à 20 Minutes qu’elle ne s’est pas portée partie civile, car elle « ne réclame pas de dommages et intérêt ».