Meurtre de Sarah Halimi: La cour d'appel devra trancher sur le mobile antisémite

ENQUETE Kobili Traoré avait roué de coups la femme de 65 ans aux cris d' « Allah Akbar », avant de la défenestrer…

20 Minutes avec AFP

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Illustration d'une cour d'assises.
Illustration d'une cour d'assises. —

Le meurtre de Sarah Halimi, qui a suscité une vive émotion dans la communauté juive et au-delà, avait-il un mobile antisémite ? Cette question, la juge d’instruction en charge du dossier a refusé d'y répondre après neuf mois d’enquête. Le parquet et les parties civiles ont ainsi saisi la cour d’appel, qui devra trancher.

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La mort violente de cette femme juive orthodoxe de 65 ans en avril dernier à Paris, défenestrée par un jeune musulman, a ravivé le débat sur la persistance d’un antisémitisme dans les quartiers populaires sous l’effet d’un islam identitaire. L’absence à ce jour de requalification en crime antisémite suscite la colère et l’impatience de représentants de la communauté juive.

Ni la préméditation, ni la motivation antisémite n’ont été retenues

La nuit du 3 au 4 avril, dans leur HLM de Belleville, Kobili Traoré, 27 ans, s’était introduit dans l’appartement de sa voisine, Lucie Attal, aussi appelée Sarah Halimi. Aux cris d'« Allah Akbar », entrecoupés d’insultes et de versets du Coran, le jeune homme l’avait rouée de coups sur le balcon, avant de la défenestrer. « J’ai tué le sheitan » (le démon, en arabe), avait-il hurlé.

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Interné aux lendemains du drame, le suspect avait été mis en examen le 10 juillet pour meurtre, sans que soient retenues la préméditation ni la motivation antisémite, au grand dam des parties civiles. Quelques jours plus tard, l’affaire Sarah Halimi, un nom qui réveille le souvenir de l’assassinat antisémite d’Ilan Halimi par le « gang des barbares » en 2006, avait pris une tournure politique lorsque le président Emmanuel Macron avait réclamé à la justice « toute la clarté » sur les faits, en présence du Premier ministre israélien.

« Le déni du réel a encore frappé »,

« Tout laisse penser, dans ce crime, que le déni du réel a encore frappé », avaient accusé dans une tribune une quinzaine de personnalités, dont les philosophes Elisabeth Badinter et Alain Finkielkraut.

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L’expertise psychiatrique, rendue en septembre, a conclu que le suspect avait été pris cette nuit-là d’une « bouffée délirante aiguë » après une forte consommation de cannabis, mais que ce trouble psychotique n’écartait pas sa responsabilité pénale et n’était « pas incompatible avec une dimension antisémite ».