VIDEO. Procès Jawad: «Il a transformé le tribunal en comédie de boulevard», déplore le père d’une victime du Bataclan

PROCES Ce mardi, au cinquième jour du procès de Jawad Bendaoud, les parties civiles ont confié leur peine d’avoir perdu un proche et leur désarroi de voir parfois ce procès tourné au ridicule…

Caroline Politi

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Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes par le tribunal correctionnel de Paris.
Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes par le tribunal correctionnel de Paris. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Cette journée de mardi était consacrée à l’audition des parties civiles.
  • Les deux prévenus ont entendu les témoignages de victimes du 13-Novembre, de leurs proches ainsi que d’habitants de l’immeuble de la rue de la République à Saint-Denis.
  • Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud encourent six ans de prison, Youssef Aït Boulhacen trois ans.

En sortant ce soir-là, le fils de Iordanka lui a assuré qu’il rentrerait tôt. Ce 13 novembre 2015, il était un peu fatigué, il avait seulement prévu d’aller boire un verre avec un ancien collègue lorsqu’il a croisé la route du commando des terrasses. À 37 ans, il a été fauché par sept balles. « J’ai perdu mon fils unique », résume, des sanglots étranglés dans la gorge, sa mère, appuyée à la barre de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Assis dans le box, à moins d’un mètre, Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah, qui comparaissent tous deux pour « recel de malfaiteurs terroristes », peinent à contenir leurs larmes en l’écoutant évoquer avec fierté ses brillantes études, sa carrière qui l’a conduit à monter une entreprise. Iordanka le sait, ce procès n’est pas celui des attentats de Paris. « Ce n’est pas eux qui ont tué mon fils, mais ils ont contribué. Je veux savoir pourquoi », explique-t-elle.

« Elle a eu le temps d’avoir peur, d’agoniser »

Ce mardi, les rires parfois suscités par les déclarations farfelues et les outrances de Jawad Bendaoud ont laissé place aux larmes des victimes du 13-Novembre, de leurs proches, ainsi que celles des habitants de l’immeuble de Saint-Denis dans lequel était retranché Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh. Dans un silence presque religieux, le tribunal écoute cette galerie de destins brisés.

Priscilla, 35 ans, est décédée au Bataclan avec son compagnon. Elle a été touchée par cinq balles, aucune n’a atteint un organe vital. « Elle a eu le temps d’avoir peur, d’agoniser », résume sa petite sœur, en lisant quelques notes qu’elle tient dans sa main tremblante. Il y a Victor, 24 ans, fauché à la Belle Équipe alors qu’il venait de finir ses études, envisageait de se marier. « Tous ces rêves, et ceux de la famille, ont été brisés, non pas par ces gens [les prévenus] que je ne veux pas regarder mais par des salopards qui s’appuient sur des complices qui savaient ou pas », assure sa mère.

« Ayez une once de compassion »

Certaines parties civiles espèrent des peines lourdes, d’autres se sont forgées la conviction que les prévenus disent vrai lorsqu’ils affirment s’être fait berner. Mais tous confient leur désarroi de voir les enjeux de ce procès se perdre dans des débats souvent surréalistes. « Il a transformé le tribunal en comédie de boulevard. Certains ont parlé du Jawad comedy club, mais moi il ne me fait pas rire », soupire, la gorge nouée, Patrick. Sa fille Nathalie, qui ne pensait qu’à « la musique depuis la mort de sa maman » est décédée au Bataclan. D’une voix tremblante, il raconte ces 48 heures d’angoisse à rechercher sa fille dans tous les hôpitaux de la capitale. Alors que Jawad ne vienne pas lui parler de ses 27 mois à l’isolement, car cet « individu sans foi ni loi » sortira un jour. « Moi, je suis dans une prison à vie. »

« Ce qui me frappe, c’est la légèreté avec laquelle ce procès est pris par les prévenus », poursuit Abdallah, dont les deux sœurs ont été tuées à la Belle Équipe. Tout en retenue, cet homme qui doit avoir quelques années de plus à peine que les prévenus, raconte sa vie qui fait écho aux leurs. Lui aussi est issu des cités, son père a travaillé dur pour élever ses huit enfants. « A l’âge où tu allais en prison, moi je partais vivre en Amérique latine », raconte-t-il à Jawad. S’il confie ses doutes sur le fait que Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah connaissaient l’identité des terroristes, il dénonce leur comportement. « Je ne vous demande pas de vous sentir coupable mais ayez une once de compassion. Ce n’est pas un show ou un défilé de mode ici. » Lors de la suspension d’audience, le jeune homme discutera longuement avec Jawad, finira même par lui serrer la main.

« Un petit frère dont on a raté l’éducation »

Au fil des témoignages, les prévenus semblent s’écraser sur leur banc. La tête posée sur leurs bras, ils essuient çà et là quelques larmes. Hier encore, ils faisaient le show, Jawad Bendaoud allant même jusqu’à provoquer une suspension d’audience après s’être vivement emportés contre Mohamed Soumah. « Quand je vois Jawad, je me dis que c’est un petit frère dont on a raté l’éducation », souffle Bilal. Cet ancien garde du corps est paraplégique et se déplace en fauteuil roulant depuis qu’il a été grièvement blessé au Stade de France.

Au tribunal, il confie que les débats l’ont convaincu qu’ils n’étaient pas au courant. Presque d’un seul homme, les deux prévenus se lèvent dans le box, pour le remercier de ses propos d’aujourd’hui comme dans la presse ces derniers mois. Jawad lui répète « dire la vérité depuis le début », Soumah, quant à lui, confie « une erreur de jugement ». « J’ai mal analysé la situation, je ne savais pas où je mettais les pieds. » Les auditions des parties civiles doivent se poursuivre mercredi.