Double meurtre de Lingolsheim: Présenté comme «malade» ou «manipulateur», l'accusé reste, lui, silencieux

PROCES Mohamed El Amri, 34 ans, est jugé depuis lundi devant la cour d'assises du Bas-Rhin à Strasbourg pour le meurtre de sa compagne et de leur bébé de deux mois à Lingolsheim en 2015…

Alexia Ighirri

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Double meurtre de Lingolsheim: ouverture du procès aux assises ce lundi au tribunal de Strasbourg
Double meurtre de Lingolsheim: ouverture du procès aux assises ce lundi au tribunal de Strasbourg — A. Ighirri / 20 Minutes
  • Lundi s’est ouvert le procès de l’accusé du double meurtre de Lingolsheim, datant de février 2015.
  • L’accusé Mohamed El Amri reste silencieux, tandis qu’il a été présenté tour à tour comme « malade », « manipulateur », « dragueur » et « violent ».

Qui est Mohamed El Amri ? Pour en savoir plus, il ne fallait pas compter sur lui : « J’ai rien à vous dire », sont les seuls mots qu’il adressera, lundi, au président de la cour d'assises du Bas-Rhin Alain Hahn.

L’homme de 34 ans est jugé cette semaine à Strasbourg pour les meurtres en février 2015, à Lingolsheim au sud de la capitale alsacienne, de Johanna Barth, sa compagne alors âgée de 32 ans, et de leur bébé d’à peine deux mois. Il doit aussi répondre d’une double tentative d’homicide : l’une sur son beau-fils de 14 ans, l’autre sur un policier alors intervenu pour neutraliser l’accusé.

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Lors de cette première journée d’audience donc, Mohamed El Amri s’est contenté de faire « non » de la tête aux différentes relances du président et de l’avocat général. Il assistera à l’audience, le reste de la journée, tel un spectateur, mains croisées devant la bouche, se pinçant quelques fois les lèvres. Muet, mais le regard fixe souvent sur les parties civiles ou témoins invités à parler à la barre.

Le président de la cour avait anticipé le silence de l’accusé – il faut dire qu’il n’avait pas été beaucoup plus bavard durant l’instruction - et demandé à sa sœur Hasna de venir parce qu’il est « important que quelqu’un puisse parler de lui ».

« Il est malade »

Il était évident que l'état psychiatrique de l'accusé qui souffrait de troubles psychiques, probablement de schizophrénie mais qui avait interrompu son traitement, allait être discuté. En attendant d’entendre les experts psychiatres mercredi, il en a été question dans les propos de sa sœur. « Il ne faut pas oublier que mon frère est malade, a-t-elle répété. Des fois, il changeait, il se crispait. Quand je lui parlais de choses qu’il n’aimait pas, je voyais son regard changer. Je lui parlais d’autres choses pour ne pas qu’il reste dans sa bulle. C’est comme avec mon fils, je sais quoi lui dire ou pas. Sans traitement, il n’était pas stable, il était imprévisible. »

 

Pas moins de 16 personnes ont été entendues par la cour d’assises du Bas-Rhin lundi, chargeant un peu plus à chaque fois Mohamed El Amri, toujours impassible derrière la vitre de son box.

Pour le beau-fils, qui fêtait son 14e anniversaire le jour des faits où il a, lui, été victime de la tentative d’homicide, l’accusé était « conscient » des faits : « Le jour d’avant, il voulait qu’on ne se doute de rien, il nous a acheté des pizzas, débute-t-il. Le lendemain, j’étais dans le salon. Ma petite sœur est venue me faire un bisou. Lui m’espionnait et il m’a alors traité de pédophile, de pervers. » Il raconte que sa mère, Johanna, s’interpose mais Mohamed commence à la frapper. Lui veut alors prévenir la police, mais son beau-père lui prend son téléphone, le frappe et l’étrangle. Johanna s’interpose une nouvelle fois, son fils arrive à s’enfuir. Mais persiste aujourd’hui :

« Il avait préparé son coup, parce qu’il avait fermé la porte à clé. J’ai alors pensé à courir dans ma chambre et à sauter par la fenêtre »

Plusieurs témoins rapportent les confidences de Johanna, où il est question de menaces de mort de Mohamed El Amri envers son beau-fils.

Un manipulateur

Surtout, les proches de Johanna - membre de la famille, amis, voisins- ont souvent utilisé un même terme pour définir son compagnon : « manipulateur », avec une femme « amoureuse ». « Il arrivait à lui retourner le cerveau », souligne Inés, proche de Johanna.

« Il n’y a que des gens manipulateurs qui peuvent faire en sorte de nous retenir », poursuit Aurélie, l’ancienne compagne de Mohamed El Amri entre 2005 et 2007 qu’il forçait, selon ses dires, à avoir des relations sexuelles forcées avec lui.

Comme avec cette jeune femme, des faits de vols d’argents et de biens, d’humiliation, de séquestration et de violences verbale et physique envers Johanna sont rapportés lors des différentes interventions devant les jurés. « Il a réussi à isoler Johanna », conclut son amie Therese, qui ira jusqu’à le qualifier de « pervers ».

Un dragueur aussi

Différentes auditions mettent aussi en avant des problèmes d’alcool chez l’accusé et le lien avec sa pratique de la religion musulmane.

Beaucoup parlent également du côté dragueur du trentenaire, déjà condamné pour vol, violences sur fonctionnaires de police et de nombreuses infractions routières. Amélie, voisine venue témoigner, explique qu’elle a été draguée plusieurs fois. « Son seul problème psychologique c’est qu’il est un dragueur », juge Vanessa, sœur de Johanna.

De l’avis de tous, le couple entretenait une relation conflictuelle - « une relation je t’aime moi non plus », dixit la sœur de l’accusé - face à laquelle leurs proches semblent avoir souvent baissé les bras.

Lundi, Stéphanie, une autre sœur de la victime, affirmait avoir été « fâchée car j’avais beau lui faire la morale, elle ne voulait pas m’entendre » Et Inès d’interroger : « Est-ce que c’est de l’amour ? Est-ce qu’elle était sous son emprise ? ». Des questions qui restent sans réponse définitive, comme celles posées au mutique Mohamed El Amri lundi.