Double meurtre de Lingolsheim: «Elle est morte en héroïne», «c'était une lionne», selon les sœurs de la jeune femme tuée

PROCES Ce lundi s’est ouvert le procès de Mohamed El Amri, 34 ans, accusé du meurtre de sa compagne et de leur bébé de deux mois à Lingolsheim en 2015…

Alexia Ighirri

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Drame de Lingolsheim: première journée de procès du double meurtrier à la cour d'assises du Bas-Rhin.
Drame de Lingolsheim: première journée de procès du double meurtrier à la cour d'assises du Bas-Rhin. — A. Ighirri / 20 Minutes
  • Accusé du meurtre de sa compagne et de leur bébé de deux mois, le prévenu est également jugé pour tentative de meurtre sur son beau-fils de 14 ans et sur un policier venus l’interpeller, en février 2015 à Lingolsheim.
  • Au cours d’une journée intense en émotion pour la famille de la jeune femme tuée, ses sœurs ont parlé d’une « lionne », prête à tout pour ses enfants.

Les faits se sont déroulés il y a quasiment trois ans, jour pour jour. Mais l’émotion était palpable lundi matin, notamment sur le rang des parties civiles composées essentiellement de la famille de Johanna Barth, au moment de l’ouverture du procès aux assises de son compagnon, Mohamed El Amri, 34 ans, accusé de l'avoir tuée le 13 février 2015 à Lingolsheim.

L’homme, impassible et muet dans son box durant toute la journée, est accusé du meurtre de sa compagne, alors âgée de 32 ans, et de leur bébé d’à peine 2 mois. Il doit aussi répondre d’une double tentative d’homicide : l’une sur son beau-fils de 14 ans, l’autre sur un policier en intervention pour neutraliser l’accusé.

« Le 13 février 2015, à 9 h 01, j’ai reçu un appel de ma sœur. On parlait. D’un coup, elle s’est mise à gueuler. J’ai entendu Mohamed l’insulter. Et elle lui disait : “T’as pas honte ? Je suis avec ma sœur !”. J’ai entendu “aïe”, il lui avait jeté une bouteille dans le dos alors qu’elle avait son bébé dans les bras. Elle lui a hurlé “dégage !”, “dégage !”, ce sont ses mots exacts. Il lui a répondu “je dégage pas, je reste là, je t’emmerde”. »

C’est ainsi que Christelle Barth, petite sœur de Johanna constituée partie civile, a débuté son propos à la barre. Les larmes qui coulaient sur le visage de la jeune femme, révoltée, étaient celles de la tristesse, celles de la rage. La trentenaire, qui portait pourtant une expression de dégoût sur le banc des parties civiles depuis le début de l’audience, se refusant d’adresser ne serait-ce qu’un seul regard à l’accusé, a planté cette fois ses yeux dans ceux de Mohamed El Amri, s’adressant même directement à lui.

Elle poursuit le récit de cette journée qui s’avérera dramatique. « Je suis partie à un entretien d’embauche, que j’ai complètement foiré. L’après-midi, j’étais en voiture avec mon fils. On a vu la police, pleins, plein de police (sic). Mon fils m’a dit : “Il a dû se passer quelque chose de grave”. Le temps que je dépose mon enfant, ma mère m’appelle pour me dire “viens vite”. » Les larmes redoublent en se tournant vers le compagnon de sa sœur : « Tu m’as tué, tu as tué toute la famille. Oui, on s’habille, on continue de vivre, oui, j’ai eu un bébé… On dit qu’il faut tourner la page, mais il n’y a pas de page à tourner. »

Ma sœur, c’était une lionne. Il ne fallait pas toucher à ses enfants. Et ça, ça ne lui allait pas à lui. Il l’enfermait, il dictait sa loi. Mais il ne supportait pas qu’elle prenne la défense de ses enfants.

« Elle m’a dit “Pars, il va te tuer” »

C’est ce que Johanna a fait ce 13 février lorsqu’elle s’est interposée entre Mohamed El Amri et son aîné, 14 ans, né d’une première union. Le plus âgé des quatre enfants du foyer recomposé s’était réfugié chez des voisins après que son beau-père a tenté de l’étrangler. « Ma mère s’est interposée. Elle m’a dit : “Pars, il va te tuer”. Il me courait après, comme s’il avait la rage en lui. J’ai sauté par la fenêtre », raconte courageusement l’adolescent à la barre devant la cour d’assises.

« Elle est morte en héroïne, estime son autre sœur Stéphanie. Elle a sauvé ses enfants. Ma sœur vivra toujours à travers ses enfants. »

Lorsque, alertés, les forces de l’ordre ont tenté d’entrer au domicile de la famille, l’accusé les a agressées, blessant l’un des policiers à l’arme blanche, avant d’être neutralisé.

Dans l’appartement, les policiers avaient retrouvé les corps sans vie de sa compagne et de leur bébé, victimes de plusieurs coups de couteau, l’enfant égorgé. Un autre enfant du couple, une fillette de moins de 2 ans, a été retrouvé indemne, tandis qu’un autre enfant de 7 ans était à l’école au moment du drame.

Une femme amoureuse

Citée comme témoin, Angélique, voisine de Johanna, qui avait recueilli ses confidences, aura peut-être mis le doigt sur la vraie faiblesse de la jeune femme tuée : « La seule chose qu’on peut lui reprocher, c’est de l’avoir aimé. »

Sa famille, ses amis parlent en effet d’une femme « amoureuse » de Mohamed El Amri. « Johanna vivait pour lui, même quand il était en prison. Elle était ensorcelée. La seule chose qui les a séparés, c’est la mort. C’est peut-être mieux pour elle. Mais, lui, il faut qu’il paie », ajoute le frère de la victime, Christopher.

Le procès touchera vraisemblablement à sa fin jeudi à Strasbourg. L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.