Jawad Bendaoud est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes" pour avoir hébergé les terroristes du 13-Novembre.
Jawad Bendaoud est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes" pour avoir hébergé les terroristes du 13-Novembre. — Benoit PEYRUCQ / AFP

COMPTE RENDU

VIDEO. Procès de Jawad Bendaoud: «Il m'a dit: "Jawad, je crois que tu commences à devenir fou"»

Au quatrième jour du procès du « logeur de Daesh », le tribunal correctionnel de Paris s’est penché sur la personnalité du prévenu Jawad Bendaoud…

  • Jawad Bendaoud est jugé jusqu’au 14 février pour « recel de malfaiteurs terroristes ».
  • Il encourt six ans de prison.

Il a un temps pensé écrire un livre sur son histoire avant de se raviser. À sa sortie, Jawad Bendaoud l’assure, il ne fera plus rien d’illégal quitte « à manger aux Restos du cœur tous les jours ». Devant le tribunal correctionnel de Paris devant lequel il comparaît depuis mercredi dernier pour « recel de malfaiteurs terroristes », le désormais célèbre « logeur de Daech » confie son envie de tourner la page avec son passé de délinquant. Son idée pour l’avenir ? Monter une chaîne de restaurants, il a déjà le nom et le concept, mais pas question d’en dévoiler plus ce lundi. « J’ai pas envie qu’on me pique l’idée. Le mec qui a monté Planet Sushi, il l’a revendu 15 millions d’euros », assure-t-il. Alors pourquoi pas lui ? De toute façon, explique-t-il, « j’ai plus d’avenir dans l’illégal, personne ne voudra jamais s’associer avec moi. »

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Sept condamnations en dix ans

Les dix dernières années de sa vie ont été rythmées par ses allers-retours en prison. Première condamnation en 2008, pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Un coup de couteau « accidentel » donné à son meilleur ami, résume-t-il au tribunal. Puis son casier se remplit à vitesse grand V. Violences avec armes, détention et transport de stupéfiants, dégradations, outrages…

Être un délinquant, telle est d’ailleurs là sa ligne de défense depuis l’ouverture de ce procès. S’il a loué cet appartement à Hasna Aït Boulhacen, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, c’est avant tout par appât du gain. 150 euros pour trois nuits, un squat sans eau ni électricité, l’affaire était trop belle. Mais depuis quatre jours, le prévenu ne cesse de le répéter : il ignorait héberger deux terroristes du 13 novembre. « J’avais pas regardé les chaînes d’infos », jure-t-il, encore et encore, dans le box. 

« Tu parles fort, t’es excité »

Débit de mitraillette, Jawad Bendaoud parle comme il pense, interrompant sans cesse son avocat ou la présidente, avant de se reprendre. « Je vous respecte, madame, vous avez l’air gentille. » À plusieurs reprises, il s’emporte dans le box contre Mohamed Soumah, co-prévenu, jusqu’à provoquer une suspension d’audience. L’expertise psychiatrique n’a décelé aucun trouble ni pathologie névrotique qui aurait pu être provoquée par une prise régulière de cannabis et de cocaïne. Pourtant, au parloir, son frère aîné s’est inquiété à plusieurs reprises de son comportement. « Il m’a dit: "Jawad, je crois que tu commences à devenir fou. Tu parles fort, t’es excité, tu passes toujours d’un sujet à l’autre" », confie l’intéressé.

C’est vrai qu’en quelques secondes, Jawad Bendaoud est capable d’évoquer le rat de la prison de Fresnes « qui tend ses pattes pour avoir du fromage », son diplôme d’équivalence universitaire option lettres et de faire une tirade pour remercier ses codétenus de Villepinte « passés au mitard ». Une logorrhée parfois difficile à suivre mais qu’il explique par 27 mois passés à l’isolement. D’autant que depuis plus d’un an, il refuse de descendre en promenade pour protester contre sa détention, ne reçoit que quelques visites au parloir de son père, de l’un de ses frères ou de sa compagne, mère de leurs deux enfants.

Il a bien tenté d’entamer une psychothérapie mais l’expérience a été rapidement avortée. « La psychologue, à sa façon de me parler, je voyais qu’elle se foutait de ma gueule. Elle était défoncée, je ne sais pas à quoi. » « Pourtant, vous en connaissez un rayon », sourit la présidente, Isabelle Prévost-Desprez. Car s’il rêve déjà de son avenir, Jawad Bendaoud le redoute tout autant. « Je préfère prendre six ans et que la vérité soit faite plutôt que de prendre trois ans ou même une relaxe et qu’on croit que je savais », confie-t-il d'un souffle, avant d’ajouter : « J’ai peur de sortir, des gens et de leurs questions. »